Le Blog d'Olivier Da Lage

«Les princes disparus d’Arabie saoudite» Un documentaire de la BBC

Posted in Moyen-Orient by odalage on 29 août 2017
Par Olivier Da Lage
 

Cet article est initialement paru sur Orient XXI le 28 août 2017.

Un documentaire de la BBC diffusé le 14 août offre une vision crue de l’action des services secrets saoudiens contre des membres de la famille royale ayant exprimé des divergences.

Depuis son remplacement comme prince héritier d’Arabie saoudite le 21 juin 2017, le prince Mohammed Ben Nayef n’a plus reparu en public. Cet homme, naguère encore chef des forces de sécurité du royaume et promis à la couronne, serait en résidence surveillée. La rumeur de sa mort court également sur les réseaux sociaux.

Il n’est que le dernier en date et le plus en vue des « princes disparus d’Arabie saoudite » (Saudi Arabia’s Missing Princes) auxquels la BBC vient de consacrer un documentaire stupéfiant, diffusé en anglais et sur son service arabe. Cette version moderne du cachot qui aurait davantage sa place dans un épisode de la série Les Tudor a concerné avant lui plusieurs membres de moindre importance de la maison des Saoud qui avaient en commun de s’être exprimés en public contre le régime saoudien.

Khaled Ben Farhan Al-Saoud, dont la lignée est tombée en disgrâce il y a déjà longtemps, a commencé à remettre en question le système politique imposé par sa famille depuis le début du XXe siècle. Craignant pour sa sécurité, il s’est réfugié en 2013 en Allemagne où il a demandé l’asile politique. « Nous étions quatre membres de la famille en Europe. Nous avons critiqué la famille et le régime. Trois d’entre nous ont été kidnappés », a-t-il confié à la BBC.

C’est par exemple le cas de Sultan Ben Turki Al-Saoud, petit-fils du fondateur du royaume. Enlevé une première fois à Genève et placé en résidence surveillée, il est relâché pour raisons de santé et part se faire soigner aux États-Unis. Aussitôt, il porte plainte contre plusieurs responsables saoudiens. En janvier 2016, il s’apprête à se rendre en Égypte à bord d’un appareil mis à sa disposition par l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris. Mais au lieu d’atterrir au Caire, l’avion se pose à Riyad où il est encerclé par des hommes armés. Les assistants du prince, européens et américains, sont confinés pendant trois jours avant d’être autorisés à quitter le pays.

Turki Ben Bandar Al-Saoud, pour sa part, est un ancien haut responsable des forces de sécurité du pays. Une querelle d’héritage se termine mal pour lui et il atterrit en prison. À sa libération, il part s’installer à Paris. À partir de juin 2012, il commence à poster sur YouTube des vidéos demandant des réformes politiques en Arabie saoudite. Il est arrêté au Maroc alors qu’il s’apprêtait à regagner Paris et extradé vers l’Arabie saoudite avec l’accord d’un tribunal marocain.

Quant à Saoud Ben Saif Al-Nasr, c’est un prince de rang modeste parmi les quelque dix mille princes saoudiens. On le dit playboy, aimant les casinos et les hôtels de luxe. Mais pour une raison ou une autre, à partir de 2012, il se met à tweeter contre la monarchie et en 2015, il soutient publiquement un appel à renverser le régime. Peu après, il disparaît. Il aurait été attiré dans un piège des services saoudiens qui, sous la couverture d’une société italo-russe, lui auraient proposé une commission pour pouvoir installer une succursale dans le royaume. L’avion de la compagnie venu le chercher à Milan ne s’est pas posé à Rome mais à Riyad et depuis, on n’a plus de nouvelles du jeune prince.

Comme l’explique Khaled Ben Farhan Al-Saoud dans le documentaire de la BBC, toutes les décisions concernant les membres de la famille Al-Saoud sont prises au plus haut niveau, celui du roi. Dans un premier temps, lorsque des signes de dissidence sont détectés, on empêche l’intéressé de voyager, ses revenus sont réduits, et, dans les cas les plus graves, il peut être placé en résidence surveillée, voire en prison. Cela en dit long sur la dépendance des membres de la famille royale, incapables pour la plupart d’avoir une activité rémunératrice en dehors du système d’allocations interne.

Ce que montre l’exemple d’au moins deux des quatre princes évoqués dans ce documentaire, c’est qu’à l’origine de la dissidence, on trouve rarement un désaccord politique comme ce fut le cas du prince Talal Ben Abdelaziz Al-Saoud1 à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Il s’agit de façon plus prosaïque d’une réaction de dépit suite à une frustration d’ordre financier, engendrant en représailles une prise de position politique hostile. On reste néanmoins confondu devant la naïveté de plusieurs de ces princes qui, après avoir publiquement critiqué le régime, voyagent sans prendre de précaution particulière, voire empruntent un avion mis à leur disposition par le régime honni.

Enfin, les exemples présentés par la BBC montrent que cette façon de faire n’a pas débuté avec le règne du roi Salman, marqué par une approche beaucoup plus brutale que celle de ses prédécesseurs, mais avait commencé bien avant, sous les règnes de Fahd et d’Abdallah.

 


1Mathilde Rouxel, «  Le mouvement des ‟Princes rouges” en Arabie saoudite (1958-1964)  », Les clés du Moyen-Orient, 2 août 2017.

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Inde-Israël. Convergence de deux ethnonationalismes Narendra Modi en visite à Tel-Aviv

Posted in Inde, Moyen-Orient by odalage on 3 juillet 2017

Par Olivier Da Lage et Pierre Prier

Cet article est initialement paru sur Orient XXI le 3 juillet 2017

Un quart de siècle après l’établissement des relations diplomatiques entre l’Inde et Israël, Narendra Modi est attendu pour la première fois en Israël le 4 juillet. Un événement qui marque le rapprochement spectaculaire entre les deux pays.

C’est la première visite d’un chef de gouvernement indien, le véritable détenteur du pouvoir selon la Constitution indienne, en Israël où vivent près de 70 000 juifs originaires d’Inde1.

Narendra Modi, porte-flambeau du nationalisme hindou, n’a jamais caché son admiration pour Israël, où il s’est déjà rendu en 2006 lorsqu’il dirigeait l’État indien du Gujarat. Ni son évidente proximité idéologique avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, fondée sur le nationalisme hindou pour le premier, juif pour le second, chacun respectant en l’autre l’« homme fort » qui conçoit la politique avant tout comme un rapport de forces.

Les idéologues des deux pays exultent. Pour eux, le voyage du 4 juillet scellera de façon spectaculaire la complicité de deux visions ethnonationalistes. Depuis son élection en 2014, Narendra Modi poursuit une politique identitaire qui tend à marginaliser les quelque 14 % de musulmans du pays. « Le concept d’Israël comme maison naturelle des juifs du monde entier, un endroit où ils ont un droit de naissance, est un des fondements du sionisme. On ne peut s’empêcher de le comparer au concept selon lequel l’Inde est la maison naturelle des hindous du monde entier, un endroit où, eux aussi, ils ont un droit de naissance », écrit par exemple Vivek Dehejia, professeur à l’université Carleton d’Ottawa, membre d’une nouvelle génération d’intellectuels nationalistes indiens. Même fraternité de pensée en Israël : « Les hindous et les juifs, dominants dans les deux États font face chez eux à des minorités musulmanes significatives. Ils pratiquent tous deux des religions qui ne sont pas usuelles dans le reste du monde. Leurs minorités, 150 millions de musulmans en Inde et 1,7 million en Israël posent des défis majeurs aux deux pays », écrit le politologue Jonathan Adelman dans le quotidien israélien en anglais The Jerusalem Post.

En revanche, pas de réaction de personnalités musulmanes indiennes, plus préoccupées par la montée de l’islamophobie et les lynchages de musulmans par des milices sous prétexte de « protection des vaches », animal sacré pour les hindous (le premier ministre a tardivement réagi à ces crimes).

Un lent mais irrésistible rapprochement

Au-delà de ces convergences israélo-indiennes, le voyage de Narendra Modi apparaît comme la célébration d’une victoire diplomatique et stratégique majeure. Le dirigeant du pays qui abrite la deuxième population musulmane du monde n’accompagnera pas son voyage d’un déplacement dans les territoires palestiniens. Cette figure protocolaire, quasi obligatoire pour tout dirigeant étranger, a été jusqu’ici respectée par chaque responsable indien se rendant en Israël, du président indien Pranab Mukherjee (membre du Congrès) en octobre 2015 à la ministre des affaires étrangères Sushma Swaraj (Parti du peuple indien, BJP) en janvier 2016, venue poser les jalons de la visite de Modi.

La visite du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à New Delhi le 14 mai 2017 a manifestement servi de lot de consolation, d’autant plus difficile à avaler que l’Inde se présente toujours comme le défenseur des droits des Palestiniens. Pendant longtemps, elle a joint les actes à la parole. Pour l’Inde, Israël incarnait le modèle colonial contre lequel s’étaient battus les pères de l’indépendance, et, après celle-ci, les pays non-alignés dont l’Inde était l’un des membres fondateurs les plus éminents. Cette approche a profondément irrigué l’administration indienne, et notamment son ministère des affaires étrangères qui craignait en outre que tout rapprochement avec Israël n’attire sur l’Inde l’ire des pays arabes.

L’Inde s’est longtemps opposée à Israël devant les institutions internationales. À l’ONU, le jeune État a rejoint en 1947 les pays arabes dans le refus du plan de partage de la Palestine, puis voté contre l’entrée d’Israël aux Nations unies en 1949. L’Inde a voté en 1975 la fameuse résolution 3379 présentant le sionisme comme un racisme. Sur le plan diplomatique, New Delhi a soutenu le camp arabe dans les deux guerres de 1967 et de 1973. L’Inde a été le premier pays non arabe à ouvrir un bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1975, et a reconnu l’État palestinien en 1988.

Coopération militaire

Mais New Delhi a poursuivi en parallèle des relations discrètes et de plus en plus intenses avec Israël, que le voyage de Modi vient couronner et qui, du côté indien, ont longtemps été comparées à une liaison avec une maîtresse que l’on ne veut pas assumer en public. C’est d’autant plus frappant que les échanges en matière militaire et de renseignement remontent aux années 1960, quand après la défaite indienne face à la Chine en 1962 les Israéliens ont proposé leur assistance en matière militaire et de renseignement aux Indiens qui l’ont volontiers acceptée, alors que les deux pays n’avaient toujours pas de relations diplomatiques. Même si les nationalistes hindous du BJP, le parti de Narendra Modi ont beaucoup fait lorsqu’ils étaient au pouvoir (1998-2004) pour normaliser les liens avec Israël, c’est le premier ministre du Congrès Narasimha Rao qui prit en 1992 la décision d’établir des relations diplomatiques. Cela s’inscrivait dans sa politique de libéralisation économique et de modernisation de l’Inde et ne représentait aucunement un soutien à Israël. Par la suite, les liens se sont progressivement resserrés. Israël a fourni à l’Inde des armes et équipements en quantité pendant la guerre indo-pakistanaise de 1999, puis le premier ministre Ariel Sharon s’est rendu à New Delhi en 2003, et le chef d’état-major Gabi Ashkenazi en 2009.

Dans les instances internationales, le soutien indien aux Palestiniens s’est de plus en plus émoussé. Déjà, en 1991, New Delhi avait voté pour l’abrogation de la résolution 3379 de 1975. L’Inde s’est plus récemment abstenue dans le vote de la résolution de l’Unesco du 5 mai 2017 qui affirme que « toutes les mesures (…) prises par Israël, une puissance occupante, qui ont altéré ou visent à altérer le statut de la ville sainte de Jérusalem » seront « nulles et non avenues et doivent être annulées ».

La visite de Narendra Modi couronne une longue amitié, mais l’Inde se montre prudente. Il aura donc fallu attendre quatorze ans depuis la visite d’Ariel Sharon pour qu’un premier ministre indien rende la politesse, dont trois depuis l’arrivée au pouvoir de Modi, alors que beaucoup d’observateurs s’attendaient au contraire à ce que le premier ministre consacre l’un de ses tout premiers voyages à l’étranger à Israël. Entre-temps, Modi, saisi d’une frénésie diplomatique a sillonné le monde, effectuant plus de soixante voyages à l’étranger (jusqu’en juin 2017), parfois à plusieurs reprises, dans 46 pays. Cela ne rendait que plus mystérieux le temps pris par le leader indien pour visiter enfin Israël, comme s’il avait voulu longuement tourner autour de l’objet de son désir avant de s’y résoudre.

Les Palestiniens abandonnés

Le choix d’un découplage assumé entre politique envers Israël et politique envers les Palestiniens, qui a certainement dû donner des aigreurs aux vieux routiers de l’appareil diplomatique indien, a été rendu possible par l’approche adoptée au cours des trois années précédentes. Contre toute attente, Modi a d’abord effectué plusieurs voyages dans des pays musulmans (Émirats arabes unis en août 2015, Arabie saoudite en avril 2016, Iran en mai 2016, Qatar en juin 2016). Enfin, à la mi-mai, il a reçu à New Delhi, avec les honneurs, pendant quatre jours le président palestinien Mahmoud Abbas, réaffirmant le « soutien inébranlable » de l’Inde à la cause palestinienne. Ayant ainsi balisé le terrain, Modi peut à présent se rendre en Israël sans avoir à redouter les critiques internes comme externes, car le terrain est désormais mûr pour assumer sans fard une proximité entre l’Inde et Israël, bien au-delà de la connivence idéologique entre les deux leaders du moment. Elle repose essentiellement sur une coopération militaire et en matière de renseignement, y compris la fabrication d’armement en Inde utilisant les technologies israéliennes (le fameux « Make in India » (fabriquer en Inde) cher à Modi, mais aussi dans le domaine des hautes technologies civiles.

L’Inde a acheté pour 1,5 milliard d’euros de missiles et technologies liées à Israël, une transaction présentée comme le plus gros contrat d’exportation d’armes de ce pays. L’entreprise publique Israel Aerospace Industries (IAI) a annoncé le 19 mai 2017 la fourniture à l’Inde d’un système avancé de missiles, comprenant notamment des missiles sol-air de moyenne portée, des lanceurs et des technologies de communication, a-t-elle annoncé dans un récent communiqué. Ce contrat d’une valeur de 103 milliards de roupies (1,6 milliard de dollars) constitue « le plus gros contrat de l’industrie de défense israélienne », a affirmé l’entreprise. Les contrats conclus par les entreprises israéliennes d’armement ont atteint les 6,5 milliards de dollars en 2016, une hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. La firme israélienne fournira également de l’équipement — notamment des missiles sol-air longue portée — pour le premier porte-avions indien encore en construction.

La coopération va aussi bon train dans le domaine des hautes technologies, et dans l’agriculture à travers les « centres d’excellence » installés par Israël dans la plupart des États depuis 2009 pour former les paysans indiens à l’utilisation des outils modernes israéliens, en particulier l’irrigation.

Cette normalisation avec Israël a vocation à durer au-delà d’une éventuelle alternance en Inde, car au fond, peu de choses séparent les dirigeants du BJP et ceux du Congrès (ou des autres partis) en matière de politique étrangère. Et l’acquis principal sera justement ce découplage entre la politique palestinienne et la politique israélienne de l’Inde. L’équilibre entre les deux n’était qu’apparent, car cela fait longtemps que l’appui de l’Inde à la Palestine ne dépasse guère la rhétorique, mais il inhibait le développement des relations avec Israël. Cette phase appartient désormais au passé et met fin à une anomalie dans la diplomatie indienne qui veille toujours à ne pas faire dépendre ses relations bilatérales avec un État des relations avec un autre État. Le dossier Israël-Palestine était justement une exception à cette approche, que l’Inde n’a jamais tenté de mettre à profit pour offrir ses bons offices entre les deux. Elle n’aura désormais plus à s’en soucier.


1Les juifs indiens appartiennent à quatre communautés ayant des histoires bien distinctes : les bene Israel, les juifs de Cochin, les juifs baghdadi et les bnei Menashe. La plupart d’entre eux ont émigré en Israël après la création d’Israël.

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The man who would be king (as soon as possible)

Posted in Moyen-Orient by odalage on 28 juin 2017

by Olivier Da Lage

At dawn, on June 21, King Salman of Saudi Arabia published a royal decree, that is likely to change dramatically the future of the kingdom, and of the entire West Asia for that matter. The king appointed his 31 year old son Mohammed (bin Salman) as crown prince, replacing his cousin Mohammed bin Nayef who had been holding the post for the past two years. The king quickly arranged the baya’a ceremony by which the key members of the royal family swear allegiance to the new crown prince. The first to pay tribute was no other than Mohammed bin Nayef himself, thus sending to the world the message of a smooth transition.

The decision itself didn’t come as a surprise as it had been expected for some time[1] but the timing showed that neither the king, nor his son wanted to lose any time in securing his accession to the throne. It is a remarkable achievement for the young prince who was little known outside the family less than three years ago. As the favourite and trusted son of the king, he had been his chief of staff all along: when Salman was governor of Riyadh, Defence minister, then crown prince, and, since January 2015, the king of Saudi Arabia. As such, he alone decided who could, and more importantly, who couldn’t have access to his father.

In a country ruled for decades by aging kings and princes, Mohammed bin Salman, then only 29, was soon bestowed with the job of Defence minister as well as the responsibility of overseeing the economy. In this capacity, he nearly single-handedly launched the war in Yemen against the Houthi rebels in March 2015 and announced a few months later the ambitious Vision 2030 designed to modernize Saudi economy with the aim of making it less dependent on oil and the public sector. In April 2015, he was made deputy crown prince. His youth and openness to entertainments (he allowed musical shows to take place and cinemas to open, in a country where both are frowned upon by the religious establishment) endeared him to young Saudis who account for the vast majority of Saudi subjects (half of the population is under 25).

While the energetic deputy crown prince was active on all fronts, it soon became clear that his cousin, the actual crown prince, was being systematically sidelined. With his removal, king Salman is the only remaining obstacle on his way to the throne. Considering how, within barely two years, Salman has done everything possible to ensure that his son becomes the kingdom’s strongman, it seems very likely that the king is considering abdicating in his favour very soon. It would silence those, among the royal family, who might dispute Mohammed bin Salman’s qualifications for the throne, after the death of the current king. It has never happened before, but it is exactly what took place in Qatar in June 2013, when Shaikh Hamad ceded the throne to his son Tamim, thereby preventing a challenge from other powerful princes.

If this happens, or if, after Salman’s death, his accession to the throne is confirmed by the Council of allegiance, which represents the 35 branches of the Saudi royal family, Mohammed bin Salman will be the youngest Saudi king in history[2]. It might very well be the beginning of a reign lasting 40 or 50 years while the previous kings have ruled for a decade or thereabouts. Given the ambitions already displayed by Mohammed bin Salman, it might indeed change significantly the face of the Middle East. MbS, as he is often called, has shown a very confrontational attitude vis-à-vis Iran. Iran’s support of the Houthis has been given as the justification of the war in Yemen, which has so far, not witnessed the victory Saudis had expected, but left instead an already poor country shattered, with more than 12,000 deaths, famine and an outbreak of cholera. He has also, in coordination with his mentor, the UAE crown prince Mohammed bin Zayed, led the blockade of Qatar since 5 June[3] by several Arab countries. On 22nd June, this group has given a 10 day ultimatum to Doha to comply with 13 demands, ranging from withdrawing the Qatari ambassador from Tehran to shutting the Aljazeera satellite TV channel to normalize relations. In fact, for Qatar to accept the Saudi demands would have the effect of making its foreign policy subservient to Saudi Arabia, which it cannot accept. This is why Kuwait and Oman, who believe they will be the next targets on the Saudi list, refused to be part of the sanctions against Qatar. Kuwait, in fact, has embarked on a (so far ineffective) mediation which, surprisingly, has not been rejected outright by the Saudis.

Mohammed bin Salman seems to have been emboldened by Donald Trump’s apparent support for his actions against Qatar. But the Pentagon and the State Department, who view Qatar as an important asset in the region (10,000 US troops are stationed in the emirate and are key in the fight against the Islamic State) clearly differ. Taking for granted American support whatever he does might, in the long run, be a mistake on the part of Mohammed bin Salman who is yet to show that he has exit strategies for the multiple crises Saudi Arabia is caught up in.

[1] Family power politics in Riyadh http://www.gatewayhouse.in/riyadh-power-politics/

[2] The founder of the kingdom, Abdelaziz bin Abderrahman al-Saud (Ibn Saud) was in his fifties when he established the kingdom of Saudi Arabia in 1932.

[3] Qatar, a Saudi-Iran battlefield? http://www.gatewayhouse.in/qatar-a-saudi-iran-battlefield/

Family power politics in Riyadh

Posted in Moyen-Orient by odalage on 5 mai 2017

Dynasty has its own reasons and the 40 decrees that King Salman issued last month were designed to hand more power to the Salman branch of the House of Saud. Is a promotion in the offing for his son, the deputy crown prince, Mohammed bin Salman? What does this bode for the country’s foreign policy? President Trump’s first foreign visit will be to Saudi Arabia later this month.

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L’Inde, désir de puissance

Posted in Inde by odalage on 19 février 2017

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Mon livre sur les défis stratégiques de l’Inde est paru le 22 février chez Armand Colin.

Dans la presse :

Alternatives économiques n° 369 (juin 2017)

On parle souvent d’un monde dangereux et instable. Quels en sont les grands acteurs et les points de rupture ou de stabilité ? La qualité du livre d’Olivier Da Lage est de décrire avec minutie ce que le géant indien nous réserve compte tenu de sa vision du monde et de ses intérêts. Car l’Inde de la non agression et du non-alignement n’existe plus. L’Inde nouvelle a commencé à émerger dès 1998 avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement nationaliste hindou dont l’actuel Premier ministre Narendra Modi poursuit le réalignement géopolitique: la volonté de se faire reconnaître comme une grande puissance parmi les grands.

Finie la diplomatie défensive et ses fameux Pansheel ou Cinq vertus dont la non ingérence dans les affaires de chacun. Désormais l’Inde identifie clairement un adversaire -le Pakistan- et un rival -la Chine- sur son chemin de la puissance. De là découlent sa nouvelle diplomatie vis-à-vis des États-Unis mais aussi de la Turquie ou même d’Israël. Reste selon Olivier Da Lage à mettre en cohérence son ambition extérieure et la persistance de faiblesses internes dont l’extrême pauvreté de masse. C’est sans doute la raison pour laquelle le Premier ministre nationaliste Modi a relancé le mot d’ordre « chassons la pauvreté » (garibi hatao) en même temps qu’il faisait preuve d’une grande fébrilité dans ses voyages à l’étranger et dans l’affirmation d’un projet nationaliste hindouiste. Un alignement de trois planètes qui pourrait influencer grandement l’ordre du monde.”

Jean-Joseph Boillot

L’Inde, un géant hésitant au Proche-Orient, Pierre Prier (Orient XXI, 26 mai 2017)

Population & Avenir n° 733 (mai-juin 2017)

“L’auteur sait parfaitement utiliser le caractère multiscalaire de la géographie pour analyser la géopolitique de l’Inde. Dans la partie 1, il étudie la stratégie de l’Inde par rapport à cinq ensembles géographiques du plus proche, l’Asie du Sud, au plus lointain en terme de distance, les États-Unis, sans oublier l’Afrique. La partie 2 examine les caractéristiques de l’Inde qui concourent à sa puissance, qu’il s’agisse de la croissance économique, des forces militaires (hard power) ou des armes pacifiques de l’influence (soft power). Cette passionnante lecture montre aussi combien « la démographie de l’Inde est désormais un atout », à rebours des multiples craintes à ce sujet formulées dans des décennies précédentes. Ce livre montre que la phrase attribuée au Général de Gaulle concernant Le Brésil, « un pays d’avenir et qui le restera » ne semble nullement pouvoir s’appliquer à l’Inde.”

Le livre international de la semaine (RFI, interview par Sylvie Noël, 18 mars 2017)

Interview sur le site de l’IRIS (16 mars 2017)

Modi Magic: India’s PM turns cash crunch into selling point (France 24 The Debate with François Picard, 14 mars 2017)

Olivier Da Lage : « Hier chantre du non-alignement, l’Inde se préfère aujourd’hui multi-alignée » , (Paroles d’Actu, interview par Nicolas Roche, 6 mars 2017)

Désir de puissance de New Delhi, une quête encore inachevée, Tirthankar Chanda (L’Hebdo, rfi.fr 24 février 2017)

Géopolitique, le débat (RFI, 19 février 2017) animé par Marie-France Chatin, avec
Vaiju Naravane, écrivain et journaliste. « Transgressions », collection roman du Seuil.
Jean-Luc Racine, directeur de recherches au CNRS
Olivier Da Lage, journaliste. « L’Inde, désir de puissance », Armand Colin.

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A reversal of Globalisation?

Posted in Divers, Inde by odalage on 13 février 2017

By Olivier Da Lage

Commenting on both Trump’s victory and the vote in favour of Brexit in the UK, the ILO director general Guy Ryder said: “It is the people who feel they haven’t benefited from globalisation and from the EU, from the way things are organised. This is the revolt of the dispossessed in that regard”[1].

Worldwide, free-trade agreements (FTA) are threatened. Donald Trump has steadily promised to scrap both NAFTA, the free trade agreement concluded between Mexico, Canada and the USA more than 20 years ago as well as the Transpacific agreement signed just one year ago. Public opinion (and therefore, politicians alike) in the US and Europe have an increasingly negative view of the TTIP, the free trade agreement being negotiated between The United States and the European union, while the Canada-UE FTA was on the brink of failure when a Belgian provincial parliament refused to ratify it unless it received reassurances on some key issues (such as private arbitration courts) which eventually were given, thereby enabling its signature[2].

Even in countries where free-marketeers used to call the shots, such as the UK, the Netherlands and – to a much lesser extent – the USA, “globalisation” has become a spectre for voters across the political spectrum, sounding more like “loss of jobs” than “booster of growth”. True, the “alter-globalisation” movement is losing momentum. However, the fear of globalisation is no longer confined to it: during the last US presidential election, all the main candidates, Trump, Clinton and Sanders campaigned against globalisation. In the Brexit referendum vote, the resentment towards European immigrants was more of a factor than a rejection of the EU as such.

Next in line now is France, where free market was never a popular theme. Even though, as the fifth world economic power, France has vastly benefited from globalisation, most candidates in the run-up to the April 2017 presidential election, including “pro-business” ones insist on their duty to protect citizens against the fallout of globalisation. Such trends can indeed be seen all across Europe.

The reason why the anti-globalisation trend is picking up in the West is that very different forces are merging in a de facto coalition.

On the one hand, one finds old opponents of globalisation who always considered it a bad thing: blue collar workers and the political parties representing them who fear it is all about transferring jobs from their countries to emerging countries where salaries and labour laws are less protective and therefore perceived as unfair competition. They include many workers’ unions, communist parties and other left and far left parties in Europe as well as a good deal of the popular vote in the US among the Democratic electorate and the trade union movement. But increasingly, the popular vote goes to far right or popular parties who blame the loss of jobs not only on foreigners abroad but also on foreign immigrants “stealing” the job of local citizens: UKIP in the UK, Front National in France, “True Finns” in Finland, Party of Freedom in the Netherlands, etc.

Other long-standing opponents include many left-leaning intellectuals, especially in France, who consider globalisation as a threat to cultural diversity, i.e. the “americanisation” of other cultures.

But what really changed the paradigm is that these opponents have now been joined by mainstream figures and parties as was obvious in the Brexit vote, the US presidential election and the ongoing French presidential election campaign. These newcomers have added their voices to the anti-globalisation choir for opportunistic reasons because they have sensed which the wind is blowing and are desperately trying to retain their voters. But there is more to it than this: the feeling is that the Reagan-Thatcher drive towards deregulation has gone too far, has been damaging the social fabric and created widening poverty pockets. In the past 30 years, the difference of salaries between the bottom and the top of the ladder has increased from 1:10 to 1:400 or more and the social acceptance of this widening gap at a time when the economy is barely recovering from the 2008 crisis is just not there.

By contrast, in India, where globalisation has for two decades been synonymous with outsourcing from Western companies and massive inflow of FDI (foreign direct investments), the word does not carry a negative connotation, far from it. But appearances can be deceptive. In 1998, the financial crisis which severely hit the global financial markets hardly affected the Indian economy. Ten years later, India had to face a sudden massive outflow of capital in the wake of the subprime financial crisis. Back in 1998, India was still largely insulated from the world financial markets by the many rules on foreign exchange which were subsequently relaxed. This was no longer the case in 2008. As a result, huge amounts of FDI were hastily repatriated from India to the US or to Europe, not because of the economic situation in India but because these investors desperately needed the cash back home.

The narrative in India is generally that this country supports globalisation and criticises the protectionist practices of Western governments but on the issue of globalisation, India now sits on both sides of the fence. On the one hand, as an “emerging” country, India still offers more for less in many areas and needs globalisation. On the other hand, as an already “emerged” country, India requires regulations to protect its intellectual property. For decades, it was not a priority but as a major exporter of cultural goods and services, India now has an increasing stake in ensuring its artistic works are not stolen.

In the field of agriculture, all Indian governments have always taken a protectionist stance for fear of the brutal consequences of free trade in a sector still employing 60 percent of the active population with generally low productivity and many farmers poverty-stricken.

Globalisation does not divide the West and the rest of the world. The actual oppositions lie within each country and every government has to grapple with the contradictions between the benefits and the negative consequences of the very same phenomenon. As going back on globalisation is not an option even for those hostile to it, the challenge for governments and international institutions is to find how to reign in its excesses, manage it politically, and make it acceptable to their public[3].

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[1] “Economic frustration has spawned Trump and Brexit, warns UN labour chief”, The Guardian, 14 November 2016.

[2] “La contestation contre le libre-échange gagne du terrain”, Le Monde, 25 October 2016.

[3] Lawrence H. Summers, “It’s time for a reset”, The New York Times, 5 December 2016.

Saudi prince: not quite a game changer?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 31 janvier 2017

Prince Salman’s accession to the throne after the death of Saudi King Abdullah on 23 January 2015 has been a game changer, both domestically and in West Asian politics. Within days, he sidelined rivals within the House of Saud, and took on Iran with a confrontational policy. But two years later, the results of his new strategy disappoint.

 

By Olivier Da Lage

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Inde-Pakistan : le théorème de Tchékhov

Posted in Inde by odalage on 24 septembre 2016

Le Premier ministre indien Narendra Modi a donc reçu ce samedi à sa résidence de fonction les chefs des trois armes pour examiner la riposte indienne à l’attaque qui a fait 18 morts parmi les soldats qui se trouvaient sur la base d’Uri, dans le Cachemire, à proximité de la Line of Control (LoC) qui sert de ligne de démarcation entre le Cachemire indien et le Cachemire pakistanais.

Selon Delhi, l’attaque aurait été menée par une organisation basée au Pakistan, jaish-e-Muhammad (l’armée de Mahomet). Mais contrairement à ce qui s’était passé après l’attaque de la base militaire indienne de Pathankot le 2 janvier dernier, Inde et Pakistan ont aussitôt échangé des propos martiaux. A l’époque, au contraire, l’Inde s’était gardée de mettre en cause directement le Pakistan, où Narendra Modi venait tout juste de rencontrer le Premier ministre Nawaz Sharif et avait même invité une délégation militaire pakistanaise à se rendre sur cette base pour se rendre compte par elle-même.

Ce geste n’avait pas donné les résultats espérés par l’Inde et le gouvernement de Narendra Modi avait été à mots couverts accusé de naïveté par certains observateurs et même des responsables de son propre parti le BJP. Les mois qui ont suivi ont été marqués par un net durcissement de la rhétorique de part et d’autres. Pour revenir à l’attaque d’Uri, le ministre de l’Intérieur, a immédiatement accusé le Pakistan d’être un Etat qui soutient le terrorisme. Modi, pour sa part, a tweeté pour indiquer que l’attaque ne resterait pas impunie. L’Assemblée générale des Nations unies qui s’achève à New York a été l’occasion pour l’Inde de mettre en cause le Pakistan et de tenter de l’isoler diplomatiquement. Cela risque de s’avérer plus difficile que prévu car la Chine s’est immédiatement portée en défense d’Islamabad et la Russie, l’alliée traditionnelle des bons et des mauvais jours, a entamé des manœuvres militaires communes avec le Pakistan.

Ce dernier, contrairement aux incidents précédents, n’a en rien promis de restreindre l’activité des groupes armés opérant à partir de son territoire, ni même d’ouvrir une enquête. Il a au contraire, par la voix de son Premier ministre Nawaz Sharif s’exprimant de la tribune des Nations unies, mis en cause la répression indienne au Cachemire comme étant l’unique cause de la tension actuelle.

En mai 2011, après le raid américain dans lequel Oussama Ben Laden a été tué au Pakistan (Opération Geronimo), nombreux étaient ceux, dans les milieux militaires, parmi les journalistes et surtout, les dirigeants du BJP alors dans l’opposition, à exprimer leur frustration que l’Inde ne lance pas son Opération Géronimo en territoire pakistanais pour éradiquer les bases terroristes qui s’y trouvent. Narendra Modi n’était pas le dernier.

Aujourd’hui au pouvoir, Modi est soumis à semblable pression, y compris de son propre camp, au nom de la rhétorique nationaliste qu’il a lui-même incarnée avant d’accéder au pouvoir.

Tchékhov a dit et écrit que dans une pièce de théâtre, si une arme chargée se trouve sur la scène dans l’acte premier, elle doit nécessairement avoir servi avant la fin du dernier acte. Les armes sont déjà sur la table, et elles sont chargées. Il paraît difficile d’imaginer que l’Inde puisse, cette fois, s’épargner une opération militaire « chirurgicale » en territoire pakistanais contre l’un des groupes terroristes qui y pullulent. Mais personne n’est en mesure de prédire l’enchaînement qui en résultera.

Olivier Da Lage

 

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Islamic State and France: mortal enemies

Posted in Divers, Moyen-Orient by odalage on 21 juillet 2016

France’s state policy of ‘laïcité’ (secularism) and its military interventions in Islamic countries has made it the prime target of IS in the West. The hardline French response to step up bombing campaigns against jihadis in Syria, Iraq, and Mali will likely continue, but conversely feeds IS strategy, which is to foment anti-Muslim sentiment among the non-Muslim French population.

By Olivier Da Lage

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Comment peut-on ne pas être Nordique ?

Posted in Journalisme by odalage on 16 juin 2016

Par Olivier Da Lage

Depuis la relance de la FIJ en 1952, le groupe des syndicats nordiques joue un rôle déterminant. Syndicats puissants et riches, ils ont participé de façon prépondérante à la direction ou à l’orientation de la Fédération jusqu’au congrès de Cadix en 2010. Et en 2013, lors du congrès de Dublin, la seule représentante d’un syndicat nordique au sein du Comité exécutif a été sévèrement battue lors des élections.

Dire que la perte du contrôle de la FIJ a été un traumatisme pour les Nordiques est un euphémisme. Ils se sont rattrapés en conservant celui de la FEJ, la Fédération européenne des journalistes (le groupe européen de la FIJ), mais ce n’est pas la même chose. Certains ont songé – mais pas longtemps – à quitter la FIJ pour se consacrer entièrement à la FEJ mais ce projet n’a pas vécu longtemps. La première mesure de rétorsion après la perte de la majorité à Cadix a été la suspension immédiate de la contribution danoise au Fonds d’entraide de la FIJ, au motif que l’argent n’était pas dépensé. Jusqu’au congrès de Cadix, le trésorier n’était autre que le président du syndicat danois qui devait donc avoir une idée des raisons pour lesquelles cet argent n’était pas employé comme son syndicat le voulait, mais c’est un débat interne à son syndicat, digne de Hamlet. Dépenser ou ne pas dépenser, telle est la question.

Quoi qu’il en soit, l’attitude des syndicats nordiques post-Cadix a été perçue par la majorité comme la bouderie de mauvais perdants ne supportant pas d’avoir perdu le pouvoir au sein de la Fédération et exerçant des représailles avec l’arme qui leur restait : l’argent. Ils s’en sont servi pour créer des scissions au sein de syndicats africains (subventions et salaires confortables à la clé) favorisant ceux qui voteraient « bien » au prochain congrès. La même tendance a pu être discernée en Asie et en Amérique latine.

Mais c’était plus une impression qu’une certitude. Et comment croire que d’authentiques journalistes, authentiques syndicalistes pourraient s’abaisser à de tels comportements. N’était-ce pas de notre part pure médisance et soupçons infondés ?

La réponse à cette interrogation est venue du nouveau président du syndicat des journalistes danois Lars Werge lui-même lors du congrès de la FIJ qui vient de se tenir à Angers. Lars est un homme de grande taille, plutôt raide dans son maintien comme il l’est dans ses propos. Brutal, même. Ou, si l’on veut se montrer indulgent, direct et sincère. Quoi qu’il en soit, Lars Werge, dans ses propos publics comme sur sa page Facebook, ne cache rien de ses impressions, mais il va beaucoup plus loin : il donne de passionnantes informations sur la façon dont les syndicats nordiques de la FIJ conçoivent leur rôle au sein de la Fédération. Et ça décoiffe !

Il commence par revenir sur le cheval de bataille de son syndicat, le Fonds d’entraide. Selon lui, la FIJ manque de transparence. Et quand le secrétaire général de la FIJ Anthony Bellanger lui répond qu’il peut venir s’en expliquer à Copenhague ou que Lars peut venir lui-même à Bruxelles vérifier les chiffres, la réponse ne satisfait visiblement pas le président du syndicat danois. C’est pourquoi se met en place le grand projet des Nordiques : placer l’un des leurs au poste de trésorier en remplacement de l’Allemand Wolfgang Mayer. Lars Werge écrit, au troisième jour du congrès : « Il y a une bonne nouvelle : le Finlandais Juha Rekola est prêt à se présenter au poste de trésorier honoraire. C’est un homme fort qui fera beaucoup mieux que l’Allemand Mayer – et avec le soutien total de l’alliance du Nord, qui a déjà entrepris un travail de lobbying dans les couloirs, je pense qu’il sera élu. La décision interviendra demain. »

Bon, les Nordiques veulent l’un des leurs à la trésorerie. C’est légitime et les manœuvres de couloirs font partie de la vie de tous les congrès. Que nous réserve le lendemain ?

« C’est le congrès le plus paresseux auquel il m’ait été donné d’assister » confie, au quatrième jour, un vétéran de la FIJ à Lars qui peste devant les nombreuses pauses des assemblées plénières, suspendues dans l’attente des rapports des commissions. Pourquoi attendre aussi longtemps dans une journée où l’on doit aller de l’avant et élire le président et le trésorier ? s’énerve Werge. Qui soupire : « c’est malheureusement l’un des nombreux inconvénients quand différents modes de culture sont présents ». Cette remarque est pleine de bon sens et dénote un sens de l’observation particulièrement acéré. Parmi les quelque 300 délégués présents à Angers, les Nordiques sont aussi peu nombreux qu’ils sont homogènes. Il y a par contre plein de Russes, d’Européens du Sud, d’Africains, de latino-américains, d’Asiatiques qui se comportent différemment. Ça fait désordre. En même temps, c’est le principe même d’une fédération internationale… « Nous, les Danois arrivons à l’heure, alors que d’autres délégués (et même les employés du secrétariat) arrivent 10-20-30 minutes après l’heure prévue. Il est d’usage que les séances commencent avec jusqu’à une demi-heure de retard. C’est une sorte d’épreuve. J’ai conscience que deux minutes peuvent avoir une autre signification dans le monde réel », observe néanmoins avec philosophie Lars Werge. Et le monde réel diffère parfois des rêves nordiques, n’est-ce pas, Lars ?

« C’est comme si Dracula se présentait pour diriger la banque du sang »

Parmi les élections à venir, celle qui l’intéresse véritablement est celle sur laquelle il fonde de grands espoirs : le choix du trésorier. Face à son poulain finlandais, Werge s’étrangle en découvrant que le président sortant Jim Boumelha ose se présenter alors que le rapport du trésorier sortant évoquait la veille les difficultés financières de la FIJ. « À mon avis, c’est comme si Dracula se présentait pour diriger la banque du sang », remarque finement Lars Werge. Heureusement, face à ce monstre sanguinaire, son héraut est un adversaire de valeur : « Juha Rekola, calme et fin, avec de nombreuses années d’expérience sur les plans politique et technique. C’est lui que nous soutenons et c’est le jour ».

Mais lorsque le résultat du scrutin est annoncé, il faut déchanter : Boumelha l’emporte par 176 voix contre 153 à Rekola. Werge n’en revient pas que les congressistes aient apporté leur confiance au président sortant, responsable de tous les maux de la Fédération. Il se console en échafaudant l’hypothèse que si 12 délégués avaient inversé leur vote, le résultat eut été tout autre. En effet. Avec des « si », on met Paris en bouteille…

Un accord entre les Nordiques pour prendre la présidence

Mais ça ne se passera pas comme ça. « Avec les autres Nordiques, nous avons un accord en 10 points où figurent nos objectifs et nos attentes et cet accord a été conclu à la fin 2015. Cet accord précise entre autres que le groupe nordique doit présenter un candidat. C’est ce que nous avons fait au niveau européen en sélectionnant Mogens Blicher Bjerregård pour sa réélection à la tête de la FEJ et il a été élu. Le Suédois Jonas Nordling était prêt à concourir mais il a dû annuler sa participation au congrès. Du coup, il est dans la liste des candidats au Comité exécutif, mais le vote n’a pas encore eu lieu. »

« Juha n’a pas été élu comme trésorier, poursuit Werge. Avec le recul, je pense que la prochaine fois, nous devrons être plus pointus dans la préparation. » Et le président danois de se consoler en pensant à tout le travail qu’il pourra accomplir au Danemark dans son syndicat. À en juger par l’instructive lecture de ses commentaires Facebook, il n’y trouvera pas les traits culturels tellement désolants qu’il a si bien dénoncé chez les autres, – ceux qui n’ont pas la bénédiction d’être nés Nordiques – et qui, malheureusement, ne veulent pas comprendre que tant dans leur vote que leur façon de se comporter, ils devraient prendre exemple sur la rigueur nordique.

Comment, oui, comment, le reste du monde peut-il ne pas être Nordique ?

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