Le Blog d'Olivier Da Lage

Le jour où l’ambassadeur saoudien m’a menacé

Posted in Journalisme, Moyen-Orient by odalage on 14 octobre 2018

Par Olivier Da Lage

Depuis l’annonce de la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans les locaux du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, des souvenirs que j’avais enfouis au plus profond de ma mémoire remontent à la surface et ils sont plutôt désagréables. Ils remontent au 27 juin 1990, le jour où l’ambassadeur d’Arabie Saoudite en France m’a menacé.

Deux jours auparavant, l’attachée de presse de l’ambassade m’avait appelé pour me dire que l’ambassadeur voulait me voir. Jamil al-Hujailan était une personnalité impressionnante. Doyen du corps diplomatique arabe, cet ancien ministre du royaume, parfaitement francophone, était l’une des personnalités les plus influentes du Tout-Paris politico-diplomatique. Je me demandais bien ce qu’il pouvait me vouloir, mais j’étais, pour tout dire, flatté et rendez-vous fut pris pour mercredi 27 juin à 10h30.

Jamil al-Hujailan m’accueille chaleureusement, m’offre du café, me demande si j’ai récemment voyagé au Moyen-Orient et si je compte retourner m’y établir comme correspondant (j’ai été en poste à Bahreïn entre 1979 et 1982). Puis il me félicite pour la qualité de mon travail de journaliste, faisant plus particulièrement référence à un article historique que Le Monde a publié quelques mois auparavant sur la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en 1979 ou à un entretien que j’ai récemment accordé à France Culture, opposant mon « honnêteté » à celle d’autres intervenants, ce qu’il a souligné auprès du PDG de Radio France lorsqu’il est intervenu pour se plaindre de l’émission. Il se lance ensuite dans des digressions sur RFI, me faisant bien comprendre qu’il connaît très bien les dirigeants de l’entreprise qui m’emploie.

L’ambassadeur se tait soudain et me regarde avec intensité. Je suis de plus en plus perplexe sur les raisons de ma présence dans son bureau. Puis il se lance et me demande si je suis au courant de l’existence d’un documentaire sur l’Arabie Saoudite dans lequel je suis interviewé. Bien entendu, je le suis. Un documentariste tunisien m’a contacté quelques mois plus tôt pour le film qu’il est en train de préparer sur les droits de l’Homme en Arabie. Ayant obtenu l’autorisation de mon rédacteur en chef, j’ai donc enregistré cet entretien le 10 avril 1990. La tonalité du documentaire n’étant pas très favorable au royaume, je commence à comprendre où mon interlocuteur veut en venir. Je réponds « oui » à sa question. Son regard se durcit soudain :

─ Je vais vous faire une surprise très désagréable. Venez avec moi, vous allez voir cette émission.

Il se lève et m’accompagne sur le palier, vers un ascenseur, et se lâche :

─ Que penseriez-vous si l’on disait que M. Da Lage, journaliste honnête et réputé, avait été utilisé par l’Iran pour un chantage et une campagne de diffamation contre mon pays ?

Interloqué, je réponds que c’est hors de question. Un sourire ironique s’affiche sur le visage de l’ambassadeur.

─ Vous allez voir par vous-même.

Hujailan me mène au deuxième étage, dans la salle vidéo de l’ambassade où me rejoint son chargé de presse, un nommé Omar.

─ Je vous laisse regarder. Si vous le souhaitez, vous pouvez revenir me voir après avoir visionné la cassette.

Je lui réponds sèchement que je n’ai pas l’intention de partir comme un voleur. Il hoche la tête comme pour dire « on verra bien » et quitte la pièce.

Omar s’assied à mes côtés, souriant, et, sans mot dire, met en marche le magnétoscope. J’ai sorti un carnet et un stylo pour noter d’éventuelles phrases qui m’auraient échappé et qui justifieraient l’ire de l’ambassadeur. Cinquante-deux minutes plus tard, rassuré, je range l’un et l’autre. Rien dans mes propos que je puisse renier. Il s’agit en fait de banalités que pourraient proférer tous ceux qui s’intéressent à l’Arabie Saoudite. D’autres intervenants, en revanche, sont plus tranchants, mais je n’en suis pas responsable.

C’est donc confiant que, à 11h45, je retrouve l’ambassadeur dans son bureau. Il me propose à nouveau un café que je décline. L’heure n’est plus aux salamalecs. Je lui dis d’emblée que je comprends qu’il n’ait pas aimé ce qu’il a vu, mais que j’assume l’entière responsabilité de ce que j’ai dit dans ce film, mais pas du documentaire dans son ensemble.

─ Mais vous m’aviez bien dit que vous saviez que ce film était en préparation… objecte-t-il.

Je lui réponds que lorsque l’on donne une interview, c’est forcément pour une émission. Cela ne veut pas dire que l’on sait ce qu’il y aura dedans. Il s’obstine et affirme que je ne pouvais pas ignorer le contenu du documentaire. Je rétorque que de toute évidence, nous ne nous comprenons pas.

─ N’insultez pas mon intelligence ! s’exclame Jamil al-Hujailan qui ne cache plus sa fureur. Je ne peux pas croire qu’un grand journaliste comme vous donne des interviews sans savoir à qui. D’autant que si j’ai la cassette, c’est qu’il est venu me la proposer en demandant trois millions de francs suisses pour qu’elle ne soit pas diffusée. C’est du chantage ! Il nous a bien dit que les trois millions de francs suisses étaient pour dédommager M. Da Lage et XXX (un autre journaliste, également interviewé dans le documentaire).

Estomaqué, je lui réponds que je n’ai pas touché un demi-centime et que je ne permets à personne, pas même à lui, de m’accuser de vénalité et de chantage.

Hujailan se fait silencieux, s’affale dans son fauteuil et me regarde désormais avec commisération. A l’évidence, en affirmant que je pouvais donner une interview gratuitement, sans contrepartie, j’ai perdu à ses yeux toute crédibilité. Ce n’est tout simplement pas imaginable.

─ Alors donnez-moi les noms de ceux qui ont fait cette émission.

Je refuse et lui dis que de toute façon, ils sont au générique du film. L’ambassadeur reprend et m’affirme qu’il a des yeux et des oreilles partout et qu’il finira bien par le savoir. Je hausse les épaules, mais cela me donne un indice sur l’origine de cette copie de travail en noir et blanc qu’il m’a fait visionner. Hujailan prétend que le documentariste lui-même la lui a proposée contre de l’argent en échange d’une non-diffusion. C’est possible, ce genre de pratiques existe, mais cela ne correspond pas au profil du réalisateur sur lequel je me suis quand même un peu renseigné. En revanche, ce dernier m’avait confié qu’il enquêtait sur les liens entre l’ambassade et un célèbre mercenaire français travaillant notoirement pour des monarchies du Golfe. Il ne m’est pas difficile d’imaginer qu’ayant été informé de ce projet, celui-ci ait cambriolé les locaux de la société de production pour mettre la main sur une copie du documentaire, en l’occurrence, une copie de travail, mal dégrossie. Quoi qu’il en soit, cela ne me concerne pas directement, mais ce n’est pas l’avis de l’ambassadeur :

─ Vous n’êtes peut-être pas complice de ce chantage, M. Da Lage, mais en ce cas, vous êtes irresponsable. Malheureusement, vous n’irez plus jamais dans mon pays. Et si vous allez ailleurs dans le monde arabe… Enfin, je n’en dis pas plus. C’est dommage pour la carrière d’un grand journaliste spécialiste du Moyen-Orient comme vous. Je vous conseille fortement de recontacter ce producteur et de vous opposer à la diffusion du documentaire. Vous pourrez alors me recontacter, si vous le souhaitez. Je vous souhaite bon courage, M. Da Lage…

Quelques minutes plus tard, je me retrouve sur le trottoir de la rue de Courcelles, devant l’ambassade, les jambes flageolantes. Je m’assieds sur un banc pour rassembler mes esprit et coucher par écrit tout ce que je viens de vivre. De retour à la radio, je passe plusieurs appels à des amis haut placés : le conseiller pour le Moyen-Orient de Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, le conseiller politique d’Edgar Pisani, président de l’Institut du Monde arabe à qui il me présentera dès le lendemain avec une référence explicite à ce qui m’est arrivé.

J’appelle également XXX, l’autre journaliste présent dans le film, qui a, lui aussi, eu droit au même traitement quelques heures plus tard avec une nuance que me rapporte mon confrère, d’origine maghrébine. L’ambassadeur lui a lâché : « Da Lage, c’est un chrétien, on comprend encore, mais toi, tu es des nôtres alors que pour eux, tu seras toujours un bicot ! ».

Le lendemain, j’appelle l’attachée de presse de l’ambassade en lui répétant mot pour mot ce qui s’est passé dans le bureau de l’ambassadeur et je la mets en garde : si quelqu’un s’avise de répéter les insinuations de Hujailan, je ferai un procès en diffamation au cours duquel tout sera révélé et à toutes fins utiles, j’ai informé les autorités françaises. Affolée, l’attachée de presse me demande de me calmer (il est vrai que j’étais passablement énervé) et de toute évidence, elle ne savait pas comment elle pourrait répéter ce que je venais de dire à l’ambassadeur.

Epilogue n° 1 :

L’invasion du Koweït intervient moins de deux mois plus tard, le 2 août. L’Arabie s’ouvre aux journalistes. RFI veut m’y envoyer alors que je me trouve au Qatar en décembre. Mais l’ambassadeur lui-même téléphone à la radio pour dire que j’étais persona non grata dans le royaume. Dans les mois qui suivent, mon histoire commence à se savoir dans le petit milieu des journalistes spécialisés sur le Golfe. Entre-temps, je me fais un devoir de multiplier les écrits sur l’Arabie pour montrer que leur stratégie d’intimidation n’a pas fonctionné. Le numéro deux de l’ambassade, que je croise à plusieurs réceptions, a l’air très ennuyé et m’assure que l’ambassadeur lui a souvent répété son admiration pour moi et qu’il faudrait que nous trouvions le moyen de nous réconcilier.

Finalement, près de deux ans plus tard, alors que Hujailan s’apprête à quitter la France après plus de vingt ans passés à paris comme ambassadeur, son attachée de presse m’appelle pour me dire qu’il veut me voir. Une fois suffit, je ne vais pas tomber deux fois dans le même piège, est en substance ma réponse. Mais patiemment, elle m’assure que ce n’est pas comme la première fois et qu’il veut sincèrement renouer. Je finis par accepter et je me retrouve dans ce même bureau où il m’a tour à tour humilié et menacé. Ce jour-là, le ton est bien différent.

─ M. Da Lage. On me dit que vous voulez vous rendre dans mon pays. Bienvenue ! Je vais vous aider. Que voulez-vous y faire ?

J’invente sur le champ des sujets de reportage et je donne des noms de personnalités officielles que je souhaite rencontrer. Il note scrupuleusement toutes mes demandes en hochant la tête d’un air approbateur et me dit :

─ Dès cet après-midi, je fais partir un télex avec vos demandes et je prépare votre visa.

Puis, comme traversé par une pensée soudaine, il ajoute :

─ Mais avant d’émettre le visa, je vais sans doute attendre que vos rendez-vous soient confirmés. Cela vous évitera d’attendre pour rien dans votre chambre d’hôtel à Ryad.

Je fais mine d’approuver, sachant parfaitement que je n’aurai pas de nouvelles de sa part, ce qui sera effectivement le cas, mais nous venons ainsi en quelque sorte de rétablir nos relations diplomatiques.

 

Epilogue n° 2

Bien des années plus tard, un ami diplomate me glisse :

─ Au fait, ton histoire avec Hujailan…

Je le coupe :

─ Tu es au courant ?

Il prend un air entendu.

─ Naturellement ! Après votre rendez-vous, l’ambassadeur a été convoqué au Quai d’Orsay pour une mise en garde et on lui a fait très clairement comprendre qu’il n’avait pas à menacer un journaliste français.

 

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La Cour Suprême, gardienne de la démocratie indienne

Posted in Inde by odalage on 30 septembre 2018

Olivier Da Lage

Tous les candidats à des élections en Inde doivent désormais publier leur casier judiciaire, ainsi en a décidé fin septembre 2018 la Cour Suprême du pays qui, dans sa décision inédite, précise que la criminalisation de la politique indienne est comme « une termite rongeant l’édifice de la gouvernance constitutionnelle ». Cette décision n’a pas plu, c’est peu de le dire, aux autorités du pays qui reprochent aux hauts magistrats  de sortir de leur rôle en imposant des règles non prévues par la loi votée par le parlement. Réponse du tac au tac de la Cour : les gouvernements critiquent « l’activisme judiciaire pour masquer leurs propres échecs ».

 

Comme la Cour Suprême des États-Unis, la Cour Suprême indienne est bien davantage qu’une cour constitutionnelle, même si sa tâche première est de veiller à l’application de la constitution indienne, et ses décisions façonnent largement l’application des lois en faisant évoluer a société, ou en prenant en compte son évolution. Mais deux différences essentielles la distinguent de son homologue américaine : les juges n’y sont pas nommé à vie et leur nomination est beaucoup moins politisée qu’à Washington, mais surtout, la Cour suprême indienne n’hésite pas à s’autosaisir sans attendre que les affaires remontent à elle. Et heureusement.

 

Car la « plus grande démocratie du monde » est de plus en plus dysfonctionnelle. La violence politique et sociale progresse continûment, les atteintes aux libertés fondamentales sont légion, souvent du fait de potentats locaux au niveau des États, mais également au niveau fédéral où le parti au pouvoir tend à vouloir confisquer le pouvoir. C’est particulièrement vrai depuis que le BJP a remporté la majorité absolue des sièges à la Lok Sabha (chambre basse) en 2014 sans avoir à dépendre d’une coalition pour conserver sa majorité, comme c’était le cas sous le gouvernement précédent, dirigé par le parti du Congrès.

 

En d’autres termes, dans bien des domaines, la Cour Suprême joue le rôle de dernier recours, préservant le fonctionnement démocratique d’une société qui, sans elle, se laisserait gagner par un fonctionnement que l’on ne pourrait certainement plus qualifier de démocratique.

 

Politique et religion

 

La constitution de l’Inde est laïque (secular) mais le BJP, le parti au pouvoir se revendique de l’hindutva, le nationalisme hindou dans un pays où l’écrasante majorité de la population (plus de 80 %) est hindoue. Mais à travers ses différents jugements, la cour suprême s’est toujours refusée à définir l’hindouisme mais a mis en garde contre la tentation de politiciens gardiens auto-proclamés de l’hindouisme de l’enfermer dans un mode de vie particulier. En revanche, la Cour Suprême a décidé en 2017 qu’aucun politicien ne peut invoquer la religion pour gagner des suffrages. La vérité oblige cependant à dire que cette décision est violée presque quotidiennement à travers le pays tout entier.

Dans ce pays extrêmement conservateur sur le plan des mœurs, les plus hauts magistrats indiens ont récemment rendu des décisions qui s’éloignent notablement de la pudibonderie victorienne qui s’est abattue depuis deux siècles sur la terre qui a donné naissance Kama Sutra et qui héberge les sculptures érotiques de Khajurao.

 

Les droits des femmes

 

Fin septembre, la Cour suprême a ordonné à tous les temples hindous d’ouvrir l’accès aux femmes, quel que soit leur âge. En effet, les des temples les plus important, celui d’Ayyapa au Kerala, était interdit aux femmes de 10 à 50 ans, considérées comme impures car susceptibles d’avoir leurs règles. La veille, la haute juridiction avait décriminalisé l’adultère et mis fin au traitement différencié, selon qu’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Une décision dans la droite ligne de celle prise au début de ce même mois de septembre 2018 lorsque la Cour Suprême, dans une décision de 500 pages s’ouvrant par des citations de Goethe, John Stuart Mill et Shakespeare, abroge la fameuse section 377 du Code Pénal, lui aussi hérité de la colonisation britannique, pénalisant l’homosexualité.

 

Le droit à la vie privée

 

S’il est un pays où la notion de vie privée ne va pas de soi, c’est bien l’Inde : la surpopulation des villes et d’une bonne partie des campagnes fait que l’on n’y est jamais seul, les familles étendues sont davantage la règle que l’exception, sauf dans les grandes métropoles et par conséquent plusieurs générations et fratries vient habituellement sous le même toit et suivent un mode de vie tout à la fois communautaire et extrêmement hiérarchisé. Enfin, la politesse à l’indienne commande que l’on interroge son prochain (même s’il s’agit d’un inconnu assis en face de soi dans le train) sur tous les détails de sa vie… et d’y répondre lorsque l’on est interrogé, sauf à passer pour un grossier personnage.

 

C’est pourquoi plusieurs décisions de la Cour Suprême affirmant que la vie privée est un droit fondamental de la personne sont proprement révolutionnaires.

 

Cette annonce a été faite alors que la Cour examinait un recours contre la carte Aadhaar, sorte de carte d’identité biométrique mise en place à partir de 2015 pour tous les résidents. À l’origine, cette carte devait servir à identifier correctement les bénéficiaires des différentes allocations et prenait la suite de la célèbre carte de rationnement. Mais graduellement, toute une série d’intervenants on prévus au départ ont commencé à exiger que leurs services soient reliés au numéro unique d’identité de la carte Aadhaar : fournisseurs d’accès Internet, compagnies de téléphone mobile, banques, établissements scolaires, etc.

 

Comme rien n’est dit de la vie privée dans la Constitution de 1950, les juges ont décidé à l’unanimité, contre l’avis du gouvernement, que le droit à la vie privée faisait intrinsèquement partie du droit à la vie mentionné à l’article 21.

 

Liberté d’expression contre intolérance

 

Mais c’est sans doute dans le domaine de la liberté d’expression que le rôle de la Cour Suprême en tant que gardienne de la démocratie indienne a été le plus significative. La législation de l’Union indienne, plus de soixante-dix ans après l’Indépendance, continue d’être marquée par les textes répressifs hérités du colonisateur britannique. C’est notamment le cas de la loi sur la sédition, qu’en ces temps d’intolérance les autorités et leurs partisans ont tendance à invoquer à tout bout de champ contre opposants, intellectuels et journalistes par trop critiques, en dépit du fait que l’article 19 de la Constitution garantit la liberté d’expression et que l’Inde a signé et ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’article 19 garantit, lui aussi, cette liberté.

 

En 2015, la haute juridiction a déclaré anticonstitutionnel un article de la loi sur les technologies de l’information qui permettait de poursuivre pénalement les auteurs de propos injurieux, insultants ou malveillant. Pour la Cour Suprême, ces restrictions n’étaient pas raisonnables et « ce qui est offensant pour l’un peut ne pas l’être pour un autre », et la Cour d’exiger que toute restriction soit formulée en termes précis, et proportionnelle au but légitime recherché – formulation très proche de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme. « L’Internet doit favoriser la liberté politique et non la répression », écrivent les juges dans leur arrêt.

 

Dans d’autres décisions, la Cour a affirmé le droit au silence, qui inclut celui de ne pas chanter l’hymne national dans un établissement scolaire ou universitaire, ce qui est hardi, en ces temps où l’on est prompt à faire la chasse aux « anti-nationaux ».

 

Le « droit à la dissidence »

 

Tout récemment, c’est le droit à la dissidence qui a été garanti par la Cour Suprême indienne. En août 2018, cinq intellectuels d’extrême-gauche ont été arrêtés par la police du Maharashtra sous l’accusation d’avoir comploté pour attenter à la vie du Premier ministre Narendra Modi et de soutenir la guérilla maoïste des Naxalistes. Le terme « naxalistes urbains », forgé pour désigner les intellectuels suspects de mal penser, a été surabondamment utilisé par les politiciens et une grande partie des médias pour désigner ces suspects, et plus généralement, les intellectuels critiques du gouvernement actuel. Mais dans une conférence de presse tenue par la police du Maharashtra, la police de l’État n’a produit que des livres et écrits, certes parfois recourant à une rhétorique révolutionnaire, mais n’évoquant en rien un tel complot.

 

Saisie en urgence par les avocats des cinq suspects, la Cour Suprême a ordonné qu’ils ne soient pas envoyés en prison mais placés en résidence surveillée le temps de l’enquête. Dans leur décision, les magistrats précisent : « La dissidence est la soupape de sécurité de la démocratie… La cocotte-minute explosera si vous ne faites pas de place aux soupapes de sécurité ». La Cour a également sévèrement commenté la conférence de presse tenue par les policiers en dehors de tout processus judiciaire.

 

La liberté artistique

 

La plus haut juridiction indienne s’est également instituée protectrice de la liberté de création. Depuis plusieurs années, nombre de films sont l’objet de vives attaques avant même leur sortie, soit parce qu’ils abordent des sujets controversés, soit parce qu’ils font appel à des acteurs pakistanais, soit parce qu’ils ne donnent pas le point de vue que certains considèrent comme la seule vérité. Voici Une dizaine d’années, le célèbre peintre indien MF Husain a été arrêté à plusieurs reprises et ses œuvres détruites par des extrémistes hindous du Bajrang Dal, puis du Shiv Sena. De multiples plaintes sont lancées contre ce peindre qui a le malheur d’être musulman et d’avoir osé représenter des divinités hindous en tenue légère. Menacé de mort, il doit quitter le pays et s’installe en Inde où il meurt en 2011 alors que la Cour Suprême vient d’annuler le mandat d’arrêt à son encontre.

 

Fin 2017, cette frénésie de censure se poursuit mais la Cour Suprême y met le holà en écrivant que les tribunaux indiens doivent se montrer « extrêmement précautionneux » lorsqu’ils s’ingèrent dans la liberté artistique et le président de la Cour précise : « la liberté d’expression est sacro-sainte et on ne doit pas normalement interférer avec elle (…) Que ce soit dans un film, une pièce de théâtre ou un roman, qui sont des expressions de la création artistique, l’artiste à la liberté de s’exprimer d’une façon qui est légalement répréhensible. » Et la Cour suprême de préciser que les limites à la liberté d’expression prévues par l’alinéa 2 de l’article 19 de la Constitution ne doivent pas être invoquées pour tuer la créativité artistique !

 

Le juge Dipak Misra, qui a présidé la Cour suprême depuis un peu plus d’un an, prend sa retraite en ce début octobre 2018. Son successeur, qu’il a lui-même choisi parmi les autres magistrats de la Cour doit être formellement désigné par le président de la République, est Ranjan Gogoi, qui s’était pourtant publiquement opposé à lui voici quelques mois. Mais au bout du compte, l’unité de la Cour Suprême, où les opinions dissidentes des juges minoritaires sont publiées selon la tradition anglo-saxonne, a prévalu face à la tentation du pouvoir politique de prendre le contrôle de l’institution judiciaire.

 

Pour l’instant, celle-ci résiste bien et la Cour Suprême, à juste titre, est vue par une majorité d’Indiens comme le dernier rempart de l’homme ordinaire face aux tentations des politiques de contrôler leur vie.

Gujarat : victoire à la Pyrrhus pour Modi ?

Posted in Inde by odalage on 18 décembre 2017

Par Olivier Da Lage

Le résultat des élections législatives au Gujarat, l’Etat qu’a dirigé Narendra Modi pendant plus de douze ans, sont désormais connus. Comme il était prévisible, le BJP l’a à nouveau emporté, mais -et c’est la vraie leçon de ce scrutin- avec une marge très faible dans bien des circonscriptions.

Ce qui a sauvé la mise au BJP est l’implication personnelle de Modi dans la campagne quotidiennement pendant près de trois semaines (incidemment, c’est la véritable raison du report du voyage de Macron initialement prévu en décembre) qui a transformé ce vote en plebiscite pour ou contre Modi, fils de la terre du Gujarat.

Autre leçon, la spectaculaire remontée du Congrès, donné quasiment pour mort naguère encore, campagne menée par Rahul Gandhi, tout nouveau président du Congrès à la suite de sa mère Sonia. Il y a peu, il était de bon ton d’évoquer sur un ton condescendant cet héritier réticent à assumer la relève. Or, tout le monde s’accorde à dire qu’il a mené une bonne campagne et a su trouver le ton juste.

Bien entendu, les élections générales de 2019 ne sont pas encores perdues pour le BJP et Modi est un formidable animal politique. De même, le Congrès a encore beaucoup à faire pour seulement envisager la possibilité de revenir au pouvoir à Delhi.

Mais si personne ne conteste la victoire du BJP au Gujarat, elle à un goût amer pour le parti de Narendra Modi tandis que la défaite du Congrès est plus douce que beaucoup l’avaient prédit. Une victoire chèrement acquise pour le tout-puissant Modi dans son fief même, une performance largement inattendue pour Gandhi en terre a priori hostile : les jeux ne sont pas encore faits pour 2019.

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«Les princes disparus d’Arabie saoudite» Un documentaire de la BBC

Posted in Moyen-Orient by odalage on 29 août 2017
Par Olivier Da Lage
 

Cet article est initialement paru sur Orient XXI le 28 août 2017.

Un documentaire de la BBC diffusé le 14 août offre une vision crue de l’action des services secrets saoudiens contre des membres de la famille royale ayant exprimé des divergences.

Depuis son remplacement comme prince héritier d’Arabie saoudite le 21 juin 2017, le prince Mohammed Ben Nayef n’a plus reparu en public. Cet homme, naguère encore chef des forces de sécurité du royaume et promis à la couronne, serait en résidence surveillée. La rumeur de sa mort court également sur les réseaux sociaux.

Il n’est que le dernier en date et le plus en vue des « princes disparus d’Arabie saoudite » (Saudi Arabia’s Missing Princes) auxquels la BBC vient de consacrer un documentaire stupéfiant, diffusé en anglais et sur son service arabe. Cette version moderne du cachot qui aurait davantage sa place dans un épisode de la série Les Tudor a concerné avant lui plusieurs membres de moindre importance de la maison des Saoud qui avaient en commun de s’être exprimés en public contre le régime saoudien.

Khaled Ben Farhan Al-Saoud, dont la lignée est tombée en disgrâce il y a déjà longtemps, a commencé à remettre en question le système politique imposé par sa famille depuis le début du XXe siècle. Craignant pour sa sécurité, il s’est réfugié en 2013 en Allemagne où il a demandé l’asile politique. « Nous étions quatre membres de la famille en Europe. Nous avons critiqué la famille et le régime. Trois d’entre nous ont été kidnappés », a-t-il confié à la BBC.

C’est par exemple le cas de Sultan Ben Turki Al-Saoud, petit-fils du fondateur du royaume. Enlevé une première fois à Genève et placé en résidence surveillée, il est relâché pour raisons de santé et part se faire soigner aux États-Unis. Aussitôt, il porte plainte contre plusieurs responsables saoudiens. En janvier 2016, il s’apprête à se rendre en Égypte à bord d’un appareil mis à sa disposition par l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris. Mais au lieu d’atterrir au Caire, l’avion se pose à Riyad où il est encerclé par des hommes armés. Les assistants du prince, européens et américains, sont confinés pendant trois jours avant d’être autorisés à quitter le pays.

Turki Ben Bandar Al-Saoud, pour sa part, est un ancien haut responsable des forces de sécurité du pays. Une querelle d’héritage se termine mal pour lui et il atterrit en prison. À sa libération, il part s’installer à Paris. À partir de juin 2012, il commence à poster sur YouTube des vidéos demandant des réformes politiques en Arabie saoudite. Il est arrêté au Maroc alors qu’il s’apprêtait à regagner Paris et extradé vers l’Arabie saoudite avec l’accord d’un tribunal marocain.

Quant à Saoud Ben Saif Al-Nasr, c’est un prince de rang modeste parmi les quelque dix mille princes saoudiens. On le dit playboy, aimant les casinos et les hôtels de luxe. Mais pour une raison ou une autre, à partir de 2012, il se met à tweeter contre la monarchie et en 2015, il soutient publiquement un appel à renverser le régime. Peu après, il disparaît. Il aurait été attiré dans un piège des services saoudiens qui, sous la couverture d’une société italo-russe, lui auraient proposé une commission pour pouvoir installer une succursale dans le royaume. L’avion de la compagnie venu le chercher à Milan ne s’est pas posé à Rome mais à Riyad et depuis, on n’a plus de nouvelles du jeune prince.

Comme l’explique Khaled Ben Farhan Al-Saoud dans le documentaire de la BBC, toutes les décisions concernant les membres de la famille Al-Saoud sont prises au plus haut niveau, celui du roi. Dans un premier temps, lorsque des signes de dissidence sont détectés, on empêche l’intéressé de voyager, ses revenus sont réduits, et, dans les cas les plus graves, il peut être placé en résidence surveillée, voire en prison. Cela en dit long sur la dépendance des membres de la famille royale, incapables pour la plupart d’avoir une activité rémunératrice en dehors du système d’allocations interne.

Ce que montre l’exemple d’au moins deux des quatre princes évoqués dans ce documentaire, c’est qu’à l’origine de la dissidence, on trouve rarement un désaccord politique comme ce fut le cas du prince Talal Ben Abdelaziz Al-Saoud1 à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Il s’agit de façon plus prosaïque d’une réaction de dépit suite à une frustration d’ordre financier, engendrant en représailles une prise de position politique hostile. On reste néanmoins confondu devant la naïveté de plusieurs de ces princes qui, après avoir publiquement critiqué le régime, voyagent sans prendre de précaution particulière, voire empruntent un avion mis à leur disposition par le régime honni.

Enfin, les exemples présentés par la BBC montrent que cette façon de faire n’a pas débuté avec le règne du roi Salman, marqué par une approche beaucoup plus brutale que celle de ses prédécesseurs, mais avait commencé bien avant, sous les règnes de Fahd et d’Abdallah.

 


1Mathilde Rouxel, «  Le mouvement des ‟Princes rouges” en Arabie saoudite (1958-1964)  », Les clés du Moyen-Orient, 2 août 2017.

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Inde-Israël. Convergence de deux ethnonationalismes Narendra Modi en visite à Tel-Aviv

Posted in Inde, Moyen-Orient by odalage on 3 juillet 2017

Par Olivier Da Lage et Pierre Prier

Cet article est initialement paru sur Orient XXI le 3 juillet 2017

Un quart de siècle après l’établissement des relations diplomatiques entre l’Inde et Israël, Narendra Modi est attendu pour la première fois en Israël le 4 juillet. Un événement qui marque le rapprochement spectaculaire entre les deux pays.

C’est la première visite d’un chef de gouvernement indien, le véritable détenteur du pouvoir selon la Constitution indienne, en Israël où vivent près de 70 000 juifs originaires d’Inde1.

Narendra Modi, porte-flambeau du nationalisme hindou, n’a jamais caché son admiration pour Israël, où il s’est déjà rendu en 2006 lorsqu’il dirigeait l’État indien du Gujarat. Ni son évidente proximité idéologique avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, fondée sur le nationalisme hindou pour le premier, juif pour le second, chacun respectant en l’autre l’« homme fort » qui conçoit la politique avant tout comme un rapport de forces.

Les idéologues des deux pays exultent. Pour eux, le voyage du 4 juillet scellera de façon spectaculaire la complicité de deux visions ethnonationalistes. Depuis son élection en 2014, Narendra Modi poursuit une politique identitaire qui tend à marginaliser les quelque 14 % de musulmans du pays. « Le concept d’Israël comme maison naturelle des juifs du monde entier, un endroit où ils ont un droit de naissance, est un des fondements du sionisme. On ne peut s’empêcher de le comparer au concept selon lequel l’Inde est la maison naturelle des hindous du monde entier, un endroit où, eux aussi, ils ont un droit de naissance », écrit par exemple Vivek Dehejia, professeur à l’université Carleton d’Ottawa, membre d’une nouvelle génération d’intellectuels nationalistes indiens. Même fraternité de pensée en Israël : « Les hindous et les juifs, dominants dans les deux États font face chez eux à des minorités musulmanes significatives. Ils pratiquent tous deux des religions qui ne sont pas usuelles dans le reste du monde. Leurs minorités, 150 millions de musulmans en Inde et 1,7 million en Israël posent des défis majeurs aux deux pays », écrit le politologue Jonathan Adelman dans le quotidien israélien en anglais The Jerusalem Post.

En revanche, pas de réaction de personnalités musulmanes indiennes, plus préoccupées par la montée de l’islamophobie et les lynchages de musulmans par des milices sous prétexte de « protection des vaches », animal sacré pour les hindous (le premier ministre a tardivement réagi à ces crimes).

Un lent mais irrésistible rapprochement

Au-delà de ces convergences israélo-indiennes, le voyage de Narendra Modi apparaît comme la célébration d’une victoire diplomatique et stratégique majeure. Le dirigeant du pays qui abrite la deuxième population musulmane du monde n’accompagnera pas son voyage d’un déplacement dans les territoires palestiniens. Cette figure protocolaire, quasi obligatoire pour tout dirigeant étranger, a été jusqu’ici respectée par chaque responsable indien se rendant en Israël, du président indien Pranab Mukherjee (membre du Congrès) en octobre 2015 à la ministre des affaires étrangères Sushma Swaraj (Parti du peuple indien, BJP) en janvier 2016, venue poser les jalons de la visite de Modi.

La visite du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à New Delhi le 14 mai 2017 a manifestement servi de lot de consolation, d’autant plus difficile à avaler que l’Inde se présente toujours comme le défenseur des droits des Palestiniens. Pendant longtemps, elle a joint les actes à la parole. Pour l’Inde, Israël incarnait le modèle colonial contre lequel s’étaient battus les pères de l’indépendance, et, après celle-ci, les pays non-alignés dont l’Inde était l’un des membres fondateurs les plus éminents. Cette approche a profondément irrigué l’administration indienne, et notamment son ministère des affaires étrangères qui craignait en outre que tout rapprochement avec Israël n’attire sur l’Inde l’ire des pays arabes.

L’Inde s’est longtemps opposée à Israël devant les institutions internationales. À l’ONU, le jeune État a rejoint en 1947 les pays arabes dans le refus du plan de partage de la Palestine, puis voté contre l’entrée d’Israël aux Nations unies en 1949. L’Inde a voté en 1975 la fameuse résolution 3379 présentant le sionisme comme un racisme. Sur le plan diplomatique, New Delhi a soutenu le camp arabe dans les deux guerres de 1967 et de 1973. L’Inde a été le premier pays non arabe à ouvrir un bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1975, et a reconnu l’État palestinien en 1988.

Coopération militaire

Mais New Delhi a poursuivi en parallèle des relations discrètes et de plus en plus intenses avec Israël, que le voyage de Modi vient couronner et qui, du côté indien, ont longtemps été comparées à une liaison avec une maîtresse que l’on ne veut pas assumer en public. C’est d’autant plus frappant que les échanges en matière militaire et de renseignement remontent aux années 1960, quand après la défaite indienne face à la Chine en 1962 les Israéliens ont proposé leur assistance en matière militaire et de renseignement aux Indiens qui l’ont volontiers acceptée, alors que les deux pays n’avaient toujours pas de relations diplomatiques. Même si les nationalistes hindous du BJP, le parti de Narendra Modi ont beaucoup fait lorsqu’ils étaient au pouvoir (1998-2004) pour normaliser les liens avec Israël, c’est le premier ministre du Congrès Narasimha Rao qui prit en 1992 la décision d’établir des relations diplomatiques. Cela s’inscrivait dans sa politique de libéralisation économique et de modernisation de l’Inde et ne représentait aucunement un soutien à Israël. Par la suite, les liens se sont progressivement resserrés. Israël a fourni à l’Inde des armes et équipements en quantité pendant la guerre indo-pakistanaise de 1999, puis le premier ministre Ariel Sharon s’est rendu à New Delhi en 2003, et le chef d’état-major Gabi Ashkenazi en 2009.

Dans les instances internationales, le soutien indien aux Palestiniens s’est de plus en plus émoussé. Déjà, en 1991, New Delhi avait voté pour l’abrogation de la résolution 3379 de 1975. L’Inde s’est plus récemment abstenue dans le vote de la résolution de l’Unesco du 5 mai 2017 qui affirme que « toutes les mesures (…) prises par Israël, une puissance occupante, qui ont altéré ou visent à altérer le statut de la ville sainte de Jérusalem » seront « nulles et non avenues et doivent être annulées ».

La visite de Narendra Modi couronne une longue amitié, mais l’Inde se montre prudente. Il aura donc fallu attendre quatorze ans depuis la visite d’Ariel Sharon pour qu’un premier ministre indien rende la politesse, dont trois depuis l’arrivée au pouvoir de Modi, alors que beaucoup d’observateurs s’attendaient au contraire à ce que le premier ministre consacre l’un de ses tout premiers voyages à l’étranger à Israël. Entre-temps, Modi, saisi d’une frénésie diplomatique a sillonné le monde, effectuant plus de soixante voyages à l’étranger (jusqu’en juin 2017), parfois à plusieurs reprises, dans 46 pays. Cela ne rendait que plus mystérieux le temps pris par le leader indien pour visiter enfin Israël, comme s’il avait voulu longuement tourner autour de l’objet de son désir avant de s’y résoudre.

Les Palestiniens abandonnés

Le choix d’un découplage assumé entre politique envers Israël et politique envers les Palestiniens, qui a certainement dû donner des aigreurs aux vieux routiers de l’appareil diplomatique indien, a été rendu possible par l’approche adoptée au cours des trois années précédentes. Contre toute attente, Modi a d’abord effectué plusieurs voyages dans des pays musulmans (Émirats arabes unis en août 2015, Arabie saoudite en avril 2016, Iran en mai 2016, Qatar en juin 2016). Enfin, à la mi-mai, il a reçu à New Delhi, avec les honneurs, pendant quatre jours le président palestinien Mahmoud Abbas, réaffirmant le « soutien inébranlable » de l’Inde à la cause palestinienne. Ayant ainsi balisé le terrain, Modi peut à présent se rendre en Israël sans avoir à redouter les critiques internes comme externes, car le terrain est désormais mûr pour assumer sans fard une proximité entre l’Inde et Israël, bien au-delà de la connivence idéologique entre les deux leaders du moment. Elle repose essentiellement sur une coopération militaire et en matière de renseignement, y compris la fabrication d’armement en Inde utilisant les technologies israéliennes (le fameux « Make in India » (fabriquer en Inde) cher à Modi, mais aussi dans le domaine des hautes technologies civiles.

L’Inde a acheté pour 1,5 milliard d’euros de missiles et technologies liées à Israël, une transaction présentée comme le plus gros contrat d’exportation d’armes de ce pays. L’entreprise publique Israel Aerospace Industries (IAI) a annoncé le 19 mai 2017 la fourniture à l’Inde d’un système avancé de missiles, comprenant notamment des missiles sol-air de moyenne portée, des lanceurs et des technologies de communication, a-t-elle annoncé dans un récent communiqué. Ce contrat d’une valeur de 103 milliards de roupies (1,6 milliard de dollars) constitue « le plus gros contrat de l’industrie de défense israélienne », a affirmé l’entreprise. Les contrats conclus par les entreprises israéliennes d’armement ont atteint les 6,5 milliards de dollars en 2016, une hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. La firme israélienne fournira également de l’équipement — notamment des missiles sol-air longue portée — pour le premier porte-avions indien encore en construction.

La coopération va aussi bon train dans le domaine des hautes technologies, et dans l’agriculture à travers les « centres d’excellence » installés par Israël dans la plupart des États depuis 2009 pour former les paysans indiens à l’utilisation des outils modernes israéliens, en particulier l’irrigation.

Cette normalisation avec Israël a vocation à durer au-delà d’une éventuelle alternance en Inde, car au fond, peu de choses séparent les dirigeants du BJP et ceux du Congrès (ou des autres partis) en matière de politique étrangère. Et l’acquis principal sera justement ce découplage entre la politique palestinienne et la politique israélienne de l’Inde. L’équilibre entre les deux n’était qu’apparent, car cela fait longtemps que l’appui de l’Inde à la Palestine ne dépasse guère la rhétorique, mais il inhibait le développement des relations avec Israël. Cette phase appartient désormais au passé et met fin à une anomalie dans la diplomatie indienne qui veille toujours à ne pas faire dépendre ses relations bilatérales avec un État des relations avec un autre État. Le dossier Israël-Palestine était justement une exception à cette approche, que l’Inde n’a jamais tenté de mettre à profit pour offrir ses bons offices entre les deux. Elle n’aura désormais plus à s’en soucier.


1Les juifs indiens appartiennent à quatre communautés ayant des histoires bien distinctes : les bene Israel, les juifs de Cochin, les juifs baghdadi et les bnei Menashe. La plupart d’entre eux ont émigré en Israël après la création d’Israël.

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The man who would be king (as soon as possible)

Posted in Moyen-Orient by odalage on 28 juin 2017

by Olivier Da Lage

At dawn, on June 21, King Salman of Saudi Arabia published a royal decree, that is likely to change dramatically the future of the kingdom, and of the entire West Asia for that matter. The king appointed his 31 year old son Mohammed (bin Salman) as crown prince, replacing his cousin Mohammed bin Nayef who had been holding the post for the past two years. The king quickly arranged the baya’a ceremony by which the key members of the royal family swear allegiance to the new crown prince. The first to pay tribute was no other than Mohammed bin Nayef himself, thus sending to the world the message of a smooth transition.

The decision itself didn’t come as a surprise as it had been expected for some time[1] but the timing showed that neither the king, nor his son wanted to lose any time in securing his accession to the throne. It is a remarkable achievement for the young prince who was little known outside the family less than three years ago. As the favourite and trusted son of the king, he had been his chief of staff all along: when Salman was governor of Riyadh, Defence minister, then crown prince, and, since January 2015, the king of Saudi Arabia. As such, he alone decided who could, and more importantly, who couldn’t have access to his father.

In a country ruled for decades by aging kings and princes, Mohammed bin Salman, then only 29, was soon bestowed with the job of Defence minister as well as the responsibility of overseeing the economy. In this capacity, he nearly single-handedly launched the war in Yemen against the Houthi rebels in March 2015 and announced a few months later the ambitious Vision 2030 designed to modernize Saudi economy with the aim of making it less dependent on oil and the public sector. In April 2015, he was made deputy crown prince. His youth and openness to entertainments (he allowed musical shows to take place and cinemas to open, in a country where both are frowned upon by the religious establishment) endeared him to young Saudis who account for the vast majority of Saudi subjects (half of the population is under 25).

While the energetic deputy crown prince was active on all fronts, it soon became clear that his cousin, the actual crown prince, was being systematically sidelined. With his removal, king Salman is the only remaining obstacle on his way to the throne. Considering how, within barely two years, Salman has done everything possible to ensure that his son becomes the kingdom’s strongman, it seems very likely that the king is considering abdicating in his favour very soon. It would silence those, among the royal family, who might dispute Mohammed bin Salman’s qualifications for the throne, after the death of the current king. It has never happened before, but it is exactly what took place in Qatar in June 2013, when Shaikh Hamad ceded the throne to his son Tamim, thereby preventing a challenge from other powerful princes.

If this happens, or if, after Salman’s death, his accession to the throne is confirmed by the Council of allegiance, which represents the 35 branches of the Saudi royal family, Mohammed bin Salman will be the youngest Saudi king in history[2]. It might very well be the beginning of a reign lasting 40 or 50 years while the previous kings have ruled for a decade or thereabouts. Given the ambitions already displayed by Mohammed bin Salman, it might indeed change significantly the face of the Middle East. MbS, as he is often called, has shown a very confrontational attitude vis-à-vis Iran. Iran’s support of the Houthis has been given as the justification of the war in Yemen, which has so far, not witnessed the victory Saudis had expected, but left instead an already poor country shattered, with more than 12,000 deaths, famine and an outbreak of cholera. He has also, in coordination with his mentor, the UAE crown prince Mohammed bin Zayed, led the blockade of Qatar since 5 June[3] by several Arab countries. On 22nd June, this group has given a 10 day ultimatum to Doha to comply with 13 demands, ranging from withdrawing the Qatari ambassador from Tehran to shutting the Aljazeera satellite TV channel to normalize relations. In fact, for Qatar to accept the Saudi demands would have the effect of making its foreign policy subservient to Saudi Arabia, which it cannot accept. This is why Kuwait and Oman, who believe they will be the next targets on the Saudi list, refused to be part of the sanctions against Qatar. Kuwait, in fact, has embarked on a (so far ineffective) mediation which, surprisingly, has not been rejected outright by the Saudis.

Mohammed bin Salman seems to have been emboldened by Donald Trump’s apparent support for his actions against Qatar. But the Pentagon and the State Department, who view Qatar as an important asset in the region (10,000 US troops are stationed in the emirate and are key in the fight against the Islamic State) clearly differ. Taking for granted American support whatever he does might, in the long run, be a mistake on the part of Mohammed bin Salman who is yet to show that he has exit strategies for the multiple crises Saudi Arabia is caught up in.

[1] Family power politics in Riyadh http://www.gatewayhouse.in/riyadh-power-politics/

[2] The founder of the kingdom, Abdelaziz bin Abderrahman al-Saud (Ibn Saud) was in his fifties when he established the kingdom of Saudi Arabia in 1932.

[3] Qatar, a Saudi-Iran battlefield? http://www.gatewayhouse.in/qatar-a-saudi-iran-battlefield/

Family power politics in Riyadh

Posted in Moyen-Orient by odalage on 5 mai 2017

Dynasty has its own reasons and the 40 decrees that King Salman issued last month were designed to hand more power to the Salman branch of the House of Saud. Is a promotion in the offing for his son, the deputy crown prince, Mohammed bin Salman? What does this bode for the country’s foreign policy? President Trump’s first foreign visit will be to Saudi Arabia later this month.

Read the article on Gateway House’s website

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L’Inde, désir de puissance

Posted in Inde by odalage on 19 février 2017

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Mon livre sur les défis stratégiques de l’Inde est paru le 22 février chez Armand Colin.

Dans la presse :

Alternatives économiques n° 369 (juin 2017)

On parle souvent d’un monde dangereux et instable. Quels en sont les grands acteurs et les points de rupture ou de stabilité ? La qualité du livre d’Olivier Da Lage est de décrire avec minutie ce que le géant indien nous réserve compte tenu de sa vision du monde et de ses intérêts. Car l’Inde de la non agression et du non-alignement n’existe plus. L’Inde nouvelle a commencé à émerger dès 1998 avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement nationaliste hindou dont l’actuel Premier ministre Narendra Modi poursuit le réalignement géopolitique: la volonté de se faire reconnaître comme une grande puissance parmi les grands.

Finie la diplomatie défensive et ses fameux Pansheel ou Cinq vertus dont la non ingérence dans les affaires de chacun. Désormais l’Inde identifie clairement un adversaire -le Pakistan- et un rival -la Chine- sur son chemin de la puissance. De là découlent sa nouvelle diplomatie vis-à-vis des États-Unis mais aussi de la Turquie ou même d’Israël. Reste selon Olivier Da Lage à mettre en cohérence son ambition extérieure et la persistance de faiblesses internes dont l’extrême pauvreté de masse. C’est sans doute la raison pour laquelle le Premier ministre nationaliste Modi a relancé le mot d’ordre « chassons la pauvreté » (garibi hatao) en même temps qu’il faisait preuve d’une grande fébrilité dans ses voyages à l’étranger et dans l’affirmation d’un projet nationaliste hindouiste. Un alignement de trois planètes qui pourrait influencer grandement l’ordre du monde.”

Jean-Joseph Boillot

L’Inde, un géant hésitant au Proche-Orient, Pierre Prier (Orient XXI, 26 mai 2017)

Population & Avenir n° 733 (mai-juin 2017)

“L’auteur sait parfaitement utiliser le caractère multiscalaire de la géographie pour analyser la géopolitique de l’Inde. Dans la partie 1, il étudie la stratégie de l’Inde par rapport à cinq ensembles géographiques du plus proche, l’Asie du Sud, au plus lointain en terme de distance, les États-Unis, sans oublier l’Afrique. La partie 2 examine les caractéristiques de l’Inde qui concourent à sa puissance, qu’il s’agisse de la croissance économique, des forces militaires (hard power) ou des armes pacifiques de l’influence (soft power). Cette passionnante lecture montre aussi combien « la démographie de l’Inde est désormais un atout », à rebours des multiples craintes à ce sujet formulées dans des décennies précédentes. Ce livre montre que la phrase attribuée au Général de Gaulle concernant Le Brésil, « un pays d’avenir et qui le restera » ne semble nullement pouvoir s’appliquer à l’Inde.”

Le livre international de la semaine (RFI, interview par Sylvie Noël, 18 mars 2017)

Interview sur le site de l’IRIS (16 mars 2017)

Modi Magic: India’s PM turns cash crunch into selling point (France 24 The Debate with François Picard, 14 mars 2017)

Olivier Da Lage : « Hier chantre du non-alignement, l’Inde se préfère aujourd’hui multi-alignée » , (Paroles d’Actu, interview par Nicolas Roche, 6 mars 2017)

Désir de puissance de New Delhi, une quête encore inachevée, Tirthankar Chanda (L’Hebdo, rfi.fr 24 février 2017)

Géopolitique, le débat (RFI, 19 février 2017) animé par Marie-France Chatin, avec
Vaiju Naravane, écrivain et journaliste. « Transgressions », collection roman du Seuil.
Jean-Luc Racine, directeur de recherches au CNRS
Olivier Da Lage, journaliste. « L’Inde, désir de puissance », Armand Colin.

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A reversal of Globalisation?

Posted in Divers, Inde by odalage on 13 février 2017

By Olivier Da Lage

Commenting on both Trump’s victory and the vote in favour of Brexit in the UK, the ILO director general Guy Ryder said: “It is the people who feel they haven’t benefited from globalisation and from the EU, from the way things are organised. This is the revolt of the dispossessed in that regard”[1].

Worldwide, free-trade agreements (FTA) are threatened. Donald Trump has steadily promised to scrap both NAFTA, the free trade agreement concluded between Mexico, Canada and the USA more than 20 years ago as well as the Transpacific agreement signed just one year ago. Public opinion (and therefore, politicians alike) in the US and Europe have an increasingly negative view of the TTIP, the free trade agreement being negotiated between The United States and the European union, while the Canada-UE FTA was on the brink of failure when a Belgian provincial parliament refused to ratify it unless it received reassurances on some key issues (such as private arbitration courts) which eventually were given, thereby enabling its signature[2].

Even in countries where free-marketeers used to call the shots, such as the UK, the Netherlands and – to a much lesser extent – the USA, “globalisation” has become a spectre for voters across the political spectrum, sounding more like “loss of jobs” than “booster of growth”. True, the “alter-globalisation” movement is losing momentum. However, the fear of globalisation is no longer confined to it: during the last US presidential election, all the main candidates, Trump, Clinton and Sanders campaigned against globalisation. In the Brexit referendum vote, the resentment towards European immigrants was more of a factor than a rejection of the EU as such.

Next in line now is France, where free market was never a popular theme. Even though, as the fifth world economic power, France has vastly benefited from globalisation, most candidates in the run-up to the April 2017 presidential election, including “pro-business” ones insist on their duty to protect citizens against the fallout of globalisation. Such trends can indeed be seen all across Europe.

The reason why the anti-globalisation trend is picking up in the West is that very different forces are merging in a de facto coalition.

On the one hand, one finds old opponents of globalisation who always considered it a bad thing: blue collar workers and the political parties representing them who fear it is all about transferring jobs from their countries to emerging countries where salaries and labour laws are less protective and therefore perceived as unfair competition. They include many workers’ unions, communist parties and other left and far left parties in Europe as well as a good deal of the popular vote in the US among the Democratic electorate and the trade union movement. But increasingly, the popular vote goes to far right or popular parties who blame the loss of jobs not only on foreigners abroad but also on foreign immigrants “stealing” the job of local citizens: UKIP in the UK, Front National in France, “True Finns” in Finland, Party of Freedom in the Netherlands, etc.

Other long-standing opponents include many left-leaning intellectuals, especially in France, who consider globalisation as a threat to cultural diversity, i.e. the “americanisation” of other cultures.

But what really changed the paradigm is that these opponents have now been joined by mainstream figures and parties as was obvious in the Brexit vote, the US presidential election and the ongoing French presidential election campaign. These newcomers have added their voices to the anti-globalisation choir for opportunistic reasons because they have sensed which the wind is blowing and are desperately trying to retain their voters. But there is more to it than this: the feeling is that the Reagan-Thatcher drive towards deregulation has gone too far, has been damaging the social fabric and created widening poverty pockets. In the past 30 years, the difference of salaries between the bottom and the top of the ladder has increased from 1:10 to 1:400 or more and the social acceptance of this widening gap at a time when the economy is barely recovering from the 2008 crisis is just not there.

By contrast, in India, where globalisation has for two decades been synonymous with outsourcing from Western companies and massive inflow of FDI (foreign direct investments), the word does not carry a negative connotation, far from it. But appearances can be deceptive. In 1998, the financial crisis which severely hit the global financial markets hardly affected the Indian economy. Ten years later, India had to face a sudden massive outflow of capital in the wake of the subprime financial crisis. Back in 1998, India was still largely insulated from the world financial markets by the many rules on foreign exchange which were subsequently relaxed. This was no longer the case in 2008. As a result, huge amounts of FDI were hastily repatriated from India to the US or to Europe, not because of the economic situation in India but because these investors desperately needed the cash back home.

The narrative in India is generally that this country supports globalisation and criticises the protectionist practices of Western governments but on the issue of globalisation, India now sits on both sides of the fence. On the one hand, as an “emerging” country, India still offers more for less in many areas and needs globalisation. On the other hand, as an already “emerged” country, India requires regulations to protect its intellectual property. For decades, it was not a priority but as a major exporter of cultural goods and services, India now has an increasing stake in ensuring its artistic works are not stolen.

In the field of agriculture, all Indian governments have always taken a protectionist stance for fear of the brutal consequences of free trade in a sector still employing 60 percent of the active population with generally low productivity and many farmers poverty-stricken.

Globalisation does not divide the West and the rest of the world. The actual oppositions lie within each country and every government has to grapple with the contradictions between the benefits and the negative consequences of the very same phenomenon. As going back on globalisation is not an option even for those hostile to it, the challenge for governments and international institutions is to find how to reign in its excesses, manage it politically, and make it acceptable to their public[3].

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[1] “Economic frustration has spawned Trump and Brexit, warns UN labour chief”, The Guardian, 14 November 2016.

[2] “La contestation contre le libre-échange gagne du terrain”, Le Monde, 25 October 2016.

[3] Lawrence H. Summers, “It’s time for a reset”, The New York Times, 5 December 2016.

Saudi prince: not quite a game changer?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 31 janvier 2017

Prince Salman’s accession to the throne after the death of Saudi King Abdullah on 23 January 2015 has been a game changer, both domestically and in West Asian politics. Within days, he sidelined rivals within the House of Saud, and took on Iran with a confrontational policy. But two years later, the results of his new strategy disappoint.

 

By Olivier Da Lage

Read the full text on Gateway House’s website

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