Le Blog d'Olivier Da Lage

Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes (mars 1995)

ASPIRATIONS DEMOCRATIQUES ET REVENDICATIONS CHIITES
Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes

par OLIVIER DA LAGE

PENDANT plusieurs semaines, des émeutes ont secoué le petit émirat de Bahreïn, dans le Golfe. Les manifestants mêlaient des mots d’ordre de retour à la démocratie et des revendications religieuses, dans un pays où la vie parlementaire a été suspendue en 1975 par l’actuel émir (au pouvoir depuis 1961), qui se maintient en place grâce à l’arbitraire et à la terreur policière. Confrontée à une opposition grandissante, la dynastie régnante compte sur la répression et sur l’Arabie saoudite, inquiète de tout bouleversement chez ses voisins, pour assurer sa survie.

Lorsque, le 25 novembre dernier, un groupe d’expatriés participant à un marathon annuel de charité traversent le village de Jidd Hafs, à quelques kilomètres à l’ouest de Manama, la capitale, ils ne se doutent pas qu’ils vont déclencher les troubles les plus sérieux qu’ait connus l’émirat de Bahreïn depuis son indépendance en 1971. Au passage de quelques marathoniennes étrangères et court-vêtues, des pierres sont lancées ; certains coureurs sont gravement blessés. La police arrête plusieurs villageois de Jidd Hafs, une bourgade pauvre et presque entièrement peuplée de chiites. Dix jours plus tard, le 5 décembre à 2 heures du matin, elle interpelle à son domicile Cheikh Ali Salmane. Ce jeune mollah de vingt-neuf ans, prédicateur à la grande mosquée chiite Khawajah de la capitale, avait appelé, lors des prêches, à relâcher les personnes incarcérées. Il avait aussi critiqué la participation de femmes à cette course. Mais, surtout, il avait fait parvenir à l’émir un mémorandum appelant au rétablissement de la vie parlementaire suspendue vingt ans plus tôt.

Dès lors, les événements se précipitent. Un peu partout, dans les localités chiites du pays – Jidd Hafs, Sitrah, Sannabis, Diraz, Boudayia – et dans le quartier chiite de Manama, éclatent des manifestations réclamant la libération de Cheikh Salmane. Afin de tenter de désamorcer la crise naissante, Cheikh Isa Bin Salmane Al Khalifa esquisse une ouverture dans le discours qu’il prononce le 16 décembre 1994 à l’occasion du trente-troisième anniversaire de son accession au trône :  » Nous encourageons le processus consultatif […] et nous sommes déterminés à améliorer le rôle du Conseil consultatif, afin qu’il reflète fidèlement les aspirations du peuple.  » Rien n’y fait : les émeutes s’étendent et les premiers  » martyrs  » tombent (1). La crise ne pourrait pas survenir à pire moment pour la dynastie des Al Khalifa : Bahreïn s’apprête à accueillir, du 19 au 21 décembre, le quinzième sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) (2) en présence de nombreux journalistes étrangers.

Les autorités finissent par reconnaître, le 18 décembre, l’existence de troubles. Elles mettent en cause Cheikh Ali Salmane, rentré deux ans plus tôt d’un séjour dans la ville iranienne de Qom, et certains  » milieux étrangers  » , euphémisme qui désigne clairement la République islamique. Bahreïn rappelle le 22 décembre son ambassadeur à Téhéran  » pour consultation « . La police procède à des arrestations sur une grande échelle (près de 2 500 personnes à la mi-janvier, selon l’opposition), essentiellement parmi les chiites.

Ces troubles ne sont pas une réédition des événements de décembre 1981, lorsque la sécurité d’Etat avait déjoué un complot fomenté par Téhéran pour renverser le régime avec la complicité de chiites locaux. A l’époque, la République islamique dénonçait jour après jour les monarchies du Golfe et appelait les chiites bahreïniens à renverser leur émir. Aujourd’hui, accusé par Israël et les états-Unis de nourrir des ambitions nucléaires, l’Iran est soucieux de se rapprocher de ses voisins du Golfe, comme l’indique la circonspection dont les journaux iraniens, y compris les plus radicaux, ont fait preuve durant les récents troubles. D’ailleurs, les slogans politiques entendus lors de ces manifestations ne font pas allusion à l’établissement d’une république islamique. Les manifestants, tout comme Cheikh Ali Salmane, exigent le rétablissement de la vie parlementaire suspendue en 1975 par l’actuel émir, au pouvoir depuis 1961.

Une pétition, rédigée en octobre dernier, a réclamé le retour à la démocratie. Ses quatorze premiers signataires (3), des personnalités sunnites et chiites, demandaient  » la restauration de l’Assemblée nationale, l’implication des femmes dans le processus démocratique [et] des élections libres « . Cette adresse, selon des sources de l’opposition en exil, aurait recueilli sur place entre 21 000 et 25 000 signatures, ce qui est doublement significatif, compte tenu de la population de l’émirat (547 000 habitants, dont un tiers d’étrangers) et de la vigilance des services de sécurité. En décembre 1992, l’émir pensait être allé assez loin dans les concessions en créant un Conseil consultatif de 30 membres, tous nommés par lui. L’un d’entre eux nous confiait alors :  » J’avais proposé un système électif, même indirect.  » Mais le prince héritier m’a répondu :  » Ce n’est pas possible, les chiites gagneront la majorité des sièges et ils sont influencés par l’Iran.  » De fait, dans l’éphémère Parlement qui a siégé entre 1973 et 1975, la majorité des députés élus étaient chiites (4).

Rien d’étonnant, dans ce pays où ils représentent entre 55 % et 70 % de la population autochtone (5). Mais, entre eux et la dynastie régnante, le fossé semble infranchissable. Certes, le gouvernement compte traditionnellement quatre ou cinq chiites et certains hommes d’affaires appartenant à cette communauté sont riches à millions. Mais ces exceptions valident la règle : les chiites de Bahreïn, dans leur ensemble, sont plus mal lotis que leurs compatriotes sunnites. Afin de briser les solidarités de voisinage, les autorités ont construit deux villes nouvelles portant le nom de l’émir Isa et de son fils Hamad, le prince héritier. Les habitants des zones chiites de Manama sont encouragés à quitter leurs logements insalubres du souk pour être relogés, mais les autorités prennent soin d’éviter que ne se recomposent les quartiers anciens. Les postes de responsabilité dans l’armée et la police sont fermés aux chiites, qui, en revanche, constituent le gros de la force de travail employée dans les chantiers navals (ASRY), l’usine d’aluminium (ALBA) et le pétrole (Bapco). Ce sont eux dont l’emploi est le plus directement menacé par la main-d’oeuvre asiatique bon marché dont l’immigration est encouragée par certains membres de la famille régnante, qui monnaient le permis de résidence aux entreprises qui recrutent.

Le chômage, qui frappe durement la jeunesse, atteint donc en premier lieu les chiites. Selon l’opposition, le taux de chômage serait de 30 %, et le nombre de travailleurs privés d’emploi atteindrait 50 000 en 1995 (6). Ces chiffres sont considérés comme  » très exagérés  » par des économistes occidentaux résidant à Bahreïn (7). Cependant, en juin 1994, le sous-secrétaire au ministère du travail, M. Abdel Rahman Al Zayani, reconnaissait devant le Rotary Club (8) que la situation de l’emploi était alarmante : selon lui, le nombre des chômeurs était passé de 4 021 en 1981 (6,6 % de la population active) à 13 394 (14,8 %) en 1991. Quelques jours plus tard, le 29 juin, puis à nouveau le 2 juillet, des dizaines de jeunes manifestaient contre le chômage devant le ministère du travail. Le 3 septembre, ils étaient plusieurs centaines, mais les forces de sécurité les dispersaient avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Plusieurs dizaines d’entre eux étaient arrêtés. Cheikh Ali Salmane fut également interpellé et accusé d’être l’organisateur de ces manifestations.

Le chômage ne fait que consacrer l’échec de la stratégie économique suivie par Bahreïn depuis le milieu des années 70. Le pays se voulait alors le Singapour du Golfe. Il avait parié sur la banque, l’aluminium, la réparation navale, l’aviation. Dans tous ces domaines, Dubaï – un des membres des émirats arabes unis – a damé le pion à Bahreïn, davantage habitué au commerce de monopole qu’à l’économie de concurrence. Les agences de presse (AFP, Reuter) qui avaient leur siège régional à Bahreïn ont fui la censure vétilleuse du ministère de l’information pour se réfugier à Dubaï où elles peuvent plus librement travailler.

Sous l’oeil vigilant de Riyad

Comme toujours dans l’histoire de Bahreïn, les revendications communautaires des chiites, les exigences sociales et les aspirations politiques se succèdent et se confondent. Les travailleurs sont pour la plupart chiites ; ils veulent former un syndicat (9) ; l’absence de réponse à leurs demandes les amène à politiser celles-ci. Dans cette crise, comme lors des précédentes, cette communauté est l’acteur principal du soulèvement. En dépit de l’engagement personnel – et risqué – de quelques personnalités, peu de sunnites ont pris part aux manifestations. En revanche, la pétition a été signée par de très nombreux sunnites et les mouvements d’opposition laïcs, le Front national de libération de Bahreïn (FNLB) et le Front populaire de Bahreïn (FPB) appelaient dès le 19 décembre l’émir à abroger les lois d’exception et à  » restaurer l’ordre constitutionnel  » tandis que le Front islamique de libération de Bahreïn (FILB) prenait soin de ne pas donner au mouvement une connotation confessionnelle.

La seule réponse du gouvernement a été le recours à la répression, sous la houlette du général Ian Henderson. Ce septuagénaire britannique, qui a commencé sa carrière en luttant contre les Mau Mau au Kenya dans les années 50, a toute la confiance de l’émir, dont il supervise les services de sécurité depuis plus de deux décnnies en ayant recours à des méthodes musclées (10). S’appuyant sur le décret-loi sur la sécurité de 1974, le ministère de l’intérieur peut, sans justification, interner toute personne pendant trois ans. Certaines sont détenues sans jugement depuis plus de huit ans. L’usage de la torture et les décès en prison sont fréquents. Des suspects  » disparaissent  » pendant plusieurs mois ou plusieurs années. Lorsqu’ils refont surface, eux et leur famille sont priés de ne pas faire allusion à ce qui s’est passé. Plusieurs centaines de ressortissants bahreïniens ont aussi été privés de passeport, et certains sont purement et simplement bannis de leur pays.

C’est d’ailleurs ce qui a fini par arriver à Cheikh Ali Salmane. Ne pouvant enrayer le mouvement qu’avait déclenché l’arrestation du jeune mollah, le gouvernement de Manama a fini par l’expulser du territoire le 15 janvier 1995, en compagnie de trois autres religieux. Ayant gagné Londres, Cheikh Ali Salmane a demandé l’asile politique, suscitant l’ire de l’émir. Le prince héritier a accusé le Royaume-Uni d’abriter des terroristes (11) tandis que le ministre des affaires étrangères, Cheikh Mohammed Bin Moubarak Al Khalifa, était dépêché à Londres pour obtenir l’expulsion de Cheikh Ali Salmane du territoire britannique. Illustration de l’impasse dans laquelle se trouvent les Al Khalifa : ne pouvant garder un opposant chez eux, ils n’en veulent pas davantage à l’étranger !

L’émir peut compter sur l’appui vigilant de l’Arabie saoudite. Le 29 décembre dernier, le ministre saoudien de l’intérieur, le prince Nayef Bin Abdelaziz, s’est précipité à Manama où il a affirmé que  » les intérêts de sécurité des deux pays sont indivisibles  » (12). L’opposition affirme d’ailleurs qu’il a été précédé par deux brigades (4 000 hommes) de la Garde nationale saoudienne qui auraient franchi le pont reliant l’île de Bahreïn au royaume wahhabite afin de prêter main-forte à la police de l’émirat. Ce point, démenti par Manama, n’a pu être confirmé de source indépendante, mais il ne fait pas de doute que la fonction première du pont-digue achevé au milieu des années 80 est de permettre aux troupes de Riyad d’intervenir rapidement à Bahreïn en cas de menace pour la dynastie au pouvoir.

Depuis l’indépendance, le régime de Manama est confronté à ce dilemme : s’ouvrir, même timidement, à des formes de participation politique (clubs, syndicats, assemblée élue) ou se rapprocher encore davantage de l’Arabie saoudite. En optant pour la seconde solution, qui garantit sa protection immédiate, la dynastie des Al Khalifa fait-elle le bon choix ?

Une tradition d’indocilité

La poussée de fièvre qui s’est emparée de Bahreïn depuis décembre 1994 n’a surpris que ceux qui ont oublié l’histoire tumultueuse de l’émirat. En 1934, après deux années d’agitation chez les pêcheurs de perles, menacés par la perle de culture japonaise, une délégation de chiites présente à l’émir un mémorandum demandant une Assemblée législative comme au Koweït, où les chiites seraient représentés proportionnellement à leur importance numérique, et le droit de créer un syndicat. Un conseil est, en effet, élu en juillet 1938 et sera dissout en mars 1939. L’industrie pétrolière naissante suscite les premières grèves en 1943, durement réprimées par l’armée britannique. De nouveaux mouvements ont lieu en 1945 (dans les municipalités) et en 1948.

L’année 1954 marque le début d’une vive période de tension. L’arrestation de travailleurs chiites déclenche des émeutes qui font plusieurs morts. Manifestations et meetings s’enchaînent et, en juillet, 3 000 salariés du pétrole font grève pendant une semaine. Une pétition demandant la création d’un syndicat et d’un conseil consultatif recueille 25 000 signatures. La tension n’est pas retombée lorsque survient l’opération de Suez (octobre 1956). Elle donne lieu à des manifestations violemment hostiles à la présence britannique, et l’élite sunnite sympathise avec Nasser.

En 1965, le licenciement de 1 500 travailleurs du pétrole provoque une grève qui dégénère en affrontements meurtriers avec la police. L’état d’urgence est proclamé. Au bout de trois mois, la faim a raison des grévistes tandis que les meneurs sont arrêtés et déportés.

En août 1975, la suspension de la Constitution proclamée par l’émir à l’indépendance (1971) donne à nouveau le signal de la répression. A partir de 1979, la révolution iranienne rencontre des échos chez les chiites de Bahreïn. En août 1979, 1 500 d’entre eux manifestent dans le souk de Manama. La cérémonie de l’Achoura (deuil chiite) de novembre 1979 prend un relief particulier. L’année 1980 est marquée par de violents soubresauts (émeutes d’avril). Un an plus tard, en décembre 1981, la police affirme avoir déjoué un complot inspiré par Téhéran.

OLIVIER DA LAGE


(1) Le bilan réel de ces troubles n’est pas connu, d’autant que l’agitation s’est poursuivie début 1995. Selon les mouvements d’opposition, la répression aurait fait 16 morts, tandis que le gouvernement ne parle que d’un seul mort, un policier qui aurait été lynché à Diraz le 16 décembre par des villageois chiites.

(2) Le CCG rassemble les six monarchies de la péninsule arabique : Bahreïn, le Qatar, Oman, le Koweït, l’Arabie saoudite et les émirats arabes unis.

(3) MM. Abdellatif El Mahmoud (professeur d’université), Abdoulamir El Jamri (ancien député), Mohammed Jaber El Sabah (ancien député), Isa Abdallah El Joder (religieux), Ahmed Isa El Chamlan (avocat), Abdelwahhab Hussein Eli (enseignant), Eli Qassim Rabea (ancien député), Hicham Abdelmalik El Chehabi (ingénieur), Abdelaziz Hassan Oubol (directeur), Ibrahim Sayed Eli Kamel El Dine (technicien commercial), Mme Mounira Ahmed Kakhro (professeur d’université), MM. Saïd Abdallah Asboul (ingénieur), Abdallah Mohammed Saleh El Abbassi (journaliste), Abdallah Mohammed Rachid (employé).

(4) L’Assemblée nationale comptait 22 membres élus (14 chiites, 8 sunnites), 8 membres nommés (3 chiites, 5 sunnites) et 12 ministres, membres de droit (4 chiites, 8 sunnites).

(5) Et non 35 % comme l’affirment les autorités. Les Bahreïniens d’origine iranienne représentent 15 % de la population.

(6) Voice of Bahrain, novembre 1994, mensuel du Bahrain Freedom Movement, indique que la population active en 1993 était de 242 000, dont 60,6 % d’étrangers. Parmi les chômeurs recensés, il faudrait compter 14 300 immigrés relevant de la main-d’oeuvre bon marché.

(7) Dépêche Reuter, 29 janvier 1995.

(8) Gulf Daily News, 23 juin 1994.

(9) Les syndicats sont interdits à Bahreïn. En 1980, le ministre du travail, Cheikh Isa Bin Mohammed Al Khalifa, qui incarne l’aile libérale de la dynastie régnante, s’était timidement prononcé pour la création de syndicats. La réaction ne tarda pas : il fut contraint à la démission.

(10) Voir le rapport d’Amnesty International : Bahreïn, violations des droits de l’homme, 9 mai 1991.

(11) Al Chark Al Awsat, 25 janvier 1995

(12) Summary of World Broadcasts, BBC, Londres, 3 janvier 1995.

4 Réponses

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  1. […] un jeune mollah chiite de 29 ans, cheikh Ali Salman. Son arrestation allait déclencher l’« intifada chiite » qui ne prend fin qu’en 1999, après la mort de l’émir Isa et l’arrivée sur le trône de […]

  2. […] parce que cette contestation, loin d’être nouvelle, a des racines profondes qui s’enracine dans l’histoire des pétromonarchies. Les réponses ne peuvent se trouver […]

  3. […] de l’intifada de 1994-1995, on a parfois évoqué la présence de telles unités, mais cela ne s’est pas (du moins à ma […]

  4. […] aussi : Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes (Le Monde Diplomatique, mars 1995) L’émir qui voulait être roi (RFI, 13 février 2001) Mon […]


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