Le Blog d'Olivier Da Lage

La crise avant le conflit [Golfe : clefs pour une guerre annoncée, d’Alain Gresh et Dominique Vidal] (9 avril 1991)

La crise avant le conflit

 

 

Golfe, clefs pour une guerre annoncée
Alain Gresh, Dominique Vidal, Le Monde éditions,
collection »la mémoire du monde »


 » La crise n’est pas tombée du ciel « . Ce sous-titre de l’un des chapitres du livre résume parfaitement la tâche que se sont assignée Alain Gresh et Dominique Vidal : resituer le conflit qui vient d’avoir lieu dans une perspective historique. La querelle Irak-Koweït a bien sûr des précédents : en 1961 et 1973, déjà, les dirigeants irakiens de l’époque avançaient à l’encontre de l’émirat les revendications que Saddam reprit à son compte en août dernier. Au passage, Gresh et Vidal font justice de la thèse irakienne souvent admise sans discussion en France, selon laquelle l’Irak a des droits historiques sur le Koweït. En effet, affirment-ils,  » le Koweït n’a jamais fait officiellement partie de l’Empire ottoman « .

 

Les auteurs nous font voyager à travers les siècles, sans jamais sortir de leur sujet : la crise de 1990. Car on s’est beaucoup battu sur ces terres. De Nabuchodonosor -dont Saddam Hussein se veut l’héritier- aux guerres coloniales, en passant par Ali, le gendre du prophète -Saddam s’en prétend le descendant, -et les guerres arabo-perses, avec la victoire des Arabes sur l’empire des Sassanides à Qadissiya en 637- autre fait d’arme dont le président irakien s’affirme l’héritier, -sans oublier Saladin, né à Takrit comme Saddam ?qui soutient en être le continuateur -ou encore Nasser (même observation), ces fresques historiques nous ramènent à l’univers des dirigeants irakiens, et des peuples de la région.

En face, cependant, les références sont bien différentes. Les Américains parlent pétrole, droit international, emploi dans les pays industriels et arsenal nucléaire. Les arguments à géométrie variable que s’échangent Américains et Irakiens en un véritable dialogue de sourds ne pouvaient déboucher sur autre chose que sur cette « guerre annoncée » qui n’avait pas encore éclaté lorsque fut achevé cet ouvrage. Entre autres mérites, il rappelle que Saddam Hussein n’en était pas à sa première agression et que celle de 1980 contre l’Iran n’entra”na guère de condamnation internationale. Bien au contraire, de cette date, son régime fut choyé par les principaux futurs membres de la coalition de 1990-1991.

De la complaisance à l’aveuglement

Sans jamais verser dans la théorie du complot qui veut que les Américains aient sciemment provoqué la crise pour détruire le potentiel irakien, les auteurs soulignent les incohérences des grandes puissances qui passèrent de la complaisance et de l’aveuglement à l’égard de l’Irak à une dureté sans précédent dans l’histoire moderne. Ce livre, rédigé en quelques semaines à la fin de l’année dernière, apporte aussi la preuve qu’il est possible d’allier rapidité dans le travail, rigueur dans les faits rapportés et analyse. De nombreuses chronologies, des cartes, des monographies sur les Kurdes, le pétrole, les résolutions de l’ONU, le chiisme etc., au fil des chapitres, ainsi qu’un précieux index font de Golfe : clefs pour une guerre annoncée un ouvrage de référence pratique et complet ; Alain Gresh et Dominique Vidal y ont recensé tous les ingrédients de ce cocktail détonant qui explosa le 2 août 1990, dont les effets se feront longtemps sentir dans la région.

Olivier Da Lage

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