Le Blog d'Olivier Da Lage

Code de déontologie

Posted in Journalisme by odalage on 7 novembre 2009

J’ai participé au « Comité des Sages » formé par Bruno Frappat pour proposer un Code de déontologie destiné à être annexé à la convention collective des journalistes. Le voici :

PROJET DE CODE DE DEONTOLOGIE DES JOURNALISTES

1 – LE METIER DE JOURNALISTE

1-1 Le journaliste a pour fonction de rechercher, pour le public, des informations, de les vérifier, de les situer dans un contexte, de les hiérarchiser, de les mettre en forme, et éventuellement de les commenter, afin de les diffuser, sous toute forme et sur tout support.

1-2 Il le fait, au sein d’une équipe rédactionnelle, sous l’autorité de la direction de la rédaction et la responsabilité du directeur de la publication, dans le cadre d’une politique éditoriale définie.

1-3 Les journalistes et les responsables éditoriaux placent au cœur de leur métier le droit du public à une information de qualité. A cette fin, ils veillent avec la même exigence au respect des règles déontologiques énoncées dans ce code.

1-4 L’indépendance du journaliste, condition essentielle d’une information libre, honnête et pluraliste, va de pair avec sa responsabilité. Le journaliste doit toujours avoir conscience des conséquences, positives ou négatives, des informations qu’il diffuse.

2 – LE RECUEIL ET LE TRAITEMENT DE L’INFORMATION

2-1 Le journaliste doit s’attacher avant tout à l’exactitude des faits, des actes, des propos qu’il révèle ou dont il rend compte.

2-2 Le journaliste examine avec rigueur et une vigilance critique les informations, documents, images ou sons qui lui parviennent. Le souci d’assurer au plus vite la diffusion d’une information ne dispense pas d’une vérification préalable de la crédibilité des sources.

Le journaliste est attentif aux critiques et suggestions du public. Il les prend en compte dans sa réflexion et sa pratique journalistique.

2-3 Le journaliste s’assure que les textes, documents, images qu’il présente n’ont fait l’objet d’aucune altération ou falsification de nature à déformer la réalité des faits. Toute modification volontaire d’une image doit être portée à la connaissance du public.

2-4 L’origine des informations publiées doit être clairement identifiée afin d’en assurer la traçabilité. Le recours à l’anonymat n’est acceptable que lorsqu’il sert le droit à l’information ; dans ce cas, le journaliste en avertit le public après avoir informé son supérieur hiérarchique de la nature de ses sources.

2-5 Le journaliste s’interdit tout plagiat. Il cite les confrères dont il reprend les informations.

2-6 Le journaliste rectifie dans les meilleurs délais et de la façon la plus visible les erreurs qu’il a pu commettre. Il doit avertir le public des manipulations dont il a pu être victime.

2-7 Le journaliste s’interdit d’utiliser des moyens déloyaux pour obtenir des informations. Dans les cas où le recueil d’informations ne peut être obtenu qu’en cachant soit sa qualité de journaliste soit son activité journalistique, il en informe préalablement sa hiérarchie, s’en explique auprès du public et donne la parole aux personnes mises en cause.

2-8 Le journaliste veille à ne faire preuve d’aucune complaisance dans la représentation de la violence et dans l’exploitation des émotions.

3 – LA PROTECTION DU DROIT DES PERSONNES

3-1 Le journaliste respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence. Il veille à ne pas mettre en cause, sans information crédible sur les faits allégués, la réputation et l’honneur d’autrui. Il n’abuse pas de l’état de faiblesse ou de détresse de personnes vivant des événements dramatiques pour obtenir d’elles des informations ou des documents.

3-2 Le journaliste respecte la vie privée des personnes et ne diffuse d’informations dans ce domaine que si elles apparaissent nécessaires à la compréhension d’événements ou de situations de la vie publique.

3-3 Le journaliste veille à ne pas nourrir la haine, les discriminations ou les préjugés à l’égard de personnes ou de groupes. Il ne relaie pas des réactions de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs ou d’internautes qui risquent d’entretenir ces mêmes sentiments.

4 – L’INDEPENDANCE DU JOURNALISTE

4-1 Le journaliste garde recul et distance avec toutes les sources d’information et les services de communication, publics ou privés. Il se méfie de toute démarche susceptible d’instaurer entre lui-même et ses sources un rapport de dépendance, de connivence, de séduction ou de gratitude.

4-2 Le journaliste ne confond pas son métier avec celui de policier ou de juge. Il n’est pas un agent de renseignements. Il refuse toute confusion entre information et promotion ou publicité.

4-3 Le journaliste s’interdit toute activité lucrative, extérieure à l’exercice de son métier, pouvant porter atteinte à sa crédibilité et à son indépendance.

Le Comité des sages était composé de Marie-Laure Augry, Basile Ader, Alain Boulonne, Jérôme Bouvier, Jean-Pierre Caffin, Olivier Da Lage, Jean-Marie Dupont, Bruno Frappat, Pascal Guénée, CatherineVincent, Lorenzo Virgili.

Voir aussi :
Déontologie des médias : vraies questions, fausses bonnes idées (Légipresse n° 233, juillet 2006).
Presse piquée d’éthique (Libération, 15 février 2010)

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7 Réponses

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  1. […] (mais une partie seulement) des membres du groupe mis en place par Bruno Frappat pour rédiger un Code de déontologie estime que ce texte ne vaut que par la mise en place d’un conseil de presse, sur le modèle des […]

  2. […] vérité oblige néanmoins à préciser que la mission n’a pas permis d’atteindre son but : un code de déontologie partagé par les éditeurs et les syndicats de journalistes et annexé à la convention collective. […]

  3. […] a indiqué l’intention de son groupe d’ouvrir le débat au sein du parlement sur « une charte de déontologie des journalistes et sur une instance nationale compétente en matière d’éthique et de […]

  4. J Hirel said, on 17 novembre 2009 at 21:34

    « 1-2 Il le fait, au sein d’une équipe rédactionnelle, sous l’autorité de la direction de la rédaction et la responsabilité du directeur de la publication, dans le cadre d’une politique éditoriale définie. »
    faut-il en déduire qu’un journaliste « libre », freelance, pigiste, hors rédaction interne, et il y en a chaque année plus dans notre profession en pleine précarisation, n’est pas un journaliste, puisqu’il ne le fait pas au sein d’une équipe, sous l’autorité d’un directeur, dans le cadre d’une politique éditoriale définie ? Cet article, je le crains, nie le pigisite comme l’investigation pure et dure, non ?

    • odalage said, on 17 novembre 2009 at 22:03

      Non, je ne le pense pas. Car même s’il est physiquement en dehors de la rédaction, il travaille bien sous l’autorité d’un rédacteur en chef et dans le cadre d’une chaine rédactionnelle.

  5. Serge Cheminade said, on 17 novembre 2009 at 15:54

    Bonjour,

    Je suis satisfait de voir que ce projet commence par : « Le journaliste a pour fonction de rechercher, pour le public, » car il me semble que cette direction a parfois été oubliée. Au point de vue du financement du journalisme cela signifie que la part issue du public doit être la priorité par rapport aux recettes publicitaires. Cela évitera de faire de l’Internet gratuit une cause des problèmes de la presse.

    Sur mon portail je commence mon dossier sur la presse en présentant les différences qu’il y a entre informations financées par de la publicité et informations journalistiques.

    Aujourd’hui la part de l’Etat dans le financement du journalisme me déplait pour deux raisons : une indépendance remise en cause, une charge inutile pour les contribuables.

    J’apprécie qu’il soit parlé de manipulations dans cette charte car cela montre que le but d’une information journalistique est d’éviter les manipulations.

    Dans mon dernier article intitulé « Internet : Eldorado ou grand danger? » http://www.orvinfait.fr/internet_eldorado_ou_grand_danger.html j’essaye de montrer que la démocratie est en danger faute d’une sous-utilisation des informations journalistiques. J’invite donc les lecteurs à en faire un plus large usage pour qu’ils ne se fassent pas manipuler.

    Ma motivation première pour écrire cet article a été d’informer les consommateurs. J’ai dirigé bénévolement pendant plusieurs années une structure locale d’une association de consommateurs et le système proposé par la société qui voulait distribuer de l’argent est plus de nature à faire perdre du pouvoir d’achat que d’en faire gagner. Il y a là à mon avis une tentative de manipulation de l’opinion qui n’a peut-être pas été montrée par les journalistes.

  6. Suzanne said, on 16 novembre 2009 at 12:57

    Où l’on voit qu’il n’y a rien de commun entre blogueur et journaliste…


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