Le Blog d'Olivier Da Lage

Coalition of the unwilling

Posted in Moyen-Orient by odalage on 24 décembre 2015

On 14 December, Saudi Arabia announced the formation of an anti-terrorism coalition of 34 Islamic countries. But with key potential partners such as Algeria, Lebanon, and Pakistan refusing to join, the hastily-assembled group has put Saudi credibility in the spotlight instead of deflecting western criticism of the kingdom’s inaction against Sunni jihadism.

By Olivier Da Lage

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À l’est d’Aden… le sultanat d’Oman

Posted in Moyen-Orient by odalage on 6 avril 2015

Par Olivier Da Lage

Le sultanat d’Oman ne s’est pas précipité pour commenter la demande de médiation iranienne dans la crise yéménite. À juste titre : il est encore trop tôt pour qu’une quelconque médiation puisse mettre un terme aux bombardements saoudiens. Tout au plus peut-on espérer des pauses comme en a obtenu l’Inde pour évacuer ses ressortissants par avion et par bateau ou le CICR pour acheminer de l’aide humanitaire. Mais la suggestion iranienne est l’évidence même, et dès les premières frappes lancées le 26 mars dernier, chacun sait que la solution, lorsqu’elle se dessinera, passera par Oman.

Le sultanat est en effet la seule monarchie parmi les membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à ne pas faire partie de la coalition intervenant au Yémen contre les Houthi. Ce n’est pas qu’il se désintéresse de la situation, bien au contraire. Oman est en effet la troisième puissance de la Péninsule arabique par sa taille, sa population et ses forces militaires après l’Arabie Saoudite (son voisin du Nord) et le Yémen (son voisin de l’Ouest). Religieusement, le Sultanat échappe à la nomenclature habituelle des pays musulmans. Il compte une minorité chiite significative (plus du cinquième de la population) mais les trois quarts ne à proprement parler ni chiites ni sunnites, mais ibadites, une branche de l’islam qui dès l’origine a refusé le dilemme chiites-sunnites et qui choisit ses dirigeants en principe par consensus.

Autrement dit, pour l’orthodoxie wahhabite, l’écrasante majorité des Omanais sont des hérétiques. Pour le royaume saoudien depuis l’origine, la monarchie omanaise est une réalité qui bénéficie à la stabilité de la Péninsule. Pour les dirigeants omanais (c’est-à-dire en fait, depuis 1970, pour le sultan Qabous), l’Arabie Saoudite est un partenaire puissant qu’il importe avant tout d’empêcher de se mêler des affaires intérieures du sultanat. Enfin, toujours pour le sultanat d’Oman, le Yémen, depuis la chute du régime pro-soviétique et l’unification du Sud et du Nord en 1990, c’est un pays ami, mais une source d’instabilité permanente qui ne doit surtout pas déborder des frontières. Quant à l’Iran, vu du point de vue omanais c’est un partenaire qui, du temps du chah, est venu au secours de la monarchie pour combattre l’insurrection du Dhofar dans les années 60 et 70 et avec lequel, depuis la révolution islamique, le sultan Qabous s’est efforcé, avec succès, de conserver des relations cordiales. De bonnes relations d’autant plus nécessaires à la paix régionale que tous deux contrôlent chacun de son côté le fameux détroit d’Ormuz qui contrôle l’accès au golfe Persique.

À bien des égards, la diplomatie omanaise rappelle le Chat-qui-s’en-va-tout-seul imaginé par Rudyard Kipling (Histoires comme ça) dont la devise était « Je suis le chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi ». C’est ainsi que, seul parmi les pays arabes, Oman a refusé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Égypte de Sadate après la signature du traité de paix israélo-égyptien, qu’il a assumé sans complexe la présence de bases militaires américaines sur son territoire, qu’il a conservé son amitié au chah d’Iran, de bons rapports avec la République islamique, avec l’Irak de Saddam Hussein tout en condamnant l’invasion du Koweït…

Bref, le sultanat ne s’ingère pas dans les affaires des autres et ne tolère pas qu’on se mêle des siennes. Mais il est tout prêt à rendre service. Tout dernièrement, il a accueilli des mois durant les pourparlers secrets entre l’Iran et les États-Unis. Au lendemain des accords d’Oslo, il a fait partie des rares pays arabes à accueillir ouvertement des dirigeants israéliens et à héberger les négociations multilatérales prévues par ces accords (d’autres ont dû se tenir… au Canada !). Lors de la guerre civile de 1994 opposant les séparatistes yéménites sudistes au Nord, les dirigeants sudistes défaits ont trouvé l’asile à Mascate, la capitale d’Oman, alors même que la plupart étaient d’anciens dirigeants communistes du Sud Yémen qui avaient plus d’une fois appelé au renversement du sultan Qabous. Et tout dernièrement, le président déchu Hadi, fuyant Aden, s’est réfugié à Mascate avant de rejoindre l’Arabie Saoudite.

Sur le marché régional de la médiation, Oman a un style bien distinct des deux principaux protagonistes, l’Arabie et le Qatar, de toute façon hors jeu dans cette affaire dont ils sont partie prenante. Contrairement à ces derniers, Oman ne va pas démarcher les belligérants et n’y consacre pas des sommes colossales destinées à huiler les rouages. Oman accueille ceux qui le lui demandent, et facilitent les négociations sans se substituer aux négociateurs sans chercher à se mettre en avant.

Et au fond, depuis le 26 mars, chacun sait pertinemment que c’est vers Mascate, le moment venu, que se tourneront les belligérants lorsque l’hypothèse d’une victoire militaire apparaîtra aux yeux des combattants pour ce qu’elle est : une coûteuse chimère. Et l’Iran n’a fait que mettre le doigt, publiquement, trop tôt, et pour se donner le beau rôle, sur cette évidence.

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L’Arabie saoudite, obsédée par la crainte d’un encerclement par les alliés chiites de l’Iran

Posted in Moyen-Orient by odalage on 3 avril 2015

Petit précis de yéménologie

Posted in Moyen-Orient by odalage on 22 mars 2015

Par Olivier Da Lage

L’ancien président du parlement, cheikh Abdallah Al Ahmar, était aussi le président du parti islamiste al Islah allant des conservateurs modérés aux proches d’Al Qaïda. Soutenu par l’Arabie Saoudite, il avait pourtant choisi le camp républicain contre les partisans de l’Imam soutenu par l’Arabie en 1962. Il était allié à un parti baathiste dirigé par un cousin éloigné. Il était aussi le chef des Hached, la principale confédération tribale. Allié du président Ali Abdallah Saleh qui entre à partir de 1994 en guerre avec les sudistes, anciens communistes au pouvoir à Aden avant l’unité entre les deux Yémen en 1990.

Comme l’Arabie Saoudite ne veut pas d’un Ali Abdallah Saleh trop fort, l’Arabie soutient les séparatistes sudistes ex-marxistes et, après leur échec, leur accorde l’asile politique. Dans le même temps, Ryad se rapproche de Saleh et lui apporte le soutien (inefficace) de son aviation contre les rebelles Houthis. Des zaydites, une forme de chiisme. Le royaume saoudien n’aime pas les chiites et soutient donc dans sa guerre contre les Houthis le président Saleh. Lui-même est d’ailleurs aussi un Zaydite. Comme les Houthis. Il est d’ailleurs aussi membre d’une tribu Hached. La confédération Hached qui est, comme on l’a dit, dirigée par cheikh Abdallah Al Ahmad, chef du parti al Islah, partenaire et rival de celui du président. D’ailleurs Al Ahmar est sunnite et non zaydite.

Vous me suivez ? Tant mieux, parce que ce n’est pas fini. Lors du « printemps yéménite » de 2011 qui se mène à l’obus de mortier et au canon, Saleh doit fuir son pays. C’est l’Arabie Saoudite qui lui accorde l’asile, comme elle l’avait fait avec ses ennemis du sud. Normal. L’Arabie aide toujours ceux qui peuvent affaiblir le Yémen. Comme Ali Abdallah Saleh n’a pas digéré que les pays du Golfe le forcent à abandonner le pouvoir au profit de son ancien vice-président, il n’a de cesse d’affaiblir le pouvoir de celui-ci, au point de faire alliance avec les Houthis. Oui, ces miliciens zaydites auxquels il faisait la guerre de 2004 à 2011, soutenus par l’Iran (Saleh, lui, était un chaud partisan de Saddam Hussein pendant la guerre irako-iranienne).

Comme toutes les combinaisons n’ont pas encore été épuisées, la guerre civile a encore de beaux jours devant elle au Yémen. On peut compter sur l’Arabie Saoudite pour y contribuer. Après tout, selon la légende, Ibn Saoud, sur son lit de mort, aurait confié à ses fils : « le bonheur du royaume réside dans la misère du Yémen ». La citation n’a pas été authentifiée de façon certaine, mais en revanche, tous les Yéménites la tiennent pour authentique. Et depuis 1953, la politique menée par Ryad s’y conforme en tous points.

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Yémen : le moment saoudien… et ses limites

Posted in Moyen-Orient by odalage on 5 juin 2011

Comme avant lui le Shah d’Iran et quelques autres despotes, le président Ali Abdallah Saleh a quitté son pays pour se faire soigner… et n’y reviendra pas. C’est entendu, il a été sérieusement blessé dans le bombardement du palais présidentiel et les hôpitaux saoudiens sont mieux équipés que ceux du Yémen, surtout en zone de combats. Mais nul ne s’y trompe : même si les médecins saoudiens le remettent sur pied rapidement, jamais Ali Abdallah Saleh ne retrouvera le pouvoir qu’il détient depuis 1978.

Pourquoi, en effet, les Saoudiens lui feraient-il une fleur en le renvoyant chez lui, alors que depuis plusieurs mois, ils tentent, soit directement, soit à travers la médiation du Conseil de coopération du Golfe, de lui faire quitter le pouvoir en douceur ? La douceur n’était sans doute pas au rendez-vous avec le déluge d’obus et de roquettes qui s’est abattu vendredi 3 juin sur son palais présidentiel, mais le résultat est là : il a de facto quitté le pouvoir. C’est l’heure de cette fameuse transition dont on parle tant depuis plusieurs mois et qui suscite autant d’espoirs que de craintes, notamment chez les voisins du Yémen, à commencer par l’Arabie Saoudite.

Première priorité : conjurer le spectre de la guerre civile. Le Yémen, de ce point de vue, a un passif assez lourd, qu’il s’agisse des guerres entre le nord et le sud Yémen comme en 1979, de la guerre civile qui a déchiré le parti socialiste sud-Yéménite en janvier 1986 ou encore de la guerre civile qui embrasé le Yémen réunifié en 1994, le pays ne manquent pas d’épisodes sanglants qui relativisent les éloges que l’on entend d’abondance concernant le fameux compromis à la yéménite. Certes, les Yéménites ont le sens du compromis, mais quand cela ne fonctionne pas, ils font parler les armes, plus nombreuses que les habitants.

Dès sa fondation dans les années 30, le royaume saoudien a toujours considéré le Yémen comme une affaire de politique intérieure. « Le bonheur du royaume réside dans le malheur du Yémen », aurait confié Ibn Saoud à ses fils en 1953, alors qu’il agonisait. Le fait est que les Saoudiens n’ont eu de cesse d’intervenir dans les affaires intérieures de ce pays qu’ils n’ont pu conquérir du fait de l’opposition militaire de la Grande Bretagne. La guerre civile de 1962 opposants les royalistes aux républicains a vu les Saoudiens soutenir les partisans de l’imam déchu alors que Nasser intervenait aux côtés des républicains. Mais la défaite des royalistes n’a pas refroidi les ardeurs saoudiennes : les chefs de tribu républicains, comme Abdallah Al Ahmar, puissant chef de la confédération tribale des Hached, sont en cheville avec Ryad qui leur verse des subsides en abondance au point que leurs moyens financiers (et militaires) concurrencent sérieusement ceux de l’État… dont ils sont aussi partie prenante : Abdallah Al Ahmar a longtemps présidé le parlement et dirigé un parti politique, al Islah (la Réforme) rassemblant des islamistes modérés ou jihadistes en passant par des militants qui n’avaient d’autre allégeance que tribale. Et tout ceci en faisant alliance avec le parti du président Ali Abdallah Saleh.

Bref, en contrôlant le flux d’argent destiné aux tribus, ainsi que l’aide budgétaire au gouvernement yéménite, l’Arabie Saoudite tentait de s’assurer que l’État yéménite demeure suffisamment faible, sans jamais s’effondrer au point que le chaos traverse la frontière. On l’a vu, l’Arabie saoudite a presque toujours échoué à imposer sa politique à Sanaa : elle n’a pas réussi à maintenir le régime de l’imamat et son soutien aux séparatistes sudiste en 1994 (des anciens communistes !) a été un lamentable échec. Elle a en revanche toujours réussi a morceler le champ politique yéménite –qui, c’est vrai, a des prédispositions– pour contenir l’influence du Yémen.

Dans la transition qui s’annonce, l’Arabie Saoudite –et son argent– vont jouer un rôle crucial pour huiler les rouages, favoriser tel ou tel. Pour autant, si l’on en juge par l’expérience des huit dernières décennies, il serait surprenant que Ryad parvienne à imposer au nouveau gouvernement yéménite la politique que les Saoudiens voudraient lui voir suivre.

Car si la quête des prébendes saoudiennes est la chose la mieux partagée chez les acteurs de la politique yéménite, elle n’a d’égal que la méfiance et l’hostilité des Yéménites, toutes opinions confondues, vis-à-vis des intentions de leur puissant voisin.

Olivier Da Lage

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Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe Persique

Posted in Moyen-Orient by odalage on 22 mai 2011

Mon prochain livre, consacré aux monarchies de la Péninsule arabique, sera publié début juin aux Éditions du Cygne. Voici le texte de la quatrième page de couverture:

Dans le « printemps arabe » qui a marqué le début de 2011, les monarchies du golfe Persique ont pris leur place : manifestations, parfois violentes, et revendications politiques à Bahreïn, en Oman et en Arabie Saoudite. Des événements qui trouvent leur genèse dans les tensions de ces trente dernières années, également marquées par l’éclatement du conflit irako-iranien en 1980, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 et celle de l’Irak par la coalition américano-britannique en 2003. Une période au cours de laquelle on assiste à l’émergence d’un terrorisme jihadiste inspiré par le Saoudien Oussama Ben Laden.
Terrorisme tourné non seulement contre les Occidentaux, mais d’abord et avant tout contre les monarques de la péninsule. Mais ces trois décennies voient aussi l’accélération et le renouveau des monarchies du Golfe qui, davantage que les républiques vermoulues du monde arabe, ont épousé la modernité et se lancent à corps perdu dans la mondialisation comme l’illustre l’émirat de Dubaï qui se vit comme une entreprise autant que comme un État.
En décrivant les étapes et les contradictions de ce développement spectaculaire, mais pas exempt de tensions, cet ouvrage tente de restituer la perception du Golfe qu’en ont ses habitants, sans tomberdans les clichés dont ils sont habituellement l’objet.
Rédacteur en chef à RFI, Olivier DA LAGE a vécu trois ans dans l’émirat de Bahreïn de 1979 à 1982, d’abord comme attaché de presse à l’ambassade de France, puis comme correspondant pour plusieurs publications francophones (Le Monde, L’Express, Ouest France, Radio Suisse Romande, etc.). Il a depuis effectué de nombreux voyages dans la Péninsule arabique et publié plusieurs ouvrages consacrés à cette région.

——

Voir aussi l’interview sur le site de l’IRIS:

Écouter l’interview par Frédérique Misslin sur RFI le 26 novembre 2011

Écouter l’émission de Pierre-Edouard Deldique sur RFI le 22 octobre 2011

Une semaine d’actualité première partie

Une semaine d’actualité deuxième partie

Après l’Irak et l’Afghanistan, le Yémen ?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 5 janvier 2010

À en croire le sénateur américain Joe Liberman, les États-Unis seraient bien inspirés de songer à une guerre préventive contre le Yémen. Cet ex-démocrate, qui a soutenu McCain contre Obama, vient d’effectuer une visite au Yémen, au terme de laquelle il a déclaré : « L’Irak, c’est notre guerre d’hier et l’Afghanistan notre guerre d’aujourd’hui. Si nous n’agissons pas rapidement, le Yémen sera notre guerre de demain ». Est-ce pour embarrasser l’actuelle administration ? Pas sûr. Car la secrétaire d’État Hillary Clinton, de passage au Qatar, tient un discours à peine moins martial : « Ce qui se passe dans cette région est le résultat d’une réaction en chaîne due à l’instabilité qui frappe les États voisins. Nous pouvons, évidemment, voir les implications globales de la guerre au Yémen et les efforts persistants d’Al Qaïda à utiliser ce pays comme base arrière pour des attaques terroristes au-delà de la région ».

Comme personne ne peut prétendre que la présence d’Al Qaïda au Yémen est une découverte récente, il faut bien envisager d’autres raisons. Tout se passe donc si, une fois de plus, les États-Unis se préparaient à enchainer d’un conflit sur un autre, chaque décennie offrant un nouveau « rogue state » à attaquer, sinon envahir.

Le terrain yéménite, il est vrai, présente beaucoup de similitudes avec l’Afghanistan ; pouvoir central faible soutenu par l’Occident, géographie montagneuse faite de nids d’aigle imprenables, société foncièrement tribale ou les armes, y compris lourdes, sont disponibles à foison, grande pauvreté, corruption généralisée et instabilité aux frontières qui se caractérisent par une grande perméabilité.

Mais les ressemblances ne vont guère plus loin.

A la différence de l’Afghanistan, le Yémen est un pays arabe, et non seulement musulman. C’est même le berceau historique des peuples arabes. Il est donc plus que vraisemblable qu’une intervention au Yémen aurait un retentissement autrement plus significatif dans l’ensemble du monde arabe que ce n’est le cas aujourd’hui avec l’Afghanistan. De plus, le Yémen a pour voisin les monarchies de la Péninsule arabique et à lui seul, compte pratiquement autant d’habitants que les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe. Autant dire que les risques de débordement chez les monarchies pétrolières voisines ne sont pas un risque à prendre à la légère.

Bref, on a du mal à comprendre comment les objectifs qui n’ont pu être atteints en Afghanistan pourraient l’être au Yémen. Comme l’a dit avec un sens consommé de la diplomatie le ministre italien des Affaires étrangères Frattini : « Je ne crois pas qu’il soit opportun d’ouvrir un nouveau front militaire au Yémen ».

Ce serait en revanche une aubaine pour les adversaires ou rivaux de ces mêmes Occidentaux qui auraient bien tort de ne pas exploiter la situation. C’est sans nul doute ainsi que l’on voit les choses à Téhéran ou à Pékin.

Car comment ne pas voir que cette guerre perpétuelle, sans objectif affiché crédible et lisible, sans limite de temps ni d’espace, a pour inéluctable conséquence l’affaiblissement des puissances qui la conduisent ?

Olivier Da Lage

A lire également :
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Yémen : guerre nouvelle, ressorts anciens

Posted in Moyen-Orient by odalage on 10 novembre 2009

« Le bonheur du royaume réside dans le malheur du Yémen », aurait déclaré Ibn Saoud, le fondateur de l’Arabie saoudite à ses fils rassemblés autour de son lit de mort en 1953. Authentique ou apocryphe, l’anecdote est répétée avec gourmandise par les Yéménites de toute condition, pour souligner la crainte qu’inspire ce pays beaucoup plus pauvre que son grand voisin, mais aussi peuplé.

Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à voir l’aviation saoudienne intervenir militairement contre les rebelles « houthistes » dans la zone frontalière de Saada en invoquant une « stratégie iranienne » pour justifier son action. Une intervention qui rappelle un précédent fâcheux : l’intervention saoudienne aux côtés des royalistes yéménites après la révolution de 1962. Cela n’a laissé de bons souvenir ni aux Yéménites, ni aux Saoudiens. Ces derniers ont dû se résigner à l’existence d’une république à leur flanc sud, tout en intervenant activement pour déstabiliser son gouvernement par le financement des tribus.

L’un de leurs partenaires et client traditionnel était le cheikh Abdallah Al Ahmar, chef de la puissante confédération tribale des Hached, dominante au nord du Yémen, et notamment dans la zone de Saada. Quelques rappels pour fixer les idées : Abdallah Al Ahmar, bien que conservateur, est toujours resté républicain et son soutien a été décisif dans le succès des républicains face aux royalistes lors de la guerre de 1962 et par la suite ; Abdallah Al Ahmar a toujours su accepter les prébendes saoudiennes sans devenir un agent saoudien ; il a longtemps présidé le parlement et son parti, Al Islah. Un parti islamiste, mais dont il représentait l’aile pragmatique. Enfin, le président Ali Abdallah Saleh, arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire en 1978, appartient à cette même confédération tribale des Hached –il est apparenté au clan Al Ahmar– et ne peut véritablement gouverner contre elle.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire la passionnante interview accordée à Gilles Paris dans le Monde (daté du mercredi 11 novembre) par son fils, Hamid Ben Abdallah Al Ahmar. Il n’a que 40 ans, mais auréolé de la puissance que lui confère son héritage tribal, il peut impunément critiquer le chef de l’État, une liberté de ton qui par le passé, a coûté la vie, la liberté ou la santé à nombre d’autres politiciens yéménites : « le Yémen mérite mieux » qu’un régime « devenu source de danger », ose-t-il affirmer.

Déclaration d’opposition ou simple rappel au président yéménite qu’il doit compter avec les tribus ? L’avenir le dira. Ce qui est certain, c’est que l’État ne contrôle rien hors des grandes villes et des axes principaux. En 1992, me rendant en taxi à Saada en compagnie de Rémy Leveau, je me rappelle avoir demandé au chauffeur, peu avant d’arriver dans la localité, ce qu’était cette grande bâtisse blanche, à l’écart de la route. C’était en fait une caserne militaire. Mais la réponse du chauffeur de taxi, donnée dans un grand éclat de rire, mérite d’être méditée : « ça, c’est le gouvernement ! », sous-entendant que le pouvoir ne contrôlait rien en dehors de l’enceinte de l’édifice.

La suite ne lui a pas donné tort.

Olivier Da Lage

Voir aussi :

Les rêves brisés de l’unité yéménite (Le Monde diplomatique, juillet 1994)

Le Yémen entre démocratisation et guerre civile (Revue Défense Nationale, février 1993)

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