Le Blog d'Olivier Da Lage

Qatar, Les nouveaux maîtres du jeu

Posted in Divers, Moyen-Orient by odalage on 5 mars 2013

Qatar, Les nouveaux maîtres du jeu

Mon nouveau livre paraît cette semaine chez Demopolis, écrit en collaboration avec Mohammed El Oifi, Renaud Lecadre, Willy Le Devin, Michel Ruimy et Jean-Pierre Séréni

Écouter l’émission Soft Power du 10 mars 2013, animée par Frédéric Martel, dans laquelle je suis invité avec Nabil Ennasri et Pierre Haski

Lire mon interview dans le quotidien algérien Liberté du 27 mars 2013

Voir mon intervention sur i-Télé le 1er avril 2013 en marge du match FC Barcelone-PSG

Lire mon interview à Pascal Boniface sur le site affaires-stratégiques.info du 19 avril 2013

Écouter l’émission Pluriel animée par Loïc Barrière sur Radio Orient le 29 avril 2013 (et aussi ici)

Note de lecture parue dans le n° 139 de Politique Internationale (printemps 2013) :

L’histoire du Qatar de ces vingt dernières années ressemble à la fable de La Fontaine sur la grenouille ayant voulu se faire aussi grosse que le bœuf… à ceci près que le Qatar, lui, a réussi. La stratégie qui a permis au minuscule émirat de devenir un « maître du jeu » sur la scène internationale est décortiquée par les auteurs de ce livre : Olivier Da Lage, le coordinateur, rédacteur en chef à RFI, est un grand connaisseur de la péninsule arabique ; Mohamed El Oifi est un politologue spécialiste des médias et des opinions publiques dans le monde arabe ; Renaud Lecadre s’occupe des affaires politico-financières à Libération ; Michel Ruimy, économiste de banque, enseigne l’économie et la finance ; Jean-Pierre Séréni, ancien directeur du Nouvel Économiste et ancien rédacteur en chef de L’Express, est un expert du secteur de l’énergie ; Willy Le Devin, journaliste indépendant, travaille sur les religions et l’immigration. Pris par le ballet des grandes puissances, on oublie parfois que les petits États ont, eux aussi, une politique étrangère. Ils deviennent souvent – et logiquement – les satellites d’un État plus fort qui assure leur protection. Entouré de voisins puissants et plus ou moins hostiles – Arabie saoudite, Irak, Iran –, le petit Qatar s’est donné les moyens d’adopter une autre voie pour garantir sa survie. Une stratégie mûrement élaborée depuis 1995, année où Hamad Ben Khalifa Al-Thani s’est emparé du pouvoir en renversant son père, vieille tradition familiale…

Le nouveau cheikh transforme rapidement toutes les faiblesses de son émirat en autant d’atouts. L’insolence médiatisée de Doha au sein de la Ligue arabe lui permet de gagner en notoriété : on laisse le petit jouer dans la cour des grands sans s’apercevoir qu’il occupe une place toujours plus importante. L’appui des États-Unis lui offre une marge de manœuvre indispensable. L’introduction d’institutions démocratiques élues – avec la participation de femmes, comme électrices mais aussi comme candidates – marque la différence avec ses voisins et lui permet de devancer les éventuelles contestations intérieures…

Mais il y a plus. Le Qatar possède plusieurs vrais atouts. Malgré la façade démocratique – qui a montré ses limites avec la condamnation récente du poète Mohamed Al Ajami –, l’essentiel du pouvoir est détenu par quatre personnes : le cheikh, sa deuxième femme, le deuxième fils de celle-ci et un cousin qui occupe la fonction de premier ministre. Ce processus de prise de décision extrêmement court facilite la dynamique politique. En outre, ces dernières années le Qatar a sauté à pieds joints dans les failles qu’a provoquées l’effacement des anciens leaders traditionnels du monde arabe : Irak, Égypte, Libye, Syrie, Algérie, Maroc et, dans une moindre mesure, Arabie saoudite, dont les leaders âgés et conservateurs sont dépassés par Ie dynamisme de leur petit voisin. Son rôle militaire dans le renversement de Kadhafi a été particulièrement important, de même que son aide aux insurgés syriens. L’émirat compte près de 2 millions d’habitants (dont seulement 200 000 citoyens, les autres étant des travailleurs immigrés), mais ses revenus – plus de cent milliards de dollars par an, tirés de l’exportation du gaz et du pétrole – le placent au premier rang mondial des investisseurs.

De ce point de vue, le Qatar est sur tous les fronts : hydrocarbures (3 % de Total), sport (acquisition du Paris Saint-Germain), automobile (18 % de Volkswagen), immobilier et BTP (participations dans Vinci et Veolia), banque (Barclays et Crédit suisse), éducation (HEC a ouvert une hliale à Doha), art (premier acheteur mondial)… liste non exhaustive ! Témoins de la puissance financière de l’émirat, ces investissements sont autant d’atouts politiques et d’influence. Doha a recours à tout vent à la diplomatie du « carnet de chèques ». Les résistances sont rares : le Qatar a même réussi à rejoindre l’Organisation internationale de la francophonie alors que seuls quelques princes formés dans les hautes écoles françaises et quelques militaires diplômés de Saint-Cyr parlent notre langue…

Lancée et 1996, la chaîne Al-Jazeera, hautement professionnelle et dotée de journalistes de grand talent, est devenue le principal vecteur de l’influence du Qatar au niveau international, spécialement vers l’opinion arabe pendant les révolutions de 2011-2012 – si bien qu’Olivier Da Lage parle à cet égard de « panarabisme médiatique ».

Les contradictions ne sont que de façade : Al-Jazeera diffuse les communiqués d’Al-Qaïda et critique la politique américaine, mais le pays reste un bastion allié de Washington, tout en conservant des relations sereines avec Téhéran. Les dirigeants israéliens fulminent contre ce média panarabe… mais le Qatar a longtemps entretenu des relations quasi diplomatiques avec Tel-Aviv, tout en hébergeant des dirigeants du Hamas. Il n’y a là aucun paradoxe : cette « confusion » rend le Qatar célèbre et indispensable.

Et les intérêts de l’émirat ne sont jamais perdus de vue.

Beaucoup redoutent cet ami déclaré des Frères musulmans qui appuie les salafistes du Nord-Mali tout en finançant des projets économiques dans les banlieues françaises… Mais ce n’est pas pour soutenir les radicaux que Doha veut investir dans les quartiers populaires de France ; cette décision répond, indéniablement, à une vision financière. Pragmatiques, les Qatariens n’ont aucune intention de déstabiliser leurs partenaires et leurs clients gaziers.

La ruse diplomatique, combinée à des ressources financières exceptionnelles, a permis au Qatar de gagner une position surdimensionnée par rapport à sa taille. Pourra-t-

il la conserver longtemps ? – The sky is the limit –, répond-on dans l’émirat…

Robert Dalais

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Yémen : le moment saoudien… et ses limites

Posted in Moyen-Orient by odalage on 5 juin 2011

Comme avant lui le Shah d’Iran et quelques autres despotes, le président Ali Abdallah Saleh a quitté son pays pour se faire soigner… et n’y reviendra pas. C’est entendu, il a été sérieusement blessé dans le bombardement du palais présidentiel et les hôpitaux saoudiens sont mieux équipés que ceux du Yémen, surtout en zone de combats. Mais nul ne s’y trompe : même si les médecins saoudiens le remettent sur pied rapidement, jamais Ali Abdallah Saleh ne retrouvera le pouvoir qu’il détient depuis 1978.

Pourquoi, en effet, les Saoudiens lui feraient-il une fleur en le renvoyant chez lui, alors que depuis plusieurs mois, ils tentent, soit directement, soit à travers la médiation du Conseil de coopération du Golfe, de lui faire quitter le pouvoir en douceur ? La douceur n’était sans doute pas au rendez-vous avec le déluge d’obus et de roquettes qui s’est abattu vendredi 3 juin sur son palais présidentiel, mais le résultat est là : il a de facto quitté le pouvoir. C’est l’heure de cette fameuse transition dont on parle tant depuis plusieurs mois et qui suscite autant d’espoirs que de craintes, notamment chez les voisins du Yémen, à commencer par l’Arabie Saoudite.

Première priorité : conjurer le spectre de la guerre civile. Le Yémen, de ce point de vue, a un passif assez lourd, qu’il s’agisse des guerres entre le nord et le sud Yémen comme en 1979, de la guerre civile qui a déchiré le parti socialiste sud-Yéménite en janvier 1986 ou encore de la guerre civile qui embrasé le Yémen réunifié en 1994, le pays ne manquent pas d’épisodes sanglants qui relativisent les éloges que l’on entend d’abondance concernant le fameux compromis à la yéménite. Certes, les Yéménites ont le sens du compromis, mais quand cela ne fonctionne pas, ils font parler les armes, plus nombreuses que les habitants.

Dès sa fondation dans les années 30, le royaume saoudien a toujours considéré le Yémen comme une affaire de politique intérieure. « Le bonheur du royaume réside dans le malheur du Yémen », aurait confié Ibn Saoud à ses fils en 1953, alors qu’il agonisait. Le fait est que les Saoudiens n’ont eu de cesse d’intervenir dans les affaires intérieures de ce pays qu’ils n’ont pu conquérir du fait de l’opposition militaire de la Grande Bretagne. La guerre civile de 1962 opposants les royalistes aux républicains a vu les Saoudiens soutenir les partisans de l’imam déchu alors que Nasser intervenait aux côtés des républicains. Mais la défaite des royalistes n’a pas refroidi les ardeurs saoudiennes : les chefs de tribu républicains, comme Abdallah Al Ahmar, puissant chef de la confédération tribale des Hached, sont en cheville avec Ryad qui leur verse des subsides en abondance au point que leurs moyens financiers (et militaires) concurrencent sérieusement ceux de l’État… dont ils sont aussi partie prenante : Abdallah Al Ahmar a longtemps présidé le parlement et dirigé un parti politique, al Islah (la Réforme) rassemblant des islamistes modérés ou jihadistes en passant par des militants qui n’avaient d’autre allégeance que tribale. Et tout ceci en faisant alliance avec le parti du président Ali Abdallah Saleh.

Bref, en contrôlant le flux d’argent destiné aux tribus, ainsi que l’aide budgétaire au gouvernement yéménite, l’Arabie Saoudite tentait de s’assurer que l’État yéménite demeure suffisamment faible, sans jamais s’effondrer au point que le chaos traverse la frontière. On l’a vu, l’Arabie saoudite a presque toujours échoué à imposer sa politique à Sanaa : elle n’a pas réussi à maintenir le régime de l’imamat et son soutien aux séparatistes sudiste en 1994 (des anciens communistes !) a été un lamentable échec. Elle a en revanche toujours réussi a morceler le champ politique yéménite –qui, c’est vrai, a des prédispositions– pour contenir l’influence du Yémen.

Dans la transition qui s’annonce, l’Arabie Saoudite –et son argent– vont jouer un rôle crucial pour huiler les rouages, favoriser tel ou tel. Pour autant, si l’on en juge par l’expérience des huit dernières décennies, il serait surprenant que Ryad parvienne à imposer au nouveau gouvernement yéménite la politique que les Saoudiens voudraient lui voir suivre.

Car si la quête des prébendes saoudiennes est la chose la mieux partagée chez les acteurs de la politique yéménite, elle n’a d’égal que la méfiance et l’hostilité des Yéménites, toutes opinions confondues, vis-à-vis des intentions de leur puissant voisin.

Olivier Da Lage

Lire aussi :

Guerre nouvelle, ressorts anciens

Les rêves brisés de l’unité yéménites

Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe Persique

Posted in Moyen-Orient by odalage on 22 mai 2011

Mon prochain livre, consacré aux monarchies de la Péninsule arabique, sera publié début juin aux Éditions du Cygne. Voici le texte de la quatrième page de couverture:

Dans le « printemps arabe » qui a marqué le début de 2011, les monarchies du golfe Persique ont pris leur place : manifestations, parfois violentes, et revendications politiques à Bahreïn, en Oman et en Arabie Saoudite. Des événements qui trouvent leur genèse dans les tensions de ces trente dernières années, également marquées par l’éclatement du conflit irako-iranien en 1980, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 et celle de l’Irak par la coalition américano-britannique en 2003. Une période au cours de laquelle on assiste à l’émergence d’un terrorisme jihadiste inspiré par le Saoudien Oussama Ben Laden.
Terrorisme tourné non seulement contre les Occidentaux, mais d’abord et avant tout contre les monarques de la péninsule. Mais ces trois décennies voient aussi l’accélération et le renouveau des monarchies du Golfe qui, davantage que les républiques vermoulues du monde arabe, ont épousé la modernité et se lancent à corps perdu dans la mondialisation comme l’illustre l’émirat de Dubaï qui se vit comme une entreprise autant que comme un État.
En décrivant les étapes et les contradictions de ce développement spectaculaire, mais pas exempt de tensions, cet ouvrage tente de restituer la perception du Golfe qu’en ont ses habitants, sans tomberdans les clichés dont ils sont habituellement l’objet.
Rédacteur en chef à RFI, Olivier DA LAGE a vécu trois ans dans l’émirat de Bahreïn de 1979 à 1982, d’abord comme attaché de presse à l’ambassade de France, puis comme correspondant pour plusieurs publications francophones (Le Monde, L’Express, Ouest France, Radio Suisse Romande, etc.). Il a depuis effectué de nombreux voyages dans la Péninsule arabique et publié plusieurs ouvrages consacrés à cette région.

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Voir aussi l’interview sur le site de l’IRIS:

Écouter l’interview par Frédérique Misslin sur RFI le 26 novembre 2011

Écouter l’émission de Pierre-Edouard Deldique sur RFI le 22 octobre 2011

Une semaine d’actualité première partie

Une semaine d’actualité deuxième partie

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