Le Blog d'Olivier Da Lage

La Modi-fication de l’Inde

Posted in Inde by odalage on 25 mai 2014

Ce lundi 26 mai, une page se tourne en Inde avec la prise de fonction du nationaliste hindou Narendra Modi à la tête du gouvernement indien, en présence d’un parterre de dignitaires étrangers parmi lesquels le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif. Modi va-t-il rester fidèle à son idéologie et tenter de faire de l’Inde un « Pakistan hindou », ou au contraire profiter de son incontestable aura pour la mettre au profit d’une modernisation et d’une croissance incluant toutes les composantes de cette mosaïque de communautés qu’est l’Inde ?

Par Olivier Da Lage

Depuis que Narendra Modi a mené son parti à la victoire, ses partisans se définissent en tant que « Modified Indians ». Ce jeu de mots en dit long sur les espoirs placés par ses électeurs dans le nouvel homme fort de l’Inde. Ses électeurs : les conservateurs traditionnalistes et nationalistes hindous, bien sûr. Mais cette seule base n’aurait pu assurer au BJP une majorité absolue de sièges à la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement. Ceux qui ont véritablement fait le succès de Narendra Modi sont ces jeunes urbains, unis par le rejet de ce qu’est devenu le parti du Congrès (une dynastie familiale entourée de barons corrompus) et une indifférence totale à ce qui relève pour eux de la préhistoire : le mouvement national mené par le Congrès pour l’indépendance de l’Inde. Unis aussi par une commune rage de sortir du carcan administratif des babus, ces fonctionnaires vétilleux et corrompus qui brident l’initiative privée. Ils croient à la promesse de Modi : ce que j’ai fait pour le Gujarat, je le ferai pour l’Inde. Autrement dit, une administration efficace, une bureaucratie minimale, un climat favorable aux affaires, l’enrichissement programmé pour tous, en tout cas, pour ceux qui ne sont pas marginalisés parce que musulmans, chrétiens, ou intellectuels non séduits par le charisme de Narendrabhai.

Et peu importe que le succès économique du Gujarat ait préexisté à l’avènement de Modi à sa tête en 2001, que la croissance économique de plusieurs États de l’Union indienne dépasse celle du Gujarat, et que, de toute façon, les recettes applicables au Gujarat soient difficilement transposables à l’échelle du pays tout entier. Ces puissantes aspirations sont évidemment grosses de désillusions futures si Modi n’est pas capable d’y répondre rapidement, après avoir créé tant d’espérances chez ceux qui l’ont porté au pouvoir. En passant, soulignons que le système électoral hérité des Britanniques basé sur le scrutin de circonscription uninominal à un seul tour (first past the post) a permis au BJP, avec 31 % des voix seulement, d’obtenir la majorité absolue des sièges.

Personnalisation à outrance

Il serait injuste de faire de l’usure du Congrès après dix années de pouvoir et de l’incompétence de Rahul Gandhi qui a mené en son nom la campagne, les seules raisons d’une victoire du BJP, qui n’est pas une victoire par défaut.

Le crédit en revient incontestablement à Narendra Modi lui-même, qui a mené de main de maître sa conquête du pouvoir, personnalisant la campagne du BJP comme seule Indira Gandhi avait su le faire avant lui avec la campagne « Garibi hatao » (« éradiquons la pauvreté ») en 1971 . Cette fois, le slogan était : « Aab ki baar, Modi sarkar » (« cette fois, un gouvernement Modi ») et Modi était seul sur la photo dans tout le pays, loin des terres d’élection habituelles du BJP. Comme à son habitude, Modi n’a rien laissé au hasard. Aucun détail n’était trop insignifiant pour cet organisateur-né qui depuis l’âge de treize ans baigne dans l’organisation de manifestations, de mouvements de protestation, d’élections pour le compte des diverses organisations de la Sangh Parivar, la mouvance nationaliste hindoue, à commencer par le RSS1 et le BJP. Son autorité naturelle (autoritarisme, diront plutôt ceux qui, au sein de son organisation ou de l’administration du Gujarat ont eu à le subir), son incontestable charisme électrisant des foules de partisans en transes, ses cruels traits d’esprit décochés à l’adresse des leaders du Congrès –Rahul Gandhi, qualifié de shahzada, autrement dit « prince », en ourdou, par référence aux envahisseurs musulmans de la dynastie moghole, allusion transparente à sa qualité d’héritier de la dynastie Nehru – ont puissamment contribué au succès électoral des candidats du BJP.

Cette personnalisation à outrance, digne d’une élection présidentielle, confère à Narendra Modi un pouvoir considérable. Elle le rend aussi dépositaire d’attentes démesurées qu’il n’est pas certain de pouvoir satisfaire, au risque d’un sévère effet boomerang.

Développement économique à l’ombre d’un nationalisme autoritaire

A l’heure de succéder à Manmohan Singh, Narendra Modi a le choix entre deux orientations majeures, incompatibles entre elles.

Modi peut voir en ce moment l’aboutissement de toute une vie consacrée à promouvoir le triomphe du nationalisme hindou et imposer (ou plutôt, tenter d’imposer) à l’ensemble de l’Inde l’ordre qu’il fait régner au Gujarat, appuyé par une administration épurée et une infiltration à tous les niveaux par les miliciens du RSS. Ses tendances autoritaires l’y prédisposent, ainsi que l’illustre d’une façon très convaincante la remarquable biographie que lui a consacré Nilanjan Mukhopadhyay (Narendra Modi, the man, the times, Tranquebar Press 2013). La communauté musulmane, en particulier, serre les dents. Nombre de ses membres sont tétanisés par l’arrivée au pouvoir de l’homme qui dirigeait l’État du Gujarat lors des pogroms antimusulmans de 2002 et que beaucoup soupçonnent d’avoir délibérément laissé la bride sur le coup aux tueurs, bien que la justice n’ait à ce jour rien pu prouver. Durant la campagne, Modi a manifesté une indifférence étudiée aux préoccupations des musulmans, tout en désavouant ceux de ses acolytes qui se laissaient aller à des dérapages verbaux antimusulmans. De fait, jamais la Lok Sabha n’a compté aussi peu de députés musulmans. Si cette orientation se vérifiait, cela signalerait le début d’une période trouble pour le pays car avec 31 % des voix, le BJP n’a pas reçu mandat de transformer une société extrêmement résiliente et rebelle à l’autoritarisme, ainsi qu’Indira Gandhi l’a appris à ses dépens entre 1975 et 1977.

Mais il se peut tout aussi bien que Narendra Modi, ayant effacé l’humiliante défaite du BJP en 2004, veuille assurer sa place dans l’histoire comme l’homme qui a réussi à relancer la croissance indienne, à asseoir la puissance extérieure de l’Inde lui permettant de parler d’égal à égal avec la Chine, la Russie, l’Europe et les États-Unis. Ses modèles sont à chercher du côté de Lee Kwan Yew à Singapour ainsi que de l’actuel Premier ministre japonais Shinzo Abe. Un développement économique à l’ombre d’un nationalisme autoritaire, voilà ce qui pourrait définir un gouvernement Modi. D’ailleurs, Narendra Modi n’a pas perdu de temps pour donner une indication de son style de gouvernement : avant même de prendre ses fonctions, il a demandé aux fonctionnaires de renoncer à leurs congés sauf événement personnel urgent, aux administrations de lui préparer des rapports sur tous les projets en cours et actuellement bloqués, avec l’indication des raisons de ce blocage et il a téléphoné au consulat indien de Herat en Afghanistan après l’attentat commis par les talibans. Après des années d’immobilisme, ces initiatives sont plutôt bien accueillies en Inde.

Pour l’heure, seul Narendra Modi lui-même connaît l’orientation qu’il choisira d’imprimer à l’Inde pour les cinq prochaines années, mais la façon dont il a mené sa campagne en se gardant des excès habituels des tenants de l’hindutva (l’idéologie nationaliste hindoue) et l’invitation adressée à Nawaz Sharif laissent penser que le nouvel homme fort de l’Inde a choisi la seconde option. Si tel est le cas, sa base militante sera déçue, mais la jeunesse urbaine qui a assuré son succès n’en attend pas moins.

1Rashtriya Swayamsevak Sangh, milice nationaliste hindoue créée en 1925 sur le modèle des milices fascistes italiennes, matrice idéologique du BJP.

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L’Inde en proie au doute

Posted in Inde by odalage on 3 janvier 2012

Qu’arrive-t-il aux Indiens ? Naguère encore, l’optimisme submergeait le pays : une croissance flirtant avec les deux chiffres, une flopée de success stories dans l’informatique, la médecine, l’ambition légitime d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité à l’instar de l’autre grande puissance de ce XXIe siècle commençant (la Chine), et une vague condescendance envers la vieille Europe sclérosée et empêtrée dans ses réglementations…

La première alerte est venue des Jeux du Commonwealth. New Delhi avait obtenu l’organisation des Jeux en 2010. Ils devaient marquer l’apothéose de la nouvelle Inde. Rien n’était trop, beau, trop grand pour ces jeux. Las : quelques semaines à peine avant leur ouverture, la presse du monde anglophone ne parle que des retards dans les préparatifs, de la saleté des chambres réservées aux athlètes, et des prix invraisemblables payés aux fournisseurs, éveillant déjà les premiers soupçons de corruption. Le rétablissement de dernière minute qui permet aux jeux de se tenir dans des conditions normales ne vaut aucun satisfecit à l’Inde : des jeux du Commonwealth de New Delhi, on ne retient que les faux pas et les affaires de corruption. Une corruption massive !

Mais le public indien n’a pas eu le temps de digérer l’information qu’il découvrait l’ampleur des pots-de-vin qui ont accompagné l’attribution des licences dans la téléphonie mobile 2G : le manque à gagner pour l’État est estimé à 33 milliards de dollars qui n’ont pas été perdus pour tout le monde : le ministre des télécommunications, des hauts fonctionnaires, des hommes d’affaires, des journalistes sont mis en cause.

Dans le pays, où l’inflation dans le secteur alimentaire et la hausse des prix de l’immobilier fragilisent une part croissante de la population, c’est l’écœurement. Ce n’est pas tant la corruption qui choque – tous les Indiens y sont habitués depuis des décennies – c’est son ampleur qui semble ne plus connaître de limites. C’est alors que surgit Anna Hazare et sa proposition d’instituer une instance de médiation chargée de traquer la corruption dans tous les secteurs de la vie publique. La classe politique indienne, isolée qu’elle est par son clientélisme et ses privilèges, tarde à prendre conscience de l’écho rencontré par ce vieil homme qui cultive le look gandhien et qui, à l’instar de son modèle, utilise l’arme de la grève de la faim pour faire céder le gouvernement.

Mais de compromis en reniements, le gouvernement et le parlement temporise. Depuis deux ans, les divisions au sein de la classe politique empêchent de trouver une majorité pour passer les lois les plus urgentes. Le parlement est paralysé, le premier ministre Manmohan Singh, jadis réformateur audacieux, n’est plus que l’ombre de lui-même et a perdu sa magic touch. La maladie mystérieuse qui tient à l’écart la patronne du parti du Congrès Sonia Gandhi (un cancer, croit-on savoir) ajoute à cette paralysie du pouvoir. L’opposition ne semble guère plus vaillante.

La roupie est en chute libre, le déficit budgétaire se creuse, et le secteur bancaire est exposé aux risques liés aux crédits dispensés trop libéralement dans les années fastes, il y a seulement deux ou trois ans. Quand aux milieux d’affaires, à la fois victimes et complices de la corruption, ils votent avec leur pied en investissant, quand ils le peuvent, à l’étranger plutôt qu’en Inde.

Les Indiens évitent de le dire publiquement, mais ils observent avec inquiétude les Chinois aller de l’avant malgré la crise. En ce début d’année 2012, l’Inde à son tour est saisie par le doute et peine à discerner les indicateurs qui lui permettraient de renouer avec l’optimisme.

Olivier Da Lage

Lire aussi:

En Inde, l’esprit de Gandhi se retourne contre le parti du Congrès

Hello 2012! Here is a toast to trust

L’Inde de A à Z

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En Inde, l’esprit de Gandhi se retourne contre le parti du Congrès

Posted in Inde by odalage on 16 août 2011

Ça ne vous rappelle rien ? Un vieillard frêle défie les autorités. Ses seules armes : la grève de la faim et sa détermination à jeûner jusqu’à la mort si le pouvoir ne cède pas à ses exigences. La réponse –sans imagination– des autorités : son arrestation et celle de milliers de ses partisans, prêts à jeûner à mort comme lui pour faire plier les dirigeants. Et au bout de plusieurs semaines, le pouvoir cède, impuissant face à l’inflexibilité de ce vieil homme emprisonné, mais dont l’aura ne cesse de croître alors que ses forces diminuent. « Pourquoi M. Gandhi n’est -il pas encore mort ? », avait demandé au vice-roi un Churchill au comble de la frustration alors que le Mahatma conduisait sa énième grève de la faim du fond d’une prison indienne gardée par des Britanniques.

La suite est connue, l’Inde a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne, très largement grâce à la tactique suivie par Mohandas Karamchand Gandhi. Une tactique qui n’a fonctionné qu’en raison de la combinaison d’au moins deux facteurs : un combat considéré comme juste par une écrasante majorité des Indiens et par la faiblesse morale de l’argument des occupants coloniaux, et la conviction partagée que Gandhi ne bluffait pas et qu’il était effectivement prêt à mettre sa vie en jeu pour ses principes.

Gandhi, qui a présidé le parti du Congrès au début des années Vingt, et qui en est resté l’inspirateur jusqu’à sa mort et au-delà (aujourd’hui encore, les dirigeants du Congrès lui rendent rituellement hommage) pouvait-il envisager qu’un jour, un lointain disciple prendrait exemple sur lui pour obliger les dirigeants du Congrès à lutter sérieusement contre la corruption qui gangrène les institutions du pays, y compris le parti lui-même ? Probablement. Ce qu’en revanche le Mahatma n’aurait pas pu imaginer, c’est que les dirigeants du Congrès, pourtant instruits, expérimentés et intelligents, se montreraient assez stupides pour se comporter comme les Britanniques des années 30, oubliant toutes les leçons apprises du mouvement de libération nationale.

Anna Hazare, le septuagénaire gandhien qui a pris la tête de la croisade anticorruption, avait prévu d’entamer un jeûne public ce mardi 16 août, au lendemain de la fête de l’Indépendance au cours de laquelle le premier ministre Manmohan Singh a vigoureusement dénoncé le scandale de la corruption contre laquelle son gouvernement, impliqué dans différents scandales, ne fait pas grand-chose. En solidarité, les dabbawalas, cette confrérie de livreurs de gamelles de Bombay qui existe depuis plus d’un siècle, avait décidé, fait rarissime, de se mettre en grève pour le soutenir.

Refusant d’amender le tiède projet de loi anticorruption qui exclut du champ des investigations le premier ministres, les membres de la cour suprême et bien d’autres dirigeants du pays, le gouvernement en a été réduit à supplier Hazare de limiter son jeûne à 3 jours et le nombre de ses partisans présents à 5 000 au prétexte risible que le lieu choisi par Anna Hazare était prévu pour d’autres activités les jours suivants. Ce faisant, le gouvernement de Manmohan Singh n’a fait qu’illustrer son impuissance, tant à lutter contre la corruption qu’à convaincre Hazare et ses partisans du contraire. Il a surtout donné à Hazare un regain de prestige et de crédibilité. Enfin, la décision, stupide et irresponsable entre toutes, d’arrêter Hazare au petit matin de ce mardi 16 et d’opérer des rafles parmi plusieurs milliers de ses disciples ne peut qu’enflammer la situation.

Pour le gouvernement indien, il ne peut exister aucune issue favorable à cette crise :

Ou bien le gouvernement recule devant la détermination de Hazare, comme les Britanniques l’avaient fait devant celle de Gandhi voici près de huit décennies, et, tout en limitant les dégâts, il perd le peu de prestige qui lui reste, ou bien les forces d’Anna Hazare, qui a quand même 74 ans, le lâchent avant que les autorités aient cédé, et l’Inde se retrouve face à une catastrophe absolue. Car la mort en prison de celui qui apparaîtra comme un saint laïque, fidèle aux idéaux de Gandhi, pervertis par ses successeurs officiels, déclenchera à coup sûr une révolte d’une grande ampleur dans tout le pays contre le pouvoir sous toutes ses formes, et rien de permet d’espérer que cette révolte, elle,  se limitera à l’action non-violente qu’auraient sans nul doute préconisée Gandhi et Hazare. Les partis d’opposition, notamment le BJP, et les grandes entreprises privées auraient tort de se réjouir et de croire que la colère populaire se limiterait à prendre pour cible les dirigeants du Congrès et de la coalition au pouvoir : la corruption est généralisée et ne se limite pas à une couleur politique et pour qu’il y ait un corrompu, il faut qu’il y ait un corrupteur.

Il reste encore un peu de temps au gouvernement indien pour se reprendre, mais ce temps se compte en jours, en semaines tout au plus avant la catastrophe annoncée.

Olivier Da Lage

Mise à jour 16/8/2011 à 16 h 45 : les télévisions indiennes annoncent que le gouvernement bat en retraite et a décidé de libérer Anna Hazare et ses partisans dans la soirée.

Lire aussi:

Terrorisme: l’exaspération monde en Inde

L’Inde de A à Z , en collaboration avec Nina Da Lage, collection Les Abécédaires du voyageur, André Versaille Editeur, 2010.
Ce qu’en dit la presse

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Terrorisme : l’exaspération monte en Inde

Posted in Inde by odalage on 16 juillet 2011

Dans les heures qui ont suivi le triple attentat de Bombay qui a fait 26 morts et des dizaines de blessés, la presse a souligné le courage et la résilience des habitants de la métropole indienne qui a subi huit attentats meurtriers depuis 1993 ; les commentateurs, étrangers principalement, ont rendu hommage aux autorités indiennes qui, en l’absence d’indice, se sont gardés de lancer des accusations précises. Autrement dit, se sont abstenues de désigner le Pakistan.

On pourrait donc en conclure que l’Inde, l’une des principales cibles d’attentats terroristes dans le monde, si l’on excepte les pays en guerre, aurait dans son ensemble une attitude calme, prudente et raisonnée, une « zénitude » digne de la non-violence gandhienne, en quelque sorte.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité. La presse indienne n’a pas manqué de faire remarquer que les bombes qui ont explosé à Jhaveri Bazar, Opera House et Kaboutar Khana (dans le quartier de Dadar) ont été déclenchée le jour de l’anniversaire d’Ajmal Kasab, le seul survivant des terroristes qui ont commis les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay et qui a été condamné à mort. En fait, ce n’était qu’un canular, mais la rumeur a été relayée sans vérification par nombre de journaux pour faire le lien avec le « 11-Septembre » indien, organisé par des groupes basés au Pakistan. On a également fait observer qu’à deux jours près, ce drame est intervenu cinq ans après la vague d’explosions qui a frappé Bombay le 11 juillet 2006. Des attentats également attribués à des groupes basés au Pakistan, bénéficiant de la bienveillance, pour ne pas dire davantage, de l’ISI, les services secrets pakistanais. Le rapprochement a évidemment été fait aussi avec l’explosion survenue à la German Bakery de Pune le 13 février 2010.

« On ne peut pas rester sans agir ! »

Bref, quelle que soient les précautions prises par le gouvernement indien, pour l’opinion publique, le coupable est déjà connu, jugé et condamné : c’est le Pakistan. Et la prudence même des autorités de Delhi provoque l’ire et l’incompréhension de nombreux Indiens de toute condition. Une réaction viscérale qui n’épargne pas les milieux les mieux informés et que l’on peut ainsi résumer : « Qu’attend donc le gouvernement pour réagir ! Nos ennemis voient bien que nous avons des dirigeants faibles qui exploitent leur indécision. Il faut frapper un grand coup pour donner un coup d’arrêt au terrorisme ». Et quand on objecte qu’il n’est pas si simple de savoir qui frapper, dans la mesure où le Pakistan est lui-même victime du terrorisme, on s’attire généralement un haussement d’épaules accompagné d’un : « il faut faire quelque chose, on ne peut pas rester sans agir ! ».

Autrement dit, ce qu’attend une grande part de l’opinion indienne, relayée par les chaînes d’information continue qui ouvrent leurs antennes aux stratèges en chambre belliqueux, l’Inde doit montrer sa force militaire au Pakistan. En mai dernier, lors de l’Opération Geronimo au cours de laquelle les forces spéciales américaines avaient tué Oussama Ben Laden au Pakistan, de nombreuses voix s’étaient élevées en Inde pour demander au gouvernement d’en faire autant. Ceux qui faisaient valoir les risques de dérapage vers un conflit ouvert entre l’Inde et le Pakistan avaient du mal à se faire entendre. Cette tendance ne fait que gagner du terrain à chaque opération terroriste frappant l’Inde. Et tout porte à croire que d’autres attentats meurtriers vont à nouveau endeuiller les métropoles indiennes : il est pratiquement impossible d’empêcher des extrémistes déterminés de poser des bombes dans des zones aussi peuplées et par conséquent, de faire de nombreuses victimes.

Jusqu’à quand le gouvernement pourra-t-il résister à la pression populaire ?

Jusqu’à présent, le gouvernement indien, au prix d’innombrables critiques, à réussi à ne pas céder à la pression populaire et à résisté à la tentation de mener une opération, même limitée, en territoire pakistanais. Mais la mauvaise volonté des autorités civiles et militaires pakistanaises pour collaborer à l’enquête sur les attentats du 26 novembre 2008 (niant, contre l’évidence, l’origine pakistanaise des inspirateurs de l’attaque terroriste) ne facilite pas cette attitude de retenue. Jusqu’à quand le gouvernement de Delhi, alors qu’approchent des échéances électorales qui s’annoncent difficile pour le parti du Congrès au pouvoir, pourra-t-il éviter de passer au registre militaire ?

Le prochain attentat meurtrier frappant l’Inde (car il ne fait guère de doute qu’il y en aura d’autres avant longtemps) apportera un élément de réponse. Si l’Inde choisissait l’option militaire, même limitée, le sous-continent indien entrerait dans un conflit dont nul ne peut prédire l’ampleur ni la durée entre deux puissances qui détiennent toutes deux l’arme nucléaire.

Olivier Da Lage

Lire aussi :
Opération Geronimo, Indian style
Le test de Pune


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Opération Géronimo, Indian style ?

Posted in Inde by odalage on 5 mai 2011

Depuis l’annonce faite par le président Obama qu’un commando américain s’était rendu en plein cœur du territoire pakistanais pour tuer Ossama Ben Laden, une seule question occupe les médias indiens : pourquoi l’Inde n’en fait-elle pas autant ?

Calcutta.- L’Inde compte probablement plus de chaînes d’information continue que les États-Unis, la Grande Bretagne et la France réunis et une seule question occupe les innombrables talk shows de leurs programmes : l’Inde a-t-elle la capacité militaire et la volonté politique de monter une opération aussi hardie pour punir les auteurs des attentats de Bombay du 26 novembre 2008 ou capturer (ou tuer) Dawood Ibrahim, le parrain de la pègre réfugié à Dubaï (ou au Pakistan) accusé d’avoir organisé les explosions meurtrières qui ont endeuillé Bombay en 1993.

Le chef d’état-major de l’armée indienne, en grand uniforme, a plastronné sur les écrans pour affirmer que l’Inde avait le savoir-faire nécessaire pour de telles opérations. Des généraux à la retraite et des éditorialistes sont mon tés au créneau pour affirmer que les politiciens indiens étaient trop timorés et feraient bien de s’inspirer de la hardiesse dont a su faire preuve Barack Obama.

La palme revient sans doute à Maroof Raza, directeur de Security Watch India, qui dans un article paru le 5 mai dans le Times of India, accuse pêle-mêle le pouvoir politique et les dirigeants militaires de faiblesse face aux ennemis de l’Inde et conclut son article en disant « A la différence des États-Unis, nous avons démontré que l’Inde est prête à pardonner et oublier ».

Face à ces va-t-en guerre, d’autres généraux (à la retraite) et quelques responsables politiques et diplomates, sans remettre en cause les responsabilités du Pakistan qui héberge les ennemis de l’Inde et notamment le mouvement terroriste Lashkar-e-Toiba (LeT) soulignent que les situations ne sont pas comparables.

  • Les États-Unis et le Pakistan, malgré leurs mauvaises relations, sont des alliés stratégiques et il existe un dialogue entre eux. De surcroît, les États-Unis versent annuellement des milliards de dollars au Pakistan. Le Pakistan n’a pas de moyen de représailles et ne peut pas se permettre de s’aliéner ouvertement les États-Unis. Rien de tel en ce qui concerne l’Inde qui est en état de quasi-belligérance avec le Pakistan et n’a rien à lui offrir en échange de concessions.
  • Si l’armée indienne est l’une des plus impressionnantes du monde et s’il ne fait pas de doute que les services indiens de renseignements ont des ressources importantes à l’intérieur du territoire pakistanais, les moyens techniques et matériels ne peuvent en aucun cas se comparer à ceux de l’armée américaine, tant en ce qui concerne les moyens de guerre électronique que d’une manière générale, la qualité du matériel employé.
  • Enfin et surtout, personne n’a imaginé que l’assassinat de Ben Laden par un commando américain au Pakistan pourrait dégénérer en guerre ouverte entre les deux pays ! Mais c’est l’inverse dans le cas de l’Inde. Une telle action, qui est prévue dans la doctrine militaire indienne, si elle était mise en œuvre, comporteraient d’énormes risques de dégénérer en conflit ouvert entre les deux pays, tous deux puissances nucléaires.
  • Diplomatiquement et militairement, l’Inde ne pourrait compter que sur des déclarations de soutien sans conséquence pratique de la part des puissances occidentales (qui pourraient d’ailleurs également condamner l’aventurisme indien) et seraient donc seule face aux conséquences de son initiative.

Malgré les discours martiaux qui envahissent les ondes indiennes, la tonalité des dirigeants indiens est à la prudence et se limitent à un « On vous l’avait bien dit ! », s’agissant du rôle de protecteur du Pakistan envers les mouvements terroristes. Autre élément rassurant : jusqu’à présent du moins, les sondages montrent que près des trois quart des Indiens sont hostiles ou sceptiques vis-à-vis d’une intervention indienne au Pakistan.

De quoi alimenter la frustration des va-t-en guerre qui pensent que l’Inde n’est qu’un tigre de papier.

Olivier Da Lage

Lire aussi:
Le test de Pune

Jugement de Salomon à Allahabad: Ayodhya partagé entre hindous et musulmans

Posted in Inde by odalage on 30 septembre 2010

Dans la Bible, la mère authentique supplie le roi Salomon de ne pas couper le bébé en deux, prouvant ainsi qu’elle disait vrai et était donc la vraie mère du nouveau-né.

Hindous et musulmans indiens n’auront pas eu ce geste, qui n’aurait sans doute pas été apprécié à sa juste valeur, et les magistrats de la Haute Cour d’Allahabad, dont dépend la localité d’Ayodhya, ont donc choisi le partage entre les deux communautés qui revendiquent la légitime propriété du site au nom de leurs croyances à raison des deux tiers pour les hindous et un tiers pour les musulmans.

Ayodhya, c’est un peu comme Jérusalem: un mille-feuilles religieux dont plusieurs communautés revendiquent chacune pour elle-même la propriété parce qu’elles en possèdent une couche.

Petit rappel: les hindous croient qu’Ayodhya est le lieu de naissance de Ram (Rama), roi et dieu à la fois. tandis que les musulmans revendiquent le site comme étant celui de la mosquée Babri, du nom du Babur, le fondateur de la dynastie moghole , qui datait du XVIe siècle et qui a été détruite en décembre 1992 par des extrémistes hindous. Les émeutes inter-communautaires qui s’étaient ensuivies avaient fait plus de 2 000 morts.

Dans son arrêt la Haute Cour d’Allahabad s’est prononcée sur trois points:

  • A la majorité, les juges ont estimé que le site était bien le lieu de naissance de Rama
  • La mosquée Babri a-t-elle été construite après la démolition d’un temple hindou ? Oui, mais en revanche, les « mahométans » (musulmans) n’ont pas pu prouver qu’elle l’a été durant le règne de l’empereur Babur.
  • A-t-elle été construite conformément aux principes de l’islam ? Oui, les musulmans l’ont toujours considérée comme telle.

Ce jugement mitigé a fait pousser des soupirs de soulagement à nombre de responsables: une décision entièrement en faveur des hindous (ou des musulmans) aurait à coup sûr comporté d’énormes risques pour la paix civile. A toutes fins utiles, 200 000 membres des forces de l’ordre avaient été préventivement déployés en Uttar Pradesh, l’Etat dans lequel se trouve Ayodhya.

Mais il est trop tôt pour se réjouir: les hindous qui s’étaient mobilisés sur l’affaire sont partiellement satisfait tout comme leurs adversaires musulmans se déclarent « partiellement déçus ».

Et donc, très logiquement, les deux parties ont fait appel: tout est à recommencer.

Olivier Da Lage

Voir aussi:
Le test de Pune

L’Inde de A à Z

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Le test de Pune

Posted in Inde by odalage on 14 février 2010

Lorsqu’un attentat terroriste a lieu, avant même que sèchent les larmes des survivants, des questions se posent immédiatement : qui, où, quand, comment ?

« Qui » est généralement une question qui trouve sa réponse dans la revendication, si elle est authentifiée. « Comment » permet, en l’absence de revendication, de tenter d’identifier les auteurs de l’attentat. Mais « où » et « quand » sont des questions non moins importantes.

En l’espèce, la bombe qui a explosé samedi 13 au soir à la German Bakery de Pune (Maharashtra) pose des questions dont les réponses sont cruciales pour la paix civile indienne.

Faute de revendication (du moins à ce jour), le modus operandi a immédiatement conduit la police à soupçonner les « moudjahidine indiens », un groupe islamiste clandestin lié au Lashkar-e-taiba, responsable des attentats qui ont endeuillé Jaipur en mai 2008 et Ahmedabad en juillet 2008. Voilà pour le « qui » et pour le « comment ».

Le lieu choisi pour l’attentat de Pune est très significatif : la German Bakery est un petit restaurant favori des routards situé juste en face de l’ashram Osho, qui attire annuellement de très nombreux étrangers venus du monde entier. Proche également de centres universitaires. Autrement, dit, les auteurs étaient pratiquement assurés de faire des victimes étrangères, s’assurant un retentissement mondial. A rapprocher des attentats de Bombay de novembre 2006 qui visaient notamment les hôtels et cafés internationaux.

Il s’agit d’atteindre l’Inde dans son image, celle qu’elle veut donner : une grande puissance émergente, sûre d’elle, accueillante pour les étrangers, étudiants ou hommes d’affaires. Voilà pour le « où ».

Mais tout ceci ne prend pleinement son sens qu’avec le « quand ». Le 25 février, responsables indiens et pakistanais doivent reprendre le dialogue sur la normalisation de leurs relations, un dialogue suspendu par l’Inde après les attentats de Bombay, c’est-à-dire depuis plus d’un an. Un dialogue suspendu après des attentats, un attentat juste avant la reprise du dialogue, voilà qui semble faire sens.

Un timing à rapprocher aussi de la violente polémique qui vient d’entourer les déclarations de la star bollywoodienne Shah Rukh Khan. Propriétaire du club de cricket de Calcutta, Shah Rukh Khan avait déploré que des joueurs pakistanais n’aient pas été conviés au tournoi de cricket indien. Ces déclarations ont suscité de violentes manifestations à Bombay des militants de la Shiv Sena, le parti d’extrême-droite antimusulman fondé par Bal Thackeray. Ce dernier a appelé Shah Rukh Khan à s’excuser, l’accusant de manquer de patriotisme. Dans le même temps, ses nervis, par milliers, ont tenté d’empêcher vendredi 12 la sortie sur les écrans de son dernier film, My name is Khan. De nombreux cinémas, redoutant les violence –et la Shiv Sena a un passé suffisamment crédible en la matière–  ont déprogrammé le film. D’autres l’ont projeté sous protection policière. Quant à Shah Rukh Khan, il a refusé de céder au diktat de Thakeray et de s’excuser, ce qui en fait un être d’exception à Bombay tant on avait pris l’habitude de voir tous les puissants se prosterner devant le roi de Dadar (le quartier de la ville où se trouve le QG de la Shiv Sena).

Après l’attentat de Pune, les autorités ont fait preuve d’une louable prudence, évitant soigneusement de mettre en cause le Pakistan. Il est possible, néanmoins, qu’au fil des jours, la tension monte, obligeant les dirigeants indiens à annuler la rencontre prévue pour donner des gages à une opinion hindoue (80 % de la population) ulcérée de l’impuissance face aux attentats islamistes souvent conçus et préparés de l’autre côté de la frontière.

Mais le vrai risque n’est pas de ce côté : il est dans les risques d’affrontements hindous musulmans comme l’Inde en a tant connus depuis la partition. En 1992-1993, l’affaire d’Ayodhya a suscité affrontements intercommunautaires et attentats terroristes qui ont fait des milliers de morts (principalement musulmans) et durablement tué toute confiance entre les deux communautés. Au lendemain des attentats de Bombay, les nationalistes hindous du BJP et de la Shiv Sena ont bien tenté d’en faire un argument électoral et de s’en prendre à la communauté musulmane, soupçonnée de sympathies pour le Pakistan et les terroristes, mais l’argument n’a pas fonctionné. La paix civile a été maintenue et le BJP a perdu les élections.

Mais le tissu de la société indienne est fragile. La majorité hindoue non politisée est de plus en plus sensible à l’argument selon lequel les autorités se montrent trop compréhensives à l’égard de la minorité musulmane et cherchent à apaiser à tout prix le voisin pakistanais qui n’a pas renoncé à déstabiliser l’Inde. Rien n’indique, à cette heure, que l’attentat de Pune va faire basculer les choses. Mais combien d’attentats l’Inde pourra-t-elle supporter sans que ce fragile équilibre ne se rompe, et que les personnes les plus rationnelles ne balancent à leur tour dans la passion communautaire ?

Olivier Da Lage

Sur les rapports Inde-Pakistan, voir aussi cette vidéo

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L’Inde de A à Z

Posted in Inde by odalage on 24 janvier 2010

Enfin !

Il était annoncé depuis des mois, il est enfin en librairie à partir de ce mercredi 27 janvier. L’Inde de A à Z , que j’ai rédigé avec Nina, inaugure avec Le Mexique de A à Z de Patrice Gouy une nouvelle collection chez André Versaille Editeur.

Dirigée par Bruno Teissier, qui anime aussi Bibliomonde, cette collection se veut le complément du guide de voyage classique en donnant un aperçu de la façon dont vivent les habitants du pays considéré, de la façon dont ils perçoivent tel ou tel sujet, avec un regard qui se veut à la fois intérieur et extérieur.

Chaque livre a un complément, régulièrement actualisé sur un site compagnon, http://www.abc-voyageur.com.

Je ne sais pas si nous avons réussi, mais sans fausse modestie, nous sommes assez contents du résultat.

Maintenant, à vous de juger…

Olivier Da Lage

(voir aussi cette vidéo de présentation)

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L’Inde en position de faiblesse à Copenhague

Posted in Inde by odalage on 30 novembre 2009

Pour le ministre indien de l’environnement, la proposition danoise de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 est une impasse. New Delhi donne donc le sentiment de tenir entre ses mains le sort de la conférence climatique de Copenhague sans se plier aux diktats des grandes puissances occidentales.

(voir aussi cette vidéo)

Dans une Inde en plein développement (la croissance, en rythme annuel, est de 7,9 %) et de plus en plus sûre d’elle-même, cette affirmation d’une politique d’indépendance nationale est sûre de remporter un grand succès dans l’opinion publique indienne où le patriotisme ne s’est jamais aussi bien porté depuis 1947.

Mais on aurait tort d’y voir une position de force. C’est même tout le contraire. Voici seulement quelques semaines, l’Inde et la Chine avaient décidé de coordonner leur position avant la conférence de Copenhague, face aux pressions européennes. C’était d’autant plus facile que les États-Unis ne paraissaient pas pressés de s’engager sur des objectifs chiffrés.

En quelques jours, cependant, tout a changé : Barack Obama annonce sa venue à Copenhague et, d’un même pas, prend des engagements d’autolimitation aux antipodes de la politique de l’administration Bush. Dans la foulée, la Chine change son fusil d’épaule et, à son tour, s’engage sur la voie d’objectifs chiffrés (même s’ils sont modestes).

Du coup, c’est l’Inde qui apparaît désormais comme l’empêcheur de respirer en rond et elle ne s’y était pas du tout préparée. L’Inde a pourtant un bon dossier à faire valoir : même si l’Inde, en tant que pays, est le troisième émetteur mondial de CO2, chaque Indien, individuellement, produit treize fois moins de gaz carbonique qu’un Américain. Le partage du fardeau, principal argument des autorités indiennes, est parfaitement recevable.

Le problème est que les pouvoirs publics ne se préoccupent guère d’environnement. Le développement industriel reste la priorité absolue dans un pays où le tiers de la population (soit quand même près de 400 millions de personnes) vit sous le seuil de pauvreté. Mais les signaux d’alarme se multiplient : fonte inquiétante des glaciers de l’Himalaya, à la source d’une grande partie des approvisionnements en eau du sous-continent ; en vingt ans, l’Inde a perdu 5 % de son ensoleillement ; année après année, les moussons se font plus capricieuses. Enfin, la pollution atmosphérique de vient un problème de santé publique majeur dans les grandes villes où se multiplient les cas de maladies respiratoires.

L’Inde se doit donc de réagir. Pour des raisons internes, à l’évidence, mais aussi du fait de la pression internationale.

Lâchée par la Chine, le gouvernement indien se trouve désormais dans la position peu enviable d’être rendu responsable d’un échec de la conférence de Copenhague, ou de céder aux pressions étrangères ce qui aura des conséquences en cascade en politique intérieure. Reste une troisième possibilité : que l’Inde prenne à son tour une initiative spectaculaire témoignant de sa bonne volonté tout en tenant compte de ses impératifs nationaux. Mais il ne faut pas trop rêver. Ces choses là ne s’improvisent pas et rien n’indique que le gouvernement indien s’y soit préparé.

Olivier Da Lage

Voir aussi : L’Inde de A à Z

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