Le Blog d'Olivier Da Lage

Comment peut-on ne pas être Nordique ?

Posted in Journalisme by odalage on 16 juin 2016

Par Olivier Da Lage

Depuis la relance de la FIJ en 1952, le groupe des syndicats nordiques joue un rôle déterminant. Syndicats puissants et riches, ils ont participé de façon prépondérante à la direction ou à l’orientation de la Fédération jusqu’au congrès de Cadix en 2010. Et en 2013, lors du congrès de Dublin, la seule représentante d’un syndicat nordique au sein du Comité exécutif a été sévèrement battue lors des élections.

Dire que la perte du contrôle de la FIJ a été un traumatisme pour les Nordiques est un euphémisme. Ils se sont rattrapés en conservant celui de la FEJ, la Fédération européenne des journalistes (le groupe européen de la FIJ), mais ce n’est pas la même chose. Certains ont songé – mais pas longtemps – à quitter la FIJ pour se consacrer entièrement à la FEJ mais ce projet n’a pas vécu longtemps. La première mesure de rétorsion après la perte de la majorité à Cadix a été la suspension immédiate de la contribution danoise au Fonds d’entraide de la FIJ, au motif que l’argent n’était pas dépensé. Jusqu’au congrès de Cadix, le trésorier n’était autre que le président du syndicat danois qui devait donc avoir une idée des raisons pour lesquelles cet argent n’était pas employé comme son syndicat le voulait, mais c’est un débat interne à son syndicat, digne de Hamlet. Dépenser ou ne pas dépenser, telle est la question.

Quoi qu’il en soit, l’attitude des syndicats nordiques post-Cadix a été perçue par la majorité comme la bouderie de mauvais perdants ne supportant pas d’avoir perdu le pouvoir au sein de la Fédération et exerçant des représailles avec l’arme qui leur restait : l’argent. Ils s’en sont servi pour créer des scissions au sein de syndicats africains (subventions et salaires confortables à la clé) favorisant ceux qui voteraient « bien » au prochain congrès. La même tendance a pu être discernée en Asie et en Amérique latine.

Mais c’était plus une impression qu’une certitude. Et comment croire que d’authentiques journalistes, authentiques syndicalistes pourraient s’abaisser à de tels comportements. N’était-ce pas de notre part pure médisance et soupçons infondés ?

La réponse à cette interrogation est venue du nouveau président du syndicat des journalistes danois Lars Werge lui-même lors du congrès de la FIJ qui vient de se tenir à Angers. Lars est un homme de grande taille, plutôt raide dans son maintien comme il l’est dans ses propos. Brutal, même. Ou, si l’on veut se montrer indulgent, direct et sincère. Quoi qu’il en soit, Lars Werge, dans ses propos publics comme sur sa page Facebook, ne cache rien de ses impressions, mais il va beaucoup plus loin : il donne de passionnantes informations sur la façon dont les syndicats nordiques de la FIJ conçoivent leur rôle au sein de la Fédération. Et ça décoiffe !

Il commence par revenir sur le cheval de bataille de son syndicat, le Fonds d’entraide. Selon lui, la FIJ manque de transparence. Et quand le secrétaire général de la FIJ Anthony Bellanger lui répond qu’il peut venir s’en expliquer à Copenhague ou que Lars peut venir lui-même à Bruxelles vérifier les chiffres, la réponse ne satisfait visiblement pas le président du syndicat danois. C’est pourquoi se met en place le grand projet des Nordiques : placer l’un des leurs au poste de trésorier en remplacement de l’Allemand Wolfgang Mayer. Lars Werge écrit, au troisième jour du congrès : « Il y a une bonne nouvelle : le Finlandais Juha Rekola est prêt à se présenter au poste de trésorier honoraire. C’est un homme fort qui fera beaucoup mieux que l’Allemand Mayer – et avec le soutien total de l’alliance du Nord, qui a déjà entrepris un travail de lobbying dans les couloirs, je pense qu’il sera élu. La décision interviendra demain. »

Bon, les Nordiques veulent l’un des leurs à la trésorerie. C’est légitime et les manœuvres de couloirs font partie de la vie de tous les congrès. Que nous réserve le lendemain ?

« C’est le congrès le plus paresseux auquel il m’ait été donné d’assister » confie, au quatrième jour, un vétéran de la FIJ à Lars qui peste devant les nombreuses pauses des assemblées plénières, suspendues dans l’attente des rapports des commissions. Pourquoi attendre aussi longtemps dans une journée où l’on doit aller de l’avant et élire le président et le trésorier ? s’énerve Werge. Qui soupire : « c’est malheureusement l’un des nombreux inconvénients quand différents modes de culture sont présents ». Cette remarque est pleine de bon sens et dénote un sens de l’observation particulièrement acéré. Parmi les quelque 300 délégués présents à Angers, les Nordiques sont aussi peu nombreux qu’ils sont homogènes. Il y a par contre plein de Russes, d’Européens du Sud, d’Africains, de latino-américains, d’Asiatiques qui se comportent différemment. Ça fait désordre. En même temps, c’est le principe même d’une fédération internationale… « Nous, les Danois arrivons à l’heure, alors que d’autres délégués (et même les employés du secrétariat) arrivent 10-20-30 minutes après l’heure prévue. Il est d’usage que les séances commencent avec jusqu’à une demi-heure de retard. C’est une sorte d’épreuve. J’ai conscience que deux minutes peuvent avoir une autre signification dans le monde réel », observe néanmoins avec philosophie Lars Werge. Et le monde réel diffère parfois des rêves nordiques, n’est-ce pas, Lars ?

« C’est comme si Dracula se présentait pour diriger la banque du sang »

Parmi les élections à venir, celle qui l’intéresse véritablement est celle sur laquelle il fonde de grands espoirs : le choix du trésorier. Face à son poulain finlandais, Werge s’étrangle en découvrant que le président sortant Jim Boumelha ose se présenter alors que le rapport du trésorier sortant évoquait la veille les difficultés financières de la FIJ. « À mon avis, c’est comme si Dracula se présentait pour diriger la banque du sang », remarque finement Lars Werge. Heureusement, face à ce monstre sanguinaire, son héraut est un adversaire de valeur : « Juha Rekola, calme et fin, avec de nombreuses années d’expérience sur les plans politique et technique. C’est lui que nous soutenons et c’est le jour ».

Mais lorsque le résultat du scrutin est annoncé, il faut déchanter : Boumelha l’emporte par 176 voix contre 153 à Rekola. Werge n’en revient pas que les congressistes aient apporté leur confiance au président sortant, responsable de tous les maux de la Fédération. Il se console en échafaudant l’hypothèse que si 12 délégués avaient inversé leur vote, le résultat eut été tout autre. En effet. Avec des « si », on met Paris en bouteille…

Un accord entre les Nordiques pour prendre la présidence

Mais ça ne se passera pas comme ça. « Avec les autres Nordiques, nous avons un accord en 10 points où figurent nos objectifs et nos attentes et cet accord a été conclu à la fin 2015. Cet accord précise entre autres que le groupe nordique doit présenter un candidat. C’est ce que nous avons fait au niveau européen en sélectionnant Mogens Blicher Bjerregård pour sa réélection à la tête de la FEJ et il a été élu. Le Suédois Jonas Nordling était prêt à concourir mais il a dû annuler sa participation au congrès. Du coup, il est dans la liste des candidats au Comité exécutif, mais le vote n’a pas encore eu lieu. »

« Juha n’a pas été élu comme trésorier, poursuit Werge. Avec le recul, je pense que la prochaine fois, nous devrons être plus pointus dans la préparation. » Et le président danois de se consoler en pensant à tout le travail qu’il pourra accomplir au Danemark dans son syndicat. À en juger par l’instructive lecture de ses commentaires Facebook, il n’y trouvera pas les traits culturels tellement désolants qu’il a si bien dénoncé chez les autres, – ceux qui n’ont pas la bénédiction d’être nés Nordiques – et qui, malheureusement, ne veulent pas comprendre que tant dans leur vote que leur façon de se comporter, ils devraient prendre exemple sur la rigueur nordique.

Comment, oui, comment, le reste du monde peut-il ne pas être Nordique ?

29ème congrès de la FIJ: Angers parachève la mue amorcée à Cadix

Posted in Journalisme by odalage on 14 juin 2016

Par Olivier Da Lage

Pour le 90e anniversaire de la Fédération internationale des journalistes fondée à Paris en 1926, le SNJ avait proposé aux syndicats français de la FIJ d’organiser le congrès en France. Le SNJ-CGT a aussitôt répondu positivement, la CFDT-journalistes, pour des raisons qui lui sont propres, n’a pas souhaité se joindre à l’initiative. Le SNJ suggérait Angers, ville où il avait quelques années auparavant organisé son congrès et région d’origine d’Anthony Bellanger, alors à la tête du SNJ et désormais secrétaire général de la FIJ. Les contacts étaient encore tout chauds et la ville très désireuse de renouveler l’expérience avec la FIJ. Le montage du projet n’a connu aucune difficulté et le déroulement du congrès proprement dit non plus. Son financement était équilibré, ce que les résultats consolidés confirmeront sans aucun doute. Tous les participants ont loué l’organisation parfaite dont le mérite revient collectivement au secrétariat de la FIJ, à la ville d’Angers, mais aussi à tous les militants, notamment ceux du SNJ de la région angevine qui ont assuré un déroulement impeccable.

Une bonne organisation ne garantit pas nécessairement un bon congrès, mais elle y contribue fortement. Cela a été le cas.

Passons sur la première journée, qui a été l’occasion de revenir sur l’histoire de la Fédération et de se projeter dans l’avenir avant de rendre un hommage très émouvant à Camille Lepage, cette jeune photojournaliste angevine de 26 ans assassinée lors d’un reportage en RCA en mai 2014.

Finances : la méfiance des Nordiques

Le congrès proprement dit s’est ouvert sur le rapport du secrétaire général, qui y a associé Beth Costa, qui l’a précédé à ce poste durant la première moitié du terme séparant les deux congrès. Son rapport, remarquablement étayé, a été très bien reçu par les congressistes, à une réserve près : le président du syndicat danois, Lars Werge a exprimé la méfiance de son syndicat envers le fonds d’assistance, auquel les Danois ont cessé de contribuer dès le lendemain du congrès de Cadix (2010). À l’époque, la raison invoquée était que l’argent était thésaurisé et que la FIJ ne déboursait pas assez. Aujourd’hui, il lui est reproché un manque de transparence sur les débours. Lars Werge a laissé entendre que les financements reprendraient lorsque les doutes seraient levés. Ce à quoi Anthony Bellanger a vertement répliqué que son bureau était ouvert et qu’il suffit de demander pour obtenir toutes les réponses. Peut-être était-ce de la part de Werge un geste d’ouverture, mais son comportement, plutôt raide, donnait le sentiment du contraire. Il est vrai qu’à entendre certains Nordiques, comme lui-même, ou le Finlandais Juha Rekola (qui s’est – en vain – présenté au poste de trésorier), on a le sentiment que pour eux, tous les pays se trouvant au sud du Danemark sont composé au mieux d’incapables, au pire d’escrocs, et peut-être les deux simultanément. Manifestement, la confiance n’est pas (encore ?) au rendez-vous.

De même, plusieurs syndicats, notamment les Australiens, exigeaient des explications sur le changement de norme comptable, imposé par la loi belge, qui rendait impossible la comparaison entre les exercices récents et les précédents, et sur les causes du déficit enregistré à Dublin. La commission des finances, qui a entendu les organisateurs (le NUJ du Royaume-Uni et d’Irlande), le secrétaire général Anthony Bellanger, et qui a été informée des conséquences de la démission du secrétaire général adjoint de l’époque, du licenciement de la responsable des finances et de la confusion qui en a résulté, du fait que certaines délégations, comme celle du Nigeria, ont quitté Dublin en laissant de lourdes ardoises dans les hôtels, s’est montrée beaucoup plus compréhensive après ces explications et en a tiré la leçon que cela ne pouvait plus se reproduire. C’est d’ailleurs en tirant ces leçons que l’organisation du congrès d’Angers a été mise sur pied.

C’était le dernier mandat de Jim Boumelha en tant que président. À Dublin (2013), en se présentant, Jim avait indiqué que ce serait son troisième et dernier mandat. Son prédécesseur, l’Australien Chris Warren, avait également accompli trois mandats, soit neuf années de présidence. Mais les conditions de l’élection de Dublin avaient laissé à tous un goût amer car il y avait plus de bulletins que de votants. Pas assez pour remettre en cause l’élection de Boumelha d’ailleurs initialement reconnue par son concurrent malheureux, le Belge Philippe Leruth, mais cela suffisait à jeter un doute d’ensemble sur le congrès.

Certains syndicats ont arrêté de payer leurs cotisations, comme le DJV allemand ou l’AGJP de Belgique, aggravant par là même la crise financière de la FIJ qu’ils étaient les premiers à dénoncer. Mais si le DJV a persisté dans son refus de payer les cotisations et envisage à présent de quitter la FIJ (malgré l’opposition d’une importante minorité au sein de sa direction), l’AGJPB a payé ses arriérés à temps pour permettre à Philippe Leruth de se présenter à nouveau à la présidence. Du reste, à la veille du congrès, il était le seul candidat en lice, plusieurs autres candidats potentiels ayant déclaré forfait les mois (voire les jours) précédents. Finalement, quelques heures seulement avant l’heure limite du dépôt des candidats, le Brésilien Celso Schröder, soutenu par le groupe latino-américain, s’est également présenté.

Philippe Leruth, nouveau président de la FIJ

Mais face à une candidature préparée de longue date (pratiquement trois ans, en fait), son handicap était difficile à surmonter. Son discours de candidature ne l’y a pas aidé, dans la mesure où Schröder s’adressait manifestement davantage à un public de syndicalistes brésiliens qu’aux congressistes de la FIJ, contrairement à Leruth, qui, comme à son habitude, s’est exprimé dans les trois langues officielles de la Fédération (français, anglais et espagnol). Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que Philippe Leruth l’ait emporté, même si c’est avec une marge particulièrement étroite (sept voix, autrement dit seulement quatre votes !).

Son discours de victoire s’est voulu un discours de réconciliation, tirant un trait sur le passé.

Puis venaient les élections aux autres postes du comité administratif (la direction politique opérationnelle de la FIJ, pour faire simple). Le Marocain Younes Mjahed, premier vice-président sortant, se voyait opposer pour la première fois un concurrent en la personne du Zimbabwéen Foster Ndongozi. Younes a été brillamment réélu. Aux postes de vice-présidents ont été élus l’Indienne Sabina Inderjit et l’Allemand de Ver.di Joachim Kreibich. Enfin, au poste de trésorier se présentaient l’ex-président Jim Boumelha et le Finlandais Juha Rekola. Pour Rekola, qui promettait ni plus ni moins que de tout changer à la façon dont la Fédération avait été dirigée jusqu’alors, l’échec est cuisant. À une écrasante majorité, les congressistes lui ont préféré Jim Boumelha qui retrouve ainsi la fonction qu’il avait occupée de 2001 à 2007.

Arrivait enfin l’élection des « conseillers » (les autres membres du Comité exécutif de la FIJ). En ce qui me concernait, après neuf ans (trois mandats) inaugurés à Moscou en 2007, dont trois ans à la vice-présidence, je ne me représentais pas. C’est Dominique Pradalié, par ailleurs secrétaire générale du SNJ, qui a pris la suite et obtenu un score remarquable. Là encore, presque tous les élus sont des proches de Jim Boumelha, ce qui donne à ces élections une saveur particulière. Pour Philippe Leruth, c’est incontestablement une revanche sur le scrutin de Dublin dans lequel il avait perdu face à Boumelha, mais la quasi-totalité de la direction élue est composée de partisans de ce dernier qui partagent avec lui sa conception de la FIJ. Cette situation ne laisse au nouveau président (qui s’est engagé à n’exercer qu’un seul mandat) qu’une seule option, celle de la réconciliation. Par bonheur, c’est ce qu’il a annoncé.

Les syndicats asiatiques s’émancipent de la tutelle de Sydney

Le vote des motions est un rituel souvent convenu mais indispensable de tout congrès. La plupart sont des motions de solidarité qui ne posent aucun problème, à tel point qu’il faut parfois s’y arrêter pour mesurer les drames vécus par nos confrères sous d’autres latitudes. La situation des journalistes yéménites a particulièrement ému les congressistes d’Angers. Quelques motions, cependant, ont polarisé les débats et nulle autre davantage que celle présentée par le NUJ britannique sur la nécessité de placer les ensembles continentaux (appelés « groupes régionaux » dans les statuts) sous le contrôle du Comité exécutif. Ces régions ont en effet vu leur rôle et leurs pouvoirs augmenter continûment depuis plusieurs années, au point que parfois, certaines se comportent comme des mini-FIJ en concurrence avec la Fédération. Comme il était prévisible, les responsables de ces régions étaient pour la plupart vent debout contre cette proposition. Un premier vote à main levée a donné, selon le présidium qui dirigeait les débats, une courte majorité pour rejeter la résolution. Mais une demande de vote par mandat a donné lieu à un second décompte, cette fois nettement favorable à la résolution. Cela a mis en fureur les opposants au texte qui ont demandé que soit mise en œuvre la troisième disposition : le vote par pays : chaque pays est appelé par ordre alphabétique et annonce son vote ainsi que le nombre de voix dont il dispose. Et au cours de ce vote, un phénomène entièrement nouveau est apparu : la quasi-totalité des pays asiatiques ont voté « pour », ce qui représentait un geste de défiance inédit à l’encontre du bureau de Sydney, dirigé depuis de nombreuses années par le couple australien Christopher Warren et son épouse Jacqui Park. Les manœuvres d’intimidation (menace de couper des subventions) qui ont eu lieu entre les deux derniers votes ne sont pas parvenues à inverser le vote des Asiatiques. S’il ne fallait retenir qu’un seul événement dans ce congrès d’Angers, c’est sans hésiter celui-ci que je considérerais comme le plus important, et de loin.

Du reste, le pouvoir de Chris Warren s’étiole même au sein de son syndicat qu’il a dirigé d’une main de fer pendant plus de 25 ans, au point que pour pouvoir participer à ce congrès d’Angers, ayant échoué à se faire désigner par son propre syndicat, il a dû obtenir des Néo-Zélandais d’être leur délégué !

Au final, le congrès d’Angers aura, contre toute attente, été un congrès apaisé, de réconciliation. Mais sans renier pour autant l’œuvre accomplie depuis Cadix. C’est en fait l’aboutissement d’une mue très importante entamée alors visant à rendre aux pays autres que le petit club de riches syndicats du Nord leur mot à dire au sein de la Fédération. Il a fallu six ans pour y parvenir. On y est presque.

Ce compte rendu apparaîtra peut être à certains comme trop politicien. Que fait donc la FIJ lorsqu’elle ne consacre pas toute son énergie à des disputes internes ? Beaucoup, en fait. Grâce à ses syndicats membres, aux bureaux régionaux et au secrétariat désormais dirigé à Bruxelles par Anthony Bellanger, secondé par le Britannique Jeremy Dear. Formation à la sécurité, assistance d’urgence aux journalistes en péril, lobbying auprès des grandes institutions internationales pour défendre les droits des journalistes, etc. Tout ceci se retrouve au quotidien sur le site de la FIJ.

Ce que je viens de dépeindre, en revanche, ne s’y trouvera pas. Et c’est aussi bien comme ça.

Lire également :

Pauco Audije : Congreso mundial de la FIP en Angers : un encuentro positivo
Tim Dawson : World reports : IFJ Congress 2016

Marcus Strom : Two votes decided by the lengthy roll-call process of member nations were the defining political events of the final two days of the International of Federation of Journalists’ World Congress

 

Congrès de la FIJ : la fracture de Dublin

Posted in Journalisme by odalage on 15 juin 2013

Depuis le congrès de Cadix, qui en 2010, avait vu un changement de majorité à la direction de la FIJ, chacun se préparait pour la revanche au congrès suivant qui devait se tenir, trois ans plus tard, à Dublin. Et de fait, c’est bien se qui s’est passé. Élu vice-président en 2010, j’ai pendant trois années participé à la direction de la Fédération au sein du Comité administratif qui rassemble autour du président et du secrétaire général, le premier vice-président, deux autres vice-présidents, et le trésorier. A ce titre, je me suis astreint à un rigoureux devoir de réserve. A Dublin, je n’ai pas souhaité me représenter à la vice-présidence en raison de la charge considérable que représente cette fonction, mais j’ai été réélu au sein du Comité exécutif de 21 membres. Pour autant, n’appartenant plus à la direction opérationnelle de la FIJ, je me considère comme délié de l’obligation de discrétion que je m’étais imposée, d’autant que le congrès de Dublin a donné lieu à un déferlement d’informations souvent contestables, qu’en tout cas je conteste, et voici donc ma part de vérité.

L’après-Cadix avait été assez pénible pour tout le monde. Les perdants faisaient à la nouvelle direction un procès en illégitimité, le secrétaire général Aidan White, en fonction depuis 1987 et qui avait conduit avec succès l’élargissement de la FIJ, notamment après la chute du mur de Berlin et la disparition de l’OIJ basée à Prague, avait vécu comme un désaveu l’élection de la nouvelle direction. En effet, celle-ci comptait bien ne pas se reposer passivement sur l’activisme d’un secrétaire général qui avait fini par s’habituer à être le seul décisionnaire et les premières tensions n’ont pas tardé entre la direction élue et Aidan White. Ce dernier, refusant de se défaire des prérogatives qu’il considérait comme siennes, mais que les statuts réservaient en principe aux responsables élus, prenant acte de l’impasse, a choisi, la mort dans l’âme, de partir dans le cadre d’un accord négocié avec l’utile médiation du syndicat belge des journalistes, l’AGJPB, qui bénéficiait de la confiance des deux parties.

Dans l’intervalle, les perdants de Cadix, une coalition de syndicats scandinaves, nord-américains et australiens, faisaient circuler une pétition dénonçant la nouvelle direction qui interférerait dans l’activité du personnel, brimerait le secrétaire général et romprait avec la tradition bien établie avant Cadix. C’était justement pour rompre avec ces pratiques que la majorité des congressistes avaient fait un autre choix que le leur. Pour la petite histoire, les pétitionnaires qui, à l’arrivée, seront au nombre de douze, commençaient le texte initial par « Nous, les syndicats riches de la FIJ ». Il a fallu qu’un syndicat sollicité leur fasse remarquer à quel point il était choquant et maladroit de commencer ainsi pour que le mot « riches » disparaisse du projet. Mais au fond, c’était bien de cela qu’il s’agissait : une minorité de syndicats, principalement européens et nordiques, dotés de puissants moyens financiers, considérait visiblement qu’elle était en droit, et elle seule, de définir la stratégie de la FIJ. Beaucoup d’autres, notamment en Afrique, en Amérique latine et dans le sud de l’Europe, voyaient les choses différemment. Mais certains de ces syndicats dépendaient aussi des financements de fondations ou de syndicats nordiques pour leurs activités. Et l’on a vu, comme le dit le proverbe anglais, que there is no such thing as a free lunch.

Peu après Cadix, le syndicat danois, dont le président, ancien trésorier de la FIJ, n’avait pas été réélu au Comité exécutif, a interrompu ses versements au fonds de solidarité, dont il était jusqu’alors l’un des plus gros contributeurs, au motif que les adhérents de son syndicat n’avaient plus confiance en la FIJ. Parallèlement, les syndicats qui avaient « mal » voté à Cadix (notamment en Afrique et en Amérique Latine) étaient incités à revoir leur politique s’ils voulaient continuer à recevoir des subsides. De plus, les fondations européennes et certains gouvernements et organisations internationales étaient incités à se méfier de la gestion de la FIJ, considérée comme peu fiable, voire à l’occasion corrompue.

Dire que cette campagne et le chantage financier n’ont eu aucun impact sur l’action de la FIJ serait bien évidemment inexact. Placée sur la défensive, soucieux de conserver l’équilibre financier de la Fédération alors que des ressources importantes menaçaient de se tarir, découvrant la complexité des comptes d’une organisation internationale qui étaient jusqu’alors le domaine réservé de l’ancien secrétaire général qui les maniait avec dextérité, mais aussi avec une certaine opacité, comment nier que l’équipe dirigeante s’est trouvée fortement handicapée dans la mise en œuvre de sa politique ? D’autant que le personnel de la FIJ, qui n’avait dans l’ensemble pas accueilli avec des débordements d’enthousiasme le résultat des élections, vivait dans la crainte entretenue par certains d’interventions « politiques » dans leur travail quotidien et de suppressions d’emplois rendus nécessaires par l’incompétence des nouveaux dirigeants.

Au total, et sans rentrer dans des détails forcément fastidieux qui ne sont pas nécessairement d’un intérêt public, les deux premières années de ce mandat ont été dures, souvent pénibles, marquées par des attaques personnelles, souvent publiques, et une mise en cause a priori de l’intégrité personnelle des dirigeants élus en 2010. Bizarrement, pourtant, les choses se sont spectaculairement calmées à compter de l’automne 2011. Chez les perdants de Cadix, les attaques ont perdu en brutalité. On a commencé à parler de tourner la page, invitant les dirigeants à faire de même et à regarder vers l’avenir. Le climat était donc plus vivable, et de beaucoup. Pour autant, les grandes manœuvres n’avaient rien perdu de leur intensité. Elles étaient juste devenues plus sophistiquées. Et, disons-le tout net, il n’y a rien de scandaleux à préparer une revanche électorale trois ans après une défaite. C’est même ce que l’on appelle la démocratie.

La stratégie de reconquête des perdants de Cadix

N’étant évidemment pas dans la confidence de nos adversaires, nous pouvions cependant discerner les contours de la stratégie qui s’esquissait et qui promettait de tourner autour des thèmes suivants :

– La direction élue à Cadix est sectaire, obsédée par l’ancien secrétaire général qu’elle s’obstine à poursuivre de sa vindicte au lieu de se tourner vers l’avenir.

– Elle inquiète le personnel par son obstination à vouloir se mêler de tout

– Elle menace l’équilibre financier de la Fédération en effrayant les bailleurs de fonds traditionnels

– Elle divise les syndicats membres (effectivement, certains syndicats, notamment en Afrique, ont connu des scissions ou des menaces de scissions. Le fait que les sécessionnistes aient des liens étroits avec les syndicats nordiques et que les thèmes de désaccord portent souvent sur des questions financières n’étant évidemment pas anodin).

– Et par son incompétence, la direction de la FIJ va creuser un profond déficit budgétaire menaçant son activité et faisant peser un risque sur l’emploi du personnel de la FIJ.

Par ailleurs, en adoptant un ton modéré, contrastant fortement avec leur attitude post-Cadix, les promoteurs de cette stratégie visaient à séduire les déçus de l’équipe dirigeante, et il y en avait nécessairement.

Enfin, dans le courant 2012, ils ont fait le choix de présenter à la présidence un candidat qui n’était pas issu de leur rang en sollicitant Philippe Leruth, ancien président de la branche francophone de l’APJB, vice-président de la Fédération européenne des journalistes et à la personnalité plutôt consensuelle, n’étant identifié à aucun des courants qui s’étaient opposés lors du congrès de Cadix mais critique de longue date du président sortant, le Britannique Jim Boumelha.

Bref, à l’approche du congrès de Dublin, les préparatifs s’intensifiaient et la vérité oblige à dire que les perdants de Cadix gagnaient du terrain. Si l’Afrique et l’Amérique Latine ont donné lieu à d’importantes batailles d’influence, le lieu privilégié de l’affrontement était l’Europe. Depuis que trois syndicats germanophones, dans une déclaration publiée à Berne, avaient, en 2011, demandé une clarification sur les finances de la FEJ (que l’ancien secrétaire général Aidan White avait fusionnées avec celles de la FIJ), l’idée d’une autonomie juridique de la FEJ vis-à-vis de la FIJ progressait. En étaient partisans ceux qui (notamment les Nordiques et un syndicat allemand) qui estimaient que les Européens, dont la contribution financière au budget de la FIJ était trop importantes et qui voulaient en reprendre le contrôle au bénéfice principalement des Européens (un peu l’équivalent du « I want my money back » de Maragaret Thatcher) et ceux qui, constant le développement rapide d’entités régionales autonomes au sein de la FIJ en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, voulaient simplement en faire de même en Europe où seul l’histoire expliquait cette fusion, la FIJ étant née sur le sol européen, ayant son siège à Bruxelles et ayant toujours eu une direction effective majoritairement européenne. Il y avait donc une certaine logique à cette démarche. Mais pour certains de ses promoteurs, le projet devait également servir de plateforme de reconquête de la FIJ, quitte, en cas d’échec, à faire de la FEJ juridiquement autonome, la tête de pont d’une organisation rivale en cas de scission. Nous n’en sommes pas encore là, mais…

Lors de l’Assemblée générale de la FEJ, qui s’est tenue mi-mai 2013 à Verviers, le fief du vice-président sortant Philippe Leruth, également candidat à la présidence de la FIJ un mois plus tard, l’emprise des Nordiques et de leurs alliés (notamment le syndicat russe, dont les nombreux adhérents garantissent de nombreux mandats de vote) était écrasante. Face au candidat espagnol Paco Audije, le candidat danois Mogens Blicher Bjerregård l’a emporté sans appel. Le syndicat belge avait conditionné son vote pour Paco à un soutien sans équivoque à la candidature de Philippe à la tête de la FIJ. Devant le refus de cette condition par les partisans de l’Espagnol, les Belges ont soutenu sans surprise le Danois, clarifiant davantage l’axe qui se dessinait déjà depuis plusieurs mois. A noter cette surprenante question posée lors du débat préélectoral à Paco Audije par le trésorier de la FEJ, l’Allemand Andreas Bittner : « Si tu es élu président de la FEJ, ton syndicat aura-t-il les moyens de payer les frais de transports pour exercer ta fonction de président ? » ! Blessé par cette condescendance, Paco Audije fait fait remarquer qu’il y avait quelque ironie, dans le contexte européen que l’on connaissait, à entendre un Allemand poser une telle question à un Espagnol. Mais au fond, cette question, posée au premier degré et très certainement sans arrière-pensée, n’était pas conçue pour être blessante : elle illustrait en revanche parfaitement la conception censitaire d’une partie des syndicats représentés, principalement les Nordiques, les Allemands et les Suisses : pour pouvoir diriger la FIJ ou la FEJ, il faut provenir d’un syndicat doté de puissants moyens financiers. Les autres ont vocation à accompagner, à suivre, mais sûrement pas à diriger.

C’est donc dans ce contexte que s’est ouvert le 4 juin à Dublin le 28ème congrès de la Fédération Internationale des journalistes.

Les organisateurs, le NUJ du Royaume Uni et d’Irlande, avaient mis les petits plats dans les grands. Les travaux se tenaient au Château de Dublin, jadis siège de la domination anglaise sur l’Irlande, ils ont été ouverts par une réception donnée par le président irlandais Michael Higgins qui a gratifié les congressistes de quelques paroles bien senties sur le rôle des journalistes et de la presse. Une impressionnante marche de la liberté a été organisée dans les rues de Dublin en l’honneur des journalistes et travailleurs des médias tués depuis le précédent congrès, sous le regard chaleureux des passants et automobilistes des rues de Dublin… Et les deux premières journées du congrès, compte tenu de tout ce qui a été rappelé précédemment, ont été étonnamment conviviales et consensuelles. C’était trop beau pour durer.

Climat délétère

Avant d’en venir aux événements proprement dit, et au rôle respectif des acteurs du drame, il faut quand même préciser que le congrès a entériné, dans la sérénité et le sérieux, une révision des statuts qui avait demandé deux ans de travaux préparatoires, a voté un grand nombre de résolutions urgentes, concernant notamment la situation de nos confrères turcs et que (après l’éclatement de la crise, objet de ce récit), de nombreuses résolutions d’importance ont été adoptées à une très large majorité, voire à l’unanimité par les délégués.

Mais ne tournons pas au tour du pot, ce qu’ont principalement retenu les délégués en quittant Dublin, c’est le climat délétère qui a entouré l’élection du président de la FIJ.

Première remarque, le résultat de l’élection n’était pas acquis d’avance. Les signaux captés par l’attitude des uns et des autres ne permettait pas de prédire de façon certaine qui, de Leruth ou de Boumelha, serait président à l’issue du congrès. Deuxième remarque, cette élection, en elle-même, était une première car les quatre mandats de l’Australien Chris Warren avaient eu lieu sans que quiconque lui dispute la présidence et à partir de 2007, malgré la pluralité de courants qui traversaient la FIJ, Jim Boumelha s’était présenté sans concurrence aux suffrages des congressistes. Que l’élection du principal dirigeant de la Fédération se joue entre plusieurs candidats et que le résultat du scrutin soit incertain jusqu’à la dernière minute était en soi une excellente nouvelle et un signe d’une vitalité démocratique dont la FIJ avait grand besoin. Et j’aurais aimé pouvoir conclure mon article sur ce constat. Mais les choses ne se passent pas toujours comme on l’espère !

Pour comprendre pleinement la portée de ce qui s’est passé, un retour en arrière s’impose. Lors du congrès de Cadix, les élections avaient donné lieu à un véritable psychodrame. Le secrétariat de la FIJ s’était avéré incapable d’organiser un scrutin digne de ce nom : l’urne était un carton de bouteilles d’eau minéral trouvé dans un supermarché voisin et déchiré de partout. Le dépouillement avait commencé dans une salle hors du regard des congressistes et finalement, à la suite des protestations multiples de ces derniers, l’ « urne » avait solennellement été transportée dans la salle du congrès et le dépouillement s’était finalement déroulé sous les regards de tous, ce que certains (notamment un scrutateur néo-zélandais) a plus tard qualifié de pressions psychologiques et physiques contre lui ! En tout cas, ce fâcheux précédent aurait dû servir de leçon et permettre d’organiser impeccablement un scrutin à Dublin. Il n’en a rien été.

A l’issue du dépouillement du scrutin présidentiel, la commission électorale est venue annoncer au congrès que le président sortant Jim Boumelha avait obtenu 191 voix et que son challenger Philippe Leruth avait recueilli 178. Mais dans la foulée, on apprenait coup sur coup qu’il y avait dans l’urne cinq bulletins de plus que de bulletins distribués, et que les deux candidats avaient validé le résultat donnant la victoire de 13 voix à Jim Boumelha. Et la commission électorale d’interroger le congrès sur un nouveau vote. Par un vote par mandat, dûment comptés, le congrès a décidé de ne pas organiser un nouveau scrutin, une décision acquise avec une claire majorité de 186 contre 139 et deux abstention. Mais le poison commençait déjà à faire son effet. Dans la délégation belge, les regards étaient sombres et les tweets volaient bas. Les Allemands du DJV, les Nordiques et quelques autres grondaient et évoquaient une décision inique, le mot de fraude était entendu. Chez les vainqueurs, le cœur n’y était pas. On voyait bien que les divisions de Cadix, loin d’être refermées par Dublin, ne faisaient que s’exacerber. Au lendemain, ce qui devait arriver arriva : la délégation de l’un des syndicats allemands, le DJV, et l’un des syndicats canadiens annonçaient leur départ du congrès et laissaient entendre que leur présence au sein de la FIJ risquait d’être remise en cause. Quatorze autre syndicats s’associèrent à la déclaration du DJV. Parallèlement, Martine Simonis, secrétaire générale de l’AGJPB, l’une des deux membres de la commission électorale et membre du présidium du congrès, montait à la tribune pour lire une longue déclaration dans laquelle elle dénonçait les événements de la veille et faisait connaître sa démission du présidium. Peu importait que, dans le même temps, certains rappellent qu’une nette majorité s’était prononcée en faveur de la validation des résultats, que l’autre syndicat canadien se soit publiquement exprimé pour dire le contraire de ce qu’avait dit le syndicat ayant claqué la porte. Il restait ce goût de malaise, perceptible et perçu par tous, même si le désaccord sur les causes était total. Entre temps, le candidat malheureux, beaucoup moins flegmatique que lors de l’annonce des résultats, se livrait sur son blog à une virulente critique du vote, de la décision du congrès et de son rival.

S’il se refusait à parler de fraude délibérée, se contentant de désigner Jim Boumelha de « président (irrégulièrement) élu », d’autres n’avaient pas ces pudeurs et dans les travées du congrès, le mot de tricherie était lâché dans diverses langues par les partisans de Philippe Leruth.

A cette date, les raisons pour lesquelles cinq bulletins supplémentaires se sont retrouvés dans l’urne ne sont pas connues. Il y a peut-être, effectivement, eu fraude, mais impossible de le savoir de façon certaine, d’où la prudence exercée (du moins par écrit) par ceux qui dénoncent cette élection. En revanche, la chaîne des événements ayant conduit à ce consternant résultat est parfaitement identifiables. Et comme dans un accident d’avion, la cause n’est pas unique, c’est plutôt une chaîne d’incidents et d’erreurs qui forment une causalité globale.

– En premier lieu, le secrétariat de la FIJ a clairement failli à tirer les leçons de Cadix. Certes, le congrès disposait d’une urne digne de ce nom, contrairement à ce qui s’était passé en 2010. Il est également vrai qu’un membre de l’administration de la FIJ et un scrutateur vérifiaient le nombre de bulletins remis à chaque délégation nationale contre signature apposée sur la liste des mandats. En revanche, un tel contrôle était totalement absent au moment du vote. Personne ne vérifiait ni l’identité du votant, ni le nombre de mandats auquel il avait droit avant de verser son ou ses bulletins dans l’urne.

– Ensuite, la commission électorale s’est comportée de façon inexplicable. Pourquoi n’a-t-elle pas interrompu le comptage des votes dès lors que celui des bulletins démontrait une anomalie significative ? Pourquoi en suite être venu informer le congrès du résultat des votes avant de signaler le nombre excessif de bulletins ? Pourquoi enfin avoir précisé que le résultat était validé par les deux candidats, mais demandé quand même un vote sur un nouveau vote au congrès ?

Le lendemain matin, lors de l’élection des vice-présidents et du trésorier, en dépit de toute l’agitation liée aux péripéties de la veille, la procédure n’avait pas changé : toujours aucun contrôle des mandats devant l’urne. Il a fallu insister – et de quelle façon ! – pour qu’au troisième scrutin (sur les membres ordinaires du Comité exécutif) un contrôle soit exercé également lors du vote.

Même si le mystère demeure sur la cause première du surnombre des bulletins, il est quasiment certain que la mise en place de procédures de contrôle élémentaire et si l’étrange comportement de la commission électorale rappelé ci-dessus n’avait pas eu lieu, bref, si l’on s’était conformé aux procédure standard en vigueur pratiquement partout, l’énorme crise déclenchée par cette suspicion de fraude n’aurait pas eu lieu, car d’une part, le nombre des bulletins dans l’urne aurait correspondu au nombre de ceux distribués, et d’autre part, dans le cas contraire, les bulletins n’auraient pas été dépouillés après le comptage initial, et donc un nouveau vote aurait eu lieu sans que le congrès ait à se prononcer sur la base d’un résultat déjà connu et entériné par les deux candidats ! Les responsabilités premières de ce fiasco se situent bien ici, et nulle part ailleurs.

Il reste que les dernières heures précédant le vote n’ont pas été aussi sereines qu’on aurait pu le souhaiter. Un délégué belge, croyant rendre service à son candidat, a publié un tweet représentant une photo d’un délégué du Vanuatu portant une pancarte annonçant son vote pour Leruth et le tweet comportait le hashtag #ByeByeJim. Immédiatement, piquée au vif, la délégation du NUJ a entamé une campagne sur tweeter en faveur de son poulain, représentant différents délégués annonçant leur soutien à Jim Boumelha. La guerre des tweets battait son plein avec en embuscade l’ancien secrétaire général Aidan White qui, bien qu’absent de Dublin, a cru devoir poster un tweet dénonçant lui aussi la présentation des résultats par la FIJ. De part et d’autre, la paranoïa était à son comble et le fair play apparent des jours précédent avait fait place à des mines butées exprimée une infinie méfiance à l’encontre des partisans de l’autre camp.

Prudemment, après l’annonce des résultats, Jim Boumelha s’est gardé de tout triomphalisme. Mais lorsqu’il a été invité à s’exprimer à la tribune, il a sans aucun doute commis une erreur en ne rendant pas hommage à son adversaire malchanceux, ce qui, en retour, a renforcé l’hostilité des partisans de ce dernier. Nombre d’entre eux ont ainsi préféré sécher la soirée d’adieu organisée dans les locaux très chics de la brasserie Guiness, emblématique de la ville qui nous recevait. Et, qu’ils soient encore à Dublin ou déjà rentrés chez eux, nombre de délégués continuaient de polémiquer par tweet interposés sur les leçons à tirer de Dublin. Ainsi ce délégué suisse qui s’interrogeait sur la disposition de ses adhérents à manifester de la solidarité à l’égard du reste du monde après le vote et qui, peu après s’interrogeait sur la part du budget de la FIJ payée par les 28 % de délégués européens. La réponse implicite était naturellement « beaucoup plus ». Sous-entendu : l’Europe doit récupérer le contrôle de la distribution de l’argent versé par ses membres puisque le reste du monde est ingrat à son égard. Ce qui est doublement injuste puisque sur les cinq membres élus du Comité administratif, trois sont européens : le président (Jim Boumelha, Royaume-Uni), le trésorier (Wolfgang Mayer, Allemagne) et la vice-présidente (Jasmina Popovic, Croatie) et que d’autre part, le principe même du syndicalisme, est à rebours de cette comptabilité d’apothicaire et repose d’abord et avant tout sur la solidarité.

Amertume à tous les étages

Il n’en reste pas moins qu’au lendemain du congrès de Dublin, c’est l’amertume qui domine : l’amertume des perdants, qui s’estiment floués ; celle des gagnants, qui considèrent qu’on leur dénie la légitimité de leur victoire ; celle d’une partie du personnel de la FIJ, qui, bien que tenu à la neutralité, cachait difficilement sa préférence pour le candidat belge et sa déception devant son échec.

A présent que la poussière est retombée, quelle leçon tirer du congrès de Dublin ? La majorité de Cadix a-t-elle volé en éclat ? Sans doute pas. Mais d’une part, elle est moins massive qu’il y a trois ans et d’autre part, les cartes sont assez largement rebattues. C’est peut-être sur ce dernier point qu’il faut faire porter la réflexion, pour éviter un face-à-face mortifère pour la FIJ, ses syndicats, et les journalistes. Le fait est que si l’Afrique et l’Amérique Latine qu’elles étaient divisées, le cœur du problème –et sans doute aussi de sa solution– réside en Europe. D’un côté, les syndicats nordiques et leurs alliés allemands contrôlent sans partage la Fédération européenne des journalistes (FEJ), de l’autre, cette même alliance est minoritaire au sein du comité exécutif de la FIJ et la candidate norvégienne a été battue ce qui fait que pour la première fois depuis des décennies, les Scandinaves sont absents de cette instance où ils s’étaient habitués à peser dans les décisions. On ne saurait sous-estimer le traumatisme que cette exclusion (qui résulte d’un vote que personne ne peut remettre en cause) a provoqué chez les Nordiques qui s’interrogent, entre colère et perplexité. Faut-il se replier sur la FEJ quitter la FIJ et punir ses dirigeants actuels de ne pas s’aligner sur les choix faits à Oslo, Stockholm ou Copenhague ? Ou faut-il trouver les voies et moyens de rétablir un dialogue avec des dirigeants avec lesquels ils n’ont pas d’atomes crochus et qu’ils considèrent largement comme illégitimes ? Pour la direction issue de Dublin, le dilemme, en fait, se pose en termes à peine différents : peut-on ignorer les battus de Dublin au motif que les élections ont parlé ? Doit-on au contraire leur faire une place –mais laquelle, et comment, sans remettre en cause le vote– et comment rebâtir une confiance sérieusement abîmée de part et d’autres ? Une écrasante majorité des deux camps souhaite ne pas couper les ponts, pour une multitude de raisons (bonnes ou moins bonnes). Quant à ceux qui seraient tentés par le départ, beaucoup se demandent à juste titre où cela va-t-il les mener et si l’éclatement du mouvement syndical mondial des journalistes, quels qu’en soient les responsables (et chacun peut avoir son idée là-dessus) est un prix bien trop lourd à payer pour des divisions intestines qui existent dans toute organisation.

Certaines orientations définies dans ce congrès permettent de définir un cap. Il y a eu, lors du débat statutaire, le rejet d’un amendement qui prévoyait d’attribuer des droits de vote proportionnellement au nombre de cotisants. Ce qui paraît relever du simple bon sens aurait, en réalité, abouti à donner à seulement treize syndicats (les plus riches) plus de 50 % des votes au congrès. Cet amendement a été très largement rejeté. L’idée de solidarité n’est donc pas morte, loin de là. En second lieu, au dernier jour du congrès et alors même que les tensions étaient à leur comble suite à la réélection de Jim Boumelha, une motion d’orientation proposée par 11 syndicats, tous hostiles à la direction sortante, a donné lieu à un événement que je considère comme au moins aussi important que la polémique électorale.

Au nom des syndicats français (SNJ, SNJ-CGT et USJ-CFDT), j’ai présenté un amendement remaniant très profondément les orientations du texte initial, qui nous paraissait trop favorable à une vision « corporate » du syndicalisme. Faute de temps, la réécriture de l’amendement ayant eu lieu jusqu’à l’avant-veille du congrès, il n’existait pas de version imprimée et traduite de l’amendement qui a été projeté sur écran dans sa version française, et traduite pendant que je le lisais. J’avais averti que si l’amendement n’était pas accepté, la délégation française serait conduite à appeler à son rejet. A peine avais-je terminé que les Australiens et les danois, principaux auteurs de ce texte, me demandaient de venir les rejoindre dans leurs travées pour expliquer certains passages de l’amendement. En réalité, ce qui les préoccupait principalement était la suppression demandée par les Français et les Britanniques d’un paragraphe qui affirmait qu’« une coopération plus étroites avec les employeurs est nécessaire ». Pour nous, cette pétition de principe, sans autre précision, diluait la stratégie syndicale et niait les oppositions structurelles entre salariés et employeurs, même si, ponctuellement, les intérêts et les points de vue peuvent converger. A ma grande surprise (et quelques minutes plus tard, à celle de tout le congrès », le Danois Mogens Blicher Bjerregård remontait à la tribune pour annoncer que tout l’amendement proposé par la France était accepté par les promoteurs de la motion et que le paragraphe dont nous demandions la suppression serait complété par « pour la défense des droits des journalistes ». Dans ces conditions, j’ai indiqué au congrès que nous soutenions cette motion, et j’ai rendu hommage à l’esprit d’ouverture de ses rédacteurs initiaux.

Peut-être me fais-je des idées, mais comme de nombreux délégués présents ce soir-là, il m’a semblé que la division de la FIJ, très réelle, n’était pas insurmontable et que les objectifs communs pouvaient amener tous les protagonistes, sans se renier, à dépasser leurs préjugés pour travailler ensemble. C’est d’ailleurs ce que l’actualité s’est chargée de nous rappeler lorsque, à peine le congrès terminé, le gouvernement grec a brutalement décidé de fermer l’audiovisuel public au nom des impératifs économiques. La solidarité des journalistes s’est mise en œuvre instantanément, tant au niveau européen qu’international, et FIJ et FEJ ont, d’un commun réflexe, apporté leur soutien aux confrères grecs.

Je veux voir dans ces deux exemples l’illustration de ce qu’il est possible de faire ensemble sans rien abandonner de ses convictions.

Olivier Da Lage

Protection des sources journalistiques : multirécidiviste, la France à nouveau condamnée

Posted in Journalisme by odalage on 30 juin 2012

C’était couru d’avance. Tout le monde savait, dès le premier jour, que la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH)  condamnerait un jour la France pour la violation des sources journalistiques lors de la perquisition des rédactions de l’Équipe et du Point et les saisies effectuées le 13 janvier 2005. Il s’agissait pour les juges d’instruction et les enquêteurs de trouver la source des procès verbaux d’instruction dans l’affaire de dopage de l’équipe Cofidis. Bref, une violation du secret des sources journalistiques de la plus belle eau.

Cela n’a pas empêché le système judiciaire français de blanchir ces magistrats à tous les échelons, cour d’appel et cour de cassation incluses, en refusant d’admettre que l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme (CSDH) avait été violé. L’ensemble des recours en droit interne ayant été épuisés, les journalistes concernés, ainsi que le SNJ et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), se sont pourvus devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

Comme on l’a dit plus haut, le résultat ne faisait aucun doute, la CEDH s’étant déjà prononcée à de nombreuses reprises sur la protection de leurs sources due aux journalistes en vertu de ce fameux article 10 de la CSDH de puis son fameux arrêt Goodwin de mars 1996. Sauf à se déjuger complètement, la Cour ne pouvait que confirmer son abondante jurisprudence. Cependant, les magistrats de Strasbourg ne se contentent pas de copier-coller leurs arrêts précédents. Dans chaque affaire qui lui est soumise, La Cour européenne des droits de l’Homme précise, affine, enrichit et étend sa jurisprudence.

Dans l’affaire Cofidis, les juges de Strasbourg, comme il est de coutume, retrace le parcours judiciaire de l’affaire, mais note également que depuis lors, la loi française est venue renforcer la protection des sources journalistiques par la loi du 4 janvier 2010. Ils rappellent les principes désormais bien établis posés par la Cour dans leurs décisions précédentes, à savoir que :

  • « La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique et les garanties à accorder à la presse revêtent une importance particulière » ;
  • « La protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse. L’absence d’une telle protection pourrait dissuader les sources journalistiques d’aider la presse à informer le public sur des questions d’intérêt général. En conséquence, la presse pourrait être moins à même de jouer son rôle indispensable de « chien de garde », et son aptitude à fournir des informations précises et fiables pourrait s’en trouver amoindrie » ;
  • « si elle ne doit pas franchir certaines limites, tenant notamment à la protection de la réputation et aux droits d’autrui ainsi qu’à la nécessité d’empêcher la divulgation d’informations confidentielles, il lui incombe néanmoins de communiquer, dans le respect de ses devoirs et de ses responsabilités, des informations et idées sur toutes les questions d’intérêt général »
  • « l’importance du rôle des médias dans le domaine de la justice pénale est très largement reconnue » ;

Mais après, ce rappel, elle se penche sur l’affaire proprement dite et l’examine pour déterminer, au regard de l’article 10, si les « ingérences » apportées à leur liberté était « légitime » et « proportionnelle au but recherché ». Et là, les arguments du gouvernement français n’ont pas convaincu les magistrats européens :

  • « La Cour observe d’emblée que le thème des articles publiés, le dopage dans le sport professionnel, en l’occurrence le cyclisme, et donc les problèmes de santé publique en découlant, concernait un débat qui était d’un intérêt public très important. Elle rappelle que l’article 10 § 2 de la Convention ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou des questions d’intérêt général ».
  • « Au moment où les perquisitions et les interceptions téléphoniques litigieuses eurent lieu, il est évident qu’elles avaient pour seul but de révéler la provenance des informations relatées par les requérants dans leurs articles (…) Ces informations tombaient ainsi, à n’en pas douter, dans le domaine de la protection des sources journalistiques. » ;
  • « La Cour souligne que le droit des journalistes de taire leurs sources ne saurait être considéré comme un simple privilège qui leur serait accordé ou retiré en fonction de la licéité ou de l’illicéité des sources, mais un véritable attribut du droit à l’information, à traiter avec la plus grande circonspection. Cela vaut encore plus en l’espèce, où les requérants traitaient d’un problème de santé publique et ne furent finalement pas condamnés ».

Ce dernier point est nouveau et particulièrement important : la protection des sources est un attribut du droit à l’information, certes, à manier avec précaution, mais qui n’a rien à voir avec la nature de la source elle-même. C’est sans doute là la plus belle définition de la notion de source journalistique que l’on doit à la Cour de Strasbourg depuis qu’elle a commencé à se pencher sur la question. Enfin, les magistrats de la CEDH concluent que le gouvernement n’a pas apporté la preuve qu’il y avait en la matière un impératif prépondérant d’intérêt public justifiant les mesures prises, qui, de ce fait, étaient disproportionnées.

On retrouve là une constance de la CEDH : le principe de proportionnalité. De même que les journalistes ne bénéficient pas d’un droit absolu à la protection de leurs sources (il faut qu’ils en usent « avec la plus grande circonspection », uniquement dans les cas pouvant le justifier, comme sur un sujet délicat d’intérêt social impérieux), de façon symétrique, les autorités ne peuvent invoquer la nécessaire « ingérence » dans la liberté du journaliste que si des raisons supérieures valables le justifient. Ce n’était pas le cas en l’espèce, s’agissant d’une affaire dont l’un des magistrats instructeurs français avait reconnu lui-même qu’elle n’était pas prioritaire et la Cour ne pouvait faire autrement que d’en arriver à la conclusion que « que les mesures litigieuses ne représentaient pas des moyens raisonnablement proportionnés à la poursuite des buts légitimes visés compte tenu de l’intérêt de la société démocratique à assurer et à maintenir la liberté de la presse. Il y a donc eu violation de l’article 10 de la Convention. »

Olivier Da Lage

Le Congrès de la FIJ: Les syndicats des pays émergents s’imposent à Cadix

Posted in Journalisme by odalage on 31 mai 2010

Les délégués de plus de 100 pays au congrès de la FIJ

La Fédération internationale des journalistes vient de tenir son congrès triennal à Cadix (Espagne). Les instances dirigeantes ont été profondément renouvelées. Olivier Da Lage a été élu vice-président de la FIJ.

Le Congrès de Cadix aurait dû être celui de la réflexion sur l’avenir de la profession dans un monde en crise. Un document de travail, fruit de la réflexion d’une commission mise en place par la FIJ voici deux ans, et préconisant des pistes d’action était au menu des discussions. Mais faute de temps pour en parler, le Congrès a simplement pris note de ses réflexions.

Car tout au long de ces trois journées, une confusion certaine a marqué le déroulement des travaux. Des tables rondes répétitives sur l’importance respective de l’iPad et de la presse écrite ont absorbé l’essentiel du temps qui aurait dû être consacré aux débats d’orientation. Des changements inopinés et pas toujours expliqués de l’ordre du jour ont ajouté à la désorganisation. Finalement, la seule partie du Congrès à s’être déroulée selon le programme initial a été la venue, le dernier jour, du prince des Asturies, héritier du trône d’Espagne et de sa femme, ancienne journaliste de télévision, qui a évoqué la Constitution de Cadix, qui, votée dans le théâtre des Cortes de San Fernando, près de Cadix, voici près de 200 ans, proclamait déjà la liberté de la presse.

Les nombreux témoignages entendus lors des débats généraux montrent pourtant qu’il reste fort à faire en ce domaine. La secrétaire générale du syndicat des journalistes de Gambie expliquait que, la plupart de ses dirigeants étant en exil, le syndicat était dirigé au moyen de Skype. Le délégué iranien a ému l’assemblée qui lui a réservé une standing ovation. Les interventions des délégués du Sri Lanka, du Soudan, d’Irak et de plusieurs pays d’Amérique centrale n’étaient pas moins poignantes. La vérité est que 200 ans après le vote de la Constitution de Cadix, le journalisme n’a jamais été aussi dangereux pour ceux qui l’exercent. Le Congrès a également assisté à la réconciliation (que l’on espère n’être pas provisoire) entre les deux tendances du syndicat des journalistes tunisiens, grâce à la médiation d’Aidan White, le secrétaire général de la FIJ : « la politique nous divise, le métier nous rapproche », a dit l’un de ses membres. Rendez-vous au congrès de l’unité en décembre prochain, à moins que d’ici là, le régime tunisien fasse dérailler le processus…

L’« affaire Paco »

Mais la vérité est que le moment le plus important du Congrès, qui n’était pas à l’ordre du jour, a été l’« affaire Paco ». Aidan White contestait la nomination de son ancien adjoint, Paco Audije, comme délégué du syndicat espagnol. Le différend n’ayant pu être réglé à l’amiable, le congrès a été appelé à se prononcer par un vote en plénière, donnant une écrasante victoire à la position des syndicats espagnols. Ce vote annonçait une dynamique différente pour l’élection des membres du Comité exécutif : montée en puissance des groupes africain et latino-américain. En deux ans, on a assisté la création de la Fédération africaine des journalistes qui s’est imposée comme un acteur majeur sur la scène africaine, et avec laquelle les anciens dirigeants de la FIJ doivent désormais compter. De même, une nouvelle génération de leaders latino-américains a fait son apparition à Cadix et elle ne se sent pas liée par les pratiques anciennes de la fédération. Enfin, nombre de délégués asiatiques ont pour la première fois témoigné de leur indépendance à l’égard du bureau Asie-Pacifique, dirigé de Sydney par le syndicat australien.

Tout ceci s’est reflété dans l’élection du comité directeur. En dépit d’une invraisemblable confusion (l’urne était un carton à bouteilles, il a fallu batailler pour que le dépouillement soit public, etc.), la tendance est extrêmement nette et la composition du nouveau Comité exécutif reflète la réalité de la nouvelle FIJ : forte présence des Africains et des Latino-Américains et perte de vitesse des Scandinaves et des Australiens (le candidat australien, ancien président de la FIJ, a été repêché au Comité exécutif par une disposition qui prévoit que l’Océanie compte au moins un membre).

Les divisions constatées durant le congrès devront désormais faire place au travail collectif. Il faudra panser les plaies, mais il n’y a pas de temps à perdre. D’ores et déjà, les statuts de la FIJ ayant montré leurs limites devront être profondément remaniés. Une commission va être constituée pour y travailler et proposer de nouveaux statuts qui, s’ils sont adoptés à l’ouverture du prochain congrès, seront d’application immédiate.

Ce qui est certain, c’est qu’il faudra prendre le temps d’analyser froidement tout ce qui n’a pas fonctionné à Cadix pour éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent lors du prochain congrès.

Olivier Da Lage

Voir aussi:
Effective coalitions require unity, not unification

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Membres du Comité administratif :

Jim Boumelha, président, NUJ (Royaume-Uni et Irlande)
Younes Mjahed, premier vice-président, SNPM, Maroc
Gustavo Granero, vice-président, FATPREN, Argentine
Olivier Da Lage, vice-président, SNJ, France
Wolfgang Mayer, Trésorier, DJU, Verdi, Allemagne

Aidan White, Jim Boumelha, Younes Mjahed, Wolfgang Mayer, Olivier Da Lage

Les autres membres du Comité exécutif sont :

Zuliana Lainez Otero, Perou, ANP
Khady Cisse, Sénégal, SYNPICS
Moaid Allami, Syndicat des journalistes irakiens
Franco Siddi, Italie
Foster Dongozi, Zimbabwe-UJ
Sabina Inderjit, Inde, IJU
Omar Faruk Omar Osman, Somalie, NUSOJ
Celso Augusto Schröder, Brésil-FENAJ
Paco Audije, Espagne, FSC-CCOO
Jasmina Popovic, Croatie, CTU
Abdelnasser Najjar, Palestine-PJS
Eva Stabell, Syndicat des journalistes de Norvège
Gustave Azebaze, Cameroun, SNJC
Thomas Carpenter, États-Unis, AFTRA
Chia Chang Yu, Taiwan-ATJ
Christopher Warren, Australie-MA

Suppléants :

Asie :
Suhair Jaradat, Jordanie, JPA
Dharmendra Jha, Népal, FNJ

Afrique :
Alexandre Niyungeko, Burundi, UBJ
Brice Houssou, Bénin, UPMB

Amérique latine :
Olivo de Leon, République dominicaine, SNTP
Emeli Pineda, Salvador, SINPRESS 88

Europe :
Nadezda Azhgikhina, Russie, RUJ
Arne König, Sweden, SJ

Océanie :

Louise Connor, Australie, MEAA
Gina McColl, Australia, MEAA

Amérique du Nord :
Bernard Lunzer, États-Unis, TNG-CWA

Suppléants non régionaux :

Mario Guastoni , France, SNJ
Danny Zaken, Israel, NFIJ

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Vous dire la vérité

Posted in Journalisme by odalage on 18 mai 2010

La semaine prochaine, à l’occasion du congrès de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) qui se tient à Cadix, en Espagne, Aidan White, le secrétaire général de la FIJ rendra public la version française de son livre Vous dire la vérité, initiative pour un journalisme éthique.

Vous dire la vérité, d'Aidan White, Victoires-Editions, 22 €

Ce livre, paru chez Victoires Editions, s’inscrit dans la campagne de la FIJ pour remettre la déontologie au coeur du journalisme, mais il serait injuste de le réduire à un outil de propagande, aussi justifié soit-il. Aidan White a puisé à la fois dans son expérience à la tête d’une organisation qui fédère près de 600 000 journalistes dans le monde entier et sur les témoignages qui sont remontés du terrain à travers, justement, les syndicats qui composent la fédération.

Souvent, les livres sur l’éthique journalistique limitent le sujet à un problème de conscience individuelle du journaliste. Les dérapages observés trouveraient leur solution dans la création d’une instance de régulation sous le contrôle du public. Vous dire la vérité n’évite pas le sujet. Oui, il y a des dérapages journalistiques causés par des journalistes peu scrupuleux ou paresseux, quelquefois les deux. Et dans de nombreux pays, des conseils de presse existent et ont pour mission de pointer ces dérapages, à défaut de les sanctionner.

Mais la vérité est que même là où cela existe, ces institutions ne parviennent pas à enrayer ces dérives. C’est notamment le cas du Royaume Uni, souvent cité dans le livre. Mais cela se constate partout. Car les causes des travers dans lesquels tombent souvent les médias sont aussi à rechercher dans la pression économique que représente la volonté de nombreux éditeurs de réduire les coûts pour maximiser les profits, ou pour réduire leurs pertes. Deux objectifs légitimes en soi, mais qui se poursuivent souvent au détriment de la qualité de l’information.

Le public n’est pas dupe, d’où la baisse des ventes des journaux et l’éclosion des blogueurs « journalistes-citoyens ». Aidan White s’interroge longuement sur le rôle et le statut de ces journalistes amateurs, dont le travail est parfois d’une qualité égale voir supérieure à celle des professionnels. Il appelle la communauté des journalistes à ne pas les rejeter, mais il renvoie les directions des médias à leurs responsabilités. C’est à des professionnels d’encadrer le traitement de l’information qu’ils diffusent et le recours aux amateurs ne doit pas avoir pour objet/effet de diminuer le recours aux professionnels.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, qui aborde aussi la responsabilité sociale des médias, notamment dans les sujets touchant à l’immigration ou aux religions. Il n’est pas question de faire du politiquement correct, mais les journalistes ne doivent pas non plus tomber dans le chauvinisme ou l’intolérance: leurs écrits et leurs dires peuvent faire beaucoup de mal.

C’est le même thème qu’aborde Nick Davies dans Flat Earth News, an Award-winning reporter Exposes Falsehood, Distortion and Propaganda in the Global Media (Chatto & Windus, 2008). Nick Davis a trente années d’expérience dans le journalisme et s’interroge sur la maladie de cette profession qui fait que des professionnels (dans l’ensemble) parfaitement honnêtes peuvent individuellement et collectivement écrire et répéter des âneries et des mensonges et recommencer alors même que la fausseté des reportages a été exposée et démontrée.

Toujours plus, et plus vite

Honnêtes, les journalistes ? Certainement pas tous. Davies, qui ne s’est pas fait que des amis en publiant ce livre, donne de nombreux exemples argumentés de journalistes paresseux, malhonnêtes intellectuellement, voire franchement faussaires. Mais il explique aussi, cas à l’appui, comment la sophistication des cabinets de relations publiques, alliés à la paresse des rédactions et à la pression des directions pour publier toujours plus et plus vite amène des médias à authentifier de leur nom et de la signature de leurs journalistes de simples opérations de communication. Comment la réduction inéluctable des budgets rédactionnels oblige les journalistes pour tenir leurs délais à se passer des plus élémentaires vérifications.

Les exemples, le plus souvent, sont puisés dans la presse britannique et parfois américaine. Mais en dehors de cas d’école proprement britanniques (les chapitres consacrés au Sunday Times et au Daily Mail sont proprement stupéfiants), les mécanismes qu’il décrit illustrent parfaitement la dérive de la presse française (et en fait, mondiale). Que dire, sinon qu’en refermant le livre, il est difficile de regarder son journal favori comme avant !

Mais pour les journalistes que nous sommes, difficile aussi d’abdiquer et de prendre acte de ces dérives sans réagir. Et c’est là que Vous dire la vérité, d’Aidan White, apporte un utile complément. Il ne s’agit pas seulement de faire le constat. Il faut y apporter une réponse. Remettre la déontologie au cœur de l’activité professionnelle des journalistes, pour lui redonner la légitimité qu’elle est en train de perdre auprès du public.

Olivier Da Lage

Voir aussi :

Déontologie des médias : vraies questions, fausses bonnes idées

Effective coalitions require unity, not unification

Posted in Journalisme by odalage on 3 février 2010

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) tiendra son prochain congrès en mai à Cadix (Espagne). Un débat stratégique capital pour l’avenir du journalisme et du syndicalisme est en cours. Certains syndicats, face à la crise, envisagent de fondre les syndicats de journalistes dans un ensemble plus vaste englobant tous les salariés des médias et de l’industrie du divertissement. Je suis d’un avis exactement contraire. Voici ma contribution à la préparation de ce congrès, que l’on peut aussi trouver sur le blog de la FIJ.

The severe crisis medias worldwide are currently going through is hitting journalists hard and we are yet to take the measure of its full extent.

This crisis is all the more severe that it is not just an economic or a financial crisis. It is also and foremost a confidence crisis whereby the public at large does no longer feel represented by the media. As a result, journalists who used to consider themselves as the vanguard of the citizens now have to win day after day the public’s trust and hence their legitimacy.

A crisis is not necessarily all that bad for unions and unionists. A small degree of crisis can provide the unions for an increased mobilisation of workers and strengthen support by workers who rally behind unionists to pressure employers into giving in to their demands.

However, when a crisis is as deep as the one we are experiencing theses days, it is altogether a very different game. While newspapers are closing, or at the very least, downsizing their staff, journalists and non-journalists alike are left with one single priority: save their individual job. To persuade them that the best way to achieve this aim is to join the union is by no means an easy sell. Not surprisingly, many amongst our unions are losing members and therefore financial resources, which puts their very existence at risk.

As I said earlier, there is no discrimination in this crisis: all media workers are feeling the blow, whether they are journalists or not. To confront this twin crisis (media and unions), the response appears to be obvious: let’s put aside our specificity as journalists and unite with other media workers in one single media and entertainment union in order to gain strength. Some of the IFJ members have already taken this path and others are in the process of following suit, as it seems the most sensible and logical solution.

Or is it?

I beg to differ.

There is no doubt that journalists need to confront this crisis shoulder to shoulder with other media workers. There is no room there for petty quarrels between unions. But to merge the journalists’ unions into a wider media union is not necessarily the answer. There is a very serious risk of diluting our specific demands, especially with regard to ethics. While being fully aware that my position is going to come as controversial and shocking to many, let me make my point, based on the experience of my union, SNJ (Syndicat national des journalistes) founded in 1918 as a journalists only union, and which is affiliated to no confederation. Moreover, SNJ does not employ one single union activist: all members, from the rank and file to the general secretary, are full time working journalists (or, sadly for some, temporarily jobless journalists). It does raise organisational problems. But the truth is that it brought about an efficiency that we would not attain otherwise: short of time, short of money, our members and leadership are left with no alternative: every effort has to pay off.

Thus, efficiency is not an aim: it is a necessity. Our leaders know the cost of being a unionist while working for an employer. Some have been sacked; many have been sidelined and marginalised by their editors and publishers. None has ever experience the gap that tends to exist after a while between the ordinary member and the leaders, because they share a common experience, with just additional trust. And last, but not least, it is a tremendous bonus in term of credibility, both vis-à-vis the employers and the government while negotiating with them, since our delegates know what they are talking about, not because they have been told by colleagues, not from past experience, but because they live it. And ethics and accountability towards the public is at the core of our preoccupations ever since SNJ published its ethical code in 1918, which is still the reference for French professional journalists.

As mentioned above, SNJ is a journalists only union, which does not belong to a confederation. But we value the need for coalition with other workers, NGO and consumers associations. We are very active in these coalitions and respected for what we are: fully legitimate in representing journalists, we respect them for what each of these organisations represent. The condition for a working coalition is that several organisations unite with a common aim that has been agreed upon. It is not the merger of all these organisations, which can and must, each of them, pursue separate goals on other issues.

The alternative to a working coalition is not just merger, it is dilution.

Olivier Da Lage
Member of the IFJ Executive Committee

Lire aussi :
Le dernier journaliste

Au Guardian, l’intégration des équipes rédactionnelles

Posted in Journalisme by odalage on 14 novembre 2009

En marge de la réunion du Comité exécutif de la FIJ à Londres, j’ai pu visiter la rédaction du Guardian en compagnie des autres membres du Comité exécutif. Présentation effectuée par Chris Elliott, managing editor du journal sous la vigilante attention de Jeremy Dear, le secrétaire général de la NUJ (National Union of Journalists).

Du Manchester Guardian, l’ancêtre du journal d’aujourd’hui, il ne reste plus grand chose si ce n’est une plaque de bois à son nom, « volée » par l’ancien rédacteur en chef lors du déménagement à Londres de la rédaction (dans les années 60 et 70, service par service) et qui orne aujourd’hui le bureau de son successeur. Ou l’encadrement en bois massif des portes des anciens locaux de Manchester et bizarrement enchâssés dans un mur de plâtre, comme un hommage à l’héritage de ce journal régional, devenu l’un des principaux acteurs globaux de la presse en ligne anglophone.

Car pour Chris Elliott, le web, et plus généralement le multimédia, est la principale source de revenus permettant de conserver l’activité traditionnelle d’un journal imprimé -et le Guardian continue d’être un acteur majeur dans le paysage de la presse écrite britannique. « Quand je prends le train le matin pour venir travailler et le soir pour rentrer chez moi, les gens ne lisent plus les journaux ou les livres: ils manipulent un engin numérique, que ce soit un baladeur, un téléphone ou un ordinateur portable. Nous ne pouvons tout simplement pas être absents de ce marché », dit Elliott.

Le 11-Septembre en a fourni l’occasion. La frilosité et l’engagement patriotique dont ont fait preuve les grands journaux de qualité, tels que le New York Times et le Washington Post ont ouvert un boulevard à ceux qui, comme le Guardian, offraient une perspective ne s’alignant pas sur le discours officiel. Le site du journal, qui se définit comme « the leading liberal voice », a, pratiquement du jour au lendemain, attiré des millions d’internautes américains en quête de vérité -ils sont aujourd’hui dix millions de visiteurs uniques rien qu’aux États-Unis, et par conséquent, une importante source de recettes publicitaires.

Mais pour ce faire, le Guardian a voulu regrouper toutes ses forces par une double intégration: celle des équipes web et des journalistes de l’écrit, mais aussi celle des journalistes du quotidien de la semaine (le Guardian) et celle des journalistes de l’hebdomadaire (The Observer). Vu l’ancienneté du journal et de nombre de ses journalistes, ça n’allait pas de soi. La direction a choisi l’approche graduelle. De même que la rédaction a mis pratiquement deux décennies pour déménager par petits groupes de Manchester à Londres, la direction a négocié deux années durant avec les syndicats l’organisation spatiale et fonctionnelle des rédactions avant de déménager il y a un an dans leur nouvel immeuble derrière la gare de Saint Pancras. Un immeuble qui d’ailleurs n’appartient pas à GNM, la société éditrice qui n’en est que le locataire.

Guardian

La rédaction du Guardian, à l’heure du bouclage
(photo Olivier Da Lage)

Deux ans de négociation, cela peut paraître bien long, mais de l’avis de tous, c’était la recette indispensable pour effectuer en douceur une transition qui assure l’avenir du journal. Quelques chiffres pour fixer les idées: le journal (en fait Guardian + Observer + multimédia) emploie 1 500 salariés (du moins avant la mise en œuvre du plan social qui doit aboutir à une centaine de suppressions d’emploi), dont 800 journalistes parmi lesquels 600 appartiennent au syndicat national des journalistes NUJ. Cette forte syndicalisation, à l’évidence, aide une direction qui se veut « libérale » (au sens anglo-saxon du terme) à faire preuve de souplesse.

D’où cette organisation spatiale qui intègre effectivement presque toutes les équipes, sachant que 75 journalistes sont encore dédiés à l’Observer, et que le niveau d’intégration dépend des services. Les bureaux, tous équipés de Mac à écrans de 21 pouces sont flambants neufs (tout comme les fauteuils, en matériau recyclable dont beaucoup ont encore l’étiquette du fabricant. Et surtout, des espaces de détente protégés par des paravents sont implantés partout dans la rédaction, permettant de s’isoler (relativement) au sein de l’Open Space. Bref, un rêve ergonomique pour beaucoup de journalistes.

A cela s’ajoute la présence de sept studios de radio et de télévision. Tous les correspondants à l’étranger, et une bonne partie de ceux du siège, ont reçu une formation à l’audiovisuel et les correspondants sont tous équipés d’enregistreurs Edirol.

L’implication du personnel (et pas seulement journalistique) dans la politique éditoriale est également une particularité du Guardian qui contribue à son succès. A 10 heures, tous les jours, se tient une conférence critique à laquelle chacun peut participer et poser les questions qui lui tiennent à cœur: « Avait-on besoin, pour illustrer la canicule en Espagne, de publier la photos de trois jeunes femmes en bikini bronzant sur la plage ? »; ou encore : « Comment se fait-il que sur tel sujet, les photos publiées n’ont montré que des hommes de couleur ? ».

Évidemment, chaque médaille a son revers. Le plan social évoqué plus haut en fait partie. Les relations sociales ne sont pas aussi apaisées que ce suggère ce qui précède. Les panneaux syndicaux sont couverts d’affichettes dénonçant les augmentations de salaire que se sont octroyées les dirigeants du groupe qui ne cessent d’invoquer la crise pour imposer des restrictions budgétaires et un gel des salaires: « Question: dans quelle entreprise les membres du conseil d’administration se versent des bonus et licencient nombre de journalistes tout en imposant un gel des salaires et délocalisent les emplois ? Réponse: la vôtre. » affichette du NUJ.

A la différence des autres journaux britanniques, le Guardian n’est pas la propriété d’actionnaires privés mais est dirigé par un « trust » (fondation), ce qui limite les excès qui vont de pair avec l’actionnariat privé au sens classique (voir le groupe Murdoch).

L’intégration est en marche, elle n’est pas achevée. La direction du Guardian résiste énergiquement aux exigences syndicales de verser une rémunération complémentaire en contrepartie des activités multisupports. Un terrain d’expérimentation qui vaut d’être suivi, en tout cas.

Olivier Da Lage

Voir aussi :
La presse saisie par l’Internet, « Communication & Langages », septembre 2001
L’Internet, métamédia,
« Revue internationale et stratégique », n° 56, hiver 2004-2005

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