Le Blog d'Olivier Da Lage

Le Congrès de la FIJ: Les syndicats des pays émergents s’imposent à Cadix

Posted in Journalisme by odalage on 31 mai 2010

Les délégués de plus de 100 pays au congrès de la FIJ

La Fédération internationale des journalistes vient de tenir son congrès triennal à Cadix (Espagne). Les instances dirigeantes ont été profondément renouvelées. Olivier Da Lage a été élu vice-président de la FIJ.

Le Congrès de Cadix aurait dû être celui de la réflexion sur l’avenir de la profession dans un monde en crise. Un document de travail, fruit de la réflexion d’une commission mise en place par la FIJ voici deux ans, et préconisant des pistes d’action était au menu des discussions. Mais faute de temps pour en parler, le Congrès a simplement pris note de ses réflexions.

Car tout au long de ces trois journées, une confusion certaine a marqué le déroulement des travaux. Des tables rondes répétitives sur l’importance respective de l’iPad et de la presse écrite ont absorbé l’essentiel du temps qui aurait dû être consacré aux débats d’orientation. Des changements inopinés et pas toujours expliqués de l’ordre du jour ont ajouté à la désorganisation. Finalement, la seule partie du Congrès à s’être déroulée selon le programme initial a été la venue, le dernier jour, du prince des Asturies, héritier du trône d’Espagne et de sa femme, ancienne journaliste de télévision, qui a évoqué la Constitution de Cadix, qui, votée dans le théâtre des Cortes de San Fernando, près de Cadix, voici près de 200 ans, proclamait déjà la liberté de la presse.

Les nombreux témoignages entendus lors des débats généraux montrent pourtant qu’il reste fort à faire en ce domaine. La secrétaire générale du syndicat des journalistes de Gambie expliquait que, la plupart de ses dirigeants étant en exil, le syndicat était dirigé au moyen de Skype. Le délégué iranien a ému l’assemblée qui lui a réservé une standing ovation. Les interventions des délégués du Sri Lanka, du Soudan, d’Irak et de plusieurs pays d’Amérique centrale n’étaient pas moins poignantes. La vérité est que 200 ans après le vote de la Constitution de Cadix, le journalisme n’a jamais été aussi dangereux pour ceux qui l’exercent. Le Congrès a également assisté à la réconciliation (que l’on espère n’être pas provisoire) entre les deux tendances du syndicat des journalistes tunisiens, grâce à la médiation d’Aidan White, le secrétaire général de la FIJ : « la politique nous divise, le métier nous rapproche », a dit l’un de ses membres. Rendez-vous au congrès de l’unité en décembre prochain, à moins que d’ici là, le régime tunisien fasse dérailler le processus…

L’« affaire Paco »

Mais la vérité est que le moment le plus important du Congrès, qui n’était pas à l’ordre du jour, a été l’« affaire Paco ». Aidan White contestait la nomination de son ancien adjoint, Paco Audije, comme délégué du syndicat espagnol. Le différend n’ayant pu être réglé à l’amiable, le congrès a été appelé à se prononcer par un vote en plénière, donnant une écrasante victoire à la position des syndicats espagnols. Ce vote annonçait une dynamique différente pour l’élection des membres du Comité exécutif : montée en puissance des groupes africain et latino-américain. En deux ans, on a assisté la création de la Fédération africaine des journalistes qui s’est imposée comme un acteur majeur sur la scène africaine, et avec laquelle les anciens dirigeants de la FIJ doivent désormais compter. De même, une nouvelle génération de leaders latino-américains a fait son apparition à Cadix et elle ne se sent pas liée par les pratiques anciennes de la fédération. Enfin, nombre de délégués asiatiques ont pour la première fois témoigné de leur indépendance à l’égard du bureau Asie-Pacifique, dirigé de Sydney par le syndicat australien.

Tout ceci s’est reflété dans l’élection du comité directeur. En dépit d’une invraisemblable confusion (l’urne était un carton à bouteilles, il a fallu batailler pour que le dépouillement soit public, etc.), la tendance est extrêmement nette et la composition du nouveau Comité exécutif reflète la réalité de la nouvelle FIJ : forte présence des Africains et des Latino-Américains et perte de vitesse des Scandinaves et des Australiens (le candidat australien, ancien président de la FIJ, a été repêché au Comité exécutif par une disposition qui prévoit que l’Océanie compte au moins un membre).

Les divisions constatées durant le congrès devront désormais faire place au travail collectif. Il faudra panser les plaies, mais il n’y a pas de temps à perdre. D’ores et déjà, les statuts de la FIJ ayant montré leurs limites devront être profondément remaniés. Une commission va être constituée pour y travailler et proposer de nouveaux statuts qui, s’ils sont adoptés à l’ouverture du prochain congrès, seront d’application immédiate.

Ce qui est certain, c’est qu’il faudra prendre le temps d’analyser froidement tout ce qui n’a pas fonctionné à Cadix pour éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent lors du prochain congrès.

Olivier Da Lage

Voir aussi:
Effective coalitions require unity, not unification

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Membres du Comité administratif :

Jim Boumelha, président, NUJ (Royaume-Uni et Irlande)
Younes Mjahed, premier vice-président, SNPM, Maroc
Gustavo Granero, vice-président, FATPREN, Argentine
Olivier Da Lage, vice-président, SNJ, France
Wolfgang Mayer, Trésorier, DJU, Verdi, Allemagne

Aidan White, Jim Boumelha, Younes Mjahed, Wolfgang Mayer, Olivier Da Lage

Les autres membres du Comité exécutif sont :

Zuliana Lainez Otero, Perou, ANP
Khady Cisse, Sénégal, SYNPICS
Moaid Allami, Syndicat des journalistes irakiens
Franco Siddi, Italie
Foster Dongozi, Zimbabwe-UJ
Sabina Inderjit, Inde, IJU
Omar Faruk Omar Osman, Somalie, NUSOJ
Celso Augusto Schröder, Brésil-FENAJ
Paco Audije, Espagne, FSC-CCOO
Jasmina Popovic, Croatie, CTU
Abdelnasser Najjar, Palestine-PJS
Eva Stabell, Syndicat des journalistes de Norvège
Gustave Azebaze, Cameroun, SNJC
Thomas Carpenter, États-Unis, AFTRA
Chia Chang Yu, Taiwan-ATJ
Christopher Warren, Australie-MA

Suppléants :

Asie :
Suhair Jaradat, Jordanie, JPA
Dharmendra Jha, Népal, FNJ

Afrique :
Alexandre Niyungeko, Burundi, UBJ
Brice Houssou, Bénin, UPMB

Amérique latine :
Olivo de Leon, République dominicaine, SNTP
Emeli Pineda, Salvador, SINPRESS 88

Europe :
Nadezda Azhgikhina, Russie, RUJ
Arne König, Sweden, SJ

Océanie :

Louise Connor, Australie, MEAA
Gina McColl, Australia, MEAA

Amérique du Nord :
Bernard Lunzer, États-Unis, TNG-CWA

Suppléants non régionaux :

Mario Guastoni , France, SNJ
Danny Zaken, Israel, NFIJ

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