Le Blog d'Olivier Da Lage

Bahreïn : des « élections » pour rien

Posted in Moyen-Orient by odalage on 18 novembre 2014

Samedi 22 novembre, le royaume organise des élections législatives, les premières depuis le retrait du parlement en mai 2011 des députés d’opposition pour protester contre la répression de la contestation. Ces élections auraient dû avoir valeur de test des rapports de force entre le pouvoir et l’opposition chiite. Tel ne sera pas le cas.

Le gouvernement fait grand cas des élections législatives qui se tiennent dans l’archipel ce 22 novembre. Les ambassades du royaume et les entreprises de relations publiques bénéficiaires de contrats en or font de leur mieux pour convaincre médias et gouvernements occidentaux de l’importance de ce scrutin qui donnera la parole au peuple du Bahreïn pour renouveler un parlement élu en 2010. Voire.

Car, ainsi que l’observe Justin Gengler, auteur d’un blog qui fait référence, le découpage des quarante circonscriptions électorales fait que les candidats émanant de la majorité chiite de la population (environ les deux tiers des habitants du Bahreïn) n’ont aucune chance d’emporter la majorité au majlis. C’était d’ailleurs déjà le cas en 2010, à tel point que le Wifaq, le parti chiite que dirige cheikh Ali Salman, n’avait alors présenté ses candidats que dans 18 circonscriptions, abandonnant les 22 autres aux partisans du gouvernement.

La répression contre le Printemps de Manama, marquée en mars 2011, par l’invasion des chars soviétiques saoudiens a conduit les députés du Wifaq à démissionner en bloc du parlement. A l’approche du scrutin de novembre 2014, ce mouvement –les partis ne sont pas autorisés en tant que tels– s’est posé la question de sa participation, car, envers et contre tout, le Wifaq a tenté de maintenir chaque fois que c’était possible un contact avec les autorités, par l’entremise du seul interlocuteur du régime prêt à saisir cette main, à savoir le prince héritier Salman. Mais à chaque fois, la faction dure de la famille royale, majoritaire, y mettait le holà tandis que les condamnations à de lourdes peines pleuvaient sur les opposants les plus modérés. C’est ainsi que Nabeel Rajab, le directeur du Centre bahreïnien pour les droits de l’homme, a acquis une notoriété internationale en passant trois ans en prison pour un simple tweet critiquant le régime.

C’est dans ces conditions que début octobre, le Wifaq a annoncé son intention de boycotter ces élections. En représailles, le gouvernement de Manama a décidé deux semaines plus tard, mardi 28 octobre, de suspendre ce mouvement pour une période de trois mois, tout en maintenant la date d’un scrutin désormais officiellement vidé de tout enjeu par les protagonistes de la crise politique bahreïnienne.

Dans l’intervalle, le gouvernement, de mauvais gré, a accepté sous pression de Washington, de rejoindre la coalition formée contre l’État islamique, tout en faisant l’impasse sur le fait que certains soutiens bahreïniens de cette organisation sont, par antichiisme viscéral, proches des sunnites ultras qui constituent le cœur du régime. Mais il semble que pour les autorités de Manama, la priorité reste la répression contre l’opposition qui demande l’institution d’une monarchie constitutionnelle plutôt que le démantèlement des filières jihadistes sunnites qui alimentent l’EI.

En attendant, le samedi 22, le gouvernement du Bahreïn invitera le monde à s’extasier devant cet exercice démocratique qui consistera à convier aux urnes la minorité de ses sujets qui soutiennent le régime. L’hommage du vice à la vertu.

Olivier Da Lage

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Bahreïn : dissensions chez les Al Khalifa ?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 20 février 2011

Qui décide véritablement à Bahreïn ? L’alternance de déclarations conciliantes et de répression brutale est-elle le reflet d’une indécision des dirigeants du royaume, ou l’indice que les principaux membres de la famille régnante s’opposent sur la conduite à tenir ?

La réponse à cette question tient de la kremlinologie. Les intéressés mis à part, personne ne peut avec certitude répondre à cette question. Il n’empêche que de nombreux indices suggèrent un affrontement entre deux lignes au sommet de l’État.   Le roi cheikh Hamad et le prince héritier, cheikh Salman prôneraient, dans une certaine mesure, le dialogue politique avec l’opposition, tandis que le premier ministre, cheikh Khalifa, ainsi que d’autres membres de la famille, incarneraient la ligne dure pour laquelle aucun compromis n’est possible avec une opposition qui, au fond, sous couvert de revendications démocratiques, ne chercherait qu’à abattre le régime et ses dirigeants.

Un retour en arrière s’impose. Depuis l’indépendance, Bahreïn était dirigé par une troïka. L’émir, cheikh Issa, petit personnage débonnaire et apprécié des expatriés occidentaux à qui il ouvrait sa plage privée le vendredi, ne s’intéressait guère à l’exercice du pouvoir et n’était pas réputé pour sa finesse politique. En pleine crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran en 1980, il avait confié à la consule de France qu’à la place du président Carter, il bombarderait l’Iran. Son aspect avenant ne devait pas faire illusion : cheikh Issa n’avait aucune indulgence pour l’opposition chiite et laissait la bride sur le cou à l’appareil répressif organisé et dirigé par des officiers britanniques. Pour la politique, il fallait voir son frère, le premier ministre.

Cheikh Khalifa, chef du gouvernement depuis l’indépendance (1971) a quant à lui la passion de l’État et des affaires. Et il mélange souvent les deux, au grand dam des hommes d’affaires évincés des marchés les plus lucratifs au profit des sociétés que contrôle son homme lige, le Palestino-bahreïnien Jamil Wafa. Sur le plan politique, cheikh Khalifa est partisan d’une ligne dure contre l’Iran, et d’une alliance étroite avec l’Irak de Saddam Hussein et l’Arabie Saoudite. Khalifa exerce un étroit contrôle sur les forces de sécurité et l’appareil répressif, mais pas sur l’armée.

L’armée est la prérogative de cheikh Hamad, le prince héritier, commandant en chef des forces de défense de Bahreïn (BDF en anglais).

Si les photos des trois dirigeants sont accrochés dans tous les bureaux, privés et publics, l’image d’unité que donne cette trinité est trompeuse : de vifs désaccords opposent le prince héritier à son oncle, et c’est l’un des secrets les moins bien gardés de Manama. Les enjeux de cette mésentente sont inconnus, mais leur opposition alimente la chronique dans les dîners en ville et la rumeur inquiète le ministère de l’information, qui met en garde journalistes locaux et étrangers contre ces « mensonges ». L’émir passe pour être d’accord avec son fils mais ne pas vouloir ni oser s’opposer à son frère.

A la mort de cheikh Issa, en mars 1999, cheikh Hamad devient le nouvel émir. Il conserve son oncle à la tête du gouvernement, mais on ne tarde pas à constater que le navire a changé de capitaine : le nouvel émir décrète une amnistie, fait rentrer les exilés, autorise les mouvements politiques, fait approuver par référendum une charte nationale, promulgue une nouvelle constitution et organise des élections parlementaires. Le système est très imparfait, d’un point de vue démocratique, mais le progrès en matière de libertés et de droits de l’Homme est indiscutable. Depuis deux ou trois ans, cependant, la fermeture de l’espace politique, le retour de la répression et des arrestations dénotait soit une conversion du roi aux idées répressives de son oncle, soit une influence croissante de celui-ci, soit les deux à la fois.

C’est pourquoi, même si la brutalité avec laquelle les manifestations du 14 février ont été réprimées a pu surprendre, la répression elle-même était, si l’on ose dire, dans l’ordre des choses. En revanche, l’intervention télévisée du roi, le lendemain, dans laquelle il déplorait les morts, offrait ses condoléances aux familles des victimes et annonçait la formation d’une commission d’enquête, était troublante. Encore plus troublante fut la violence avec laquelle les forces de l’ordre ont attaqué le 17 février à l’aube les manifestants qui dormaient sur le rond-point de la Perle, devenu l’équivalent bahreïnien de la place Tahrir du Caire, avant de tirer  à balle réelle sur la foule, alors même qu’elle évacuait la place.

Enfin, la nouvelle intervention du roi, le 19 février, appelant au dialogue avec l’opposition et confiant ce dialogue à son fils, suivi de l’ordre donné par ce dernier à l’armée, puis à la police de se retirer de la place de la Perle, autorisant les manifestants à y demeurer autant qu’ils le veulent, n’a fait qu’ajouter à la confusion.

Entretemps, il est vrai, le président Obama a eu longuement cheikh Hamad au téléphone, et, au vu des déclarations publiques du président américain et de sa secrétaire d’État Hillary Clinton, on imagine que le langage tenu  a dû être ferme et sans ambiguïté.

Celui que l’on entend jamais, en revanche, c’est le premier ministre. Cheikh Khalifa agit, il ne parle pas. Pourtant, même si les États-Unis lui ont un peu forcé la main, il est possible que cheikh Hamad ait trouvé son salut dans les pressions américaines.

Si cette hypothèse se vérifiait (et à ce stade, ce n’est qu’une hypothèse), cela renforcerait la position du roi et du prince héritier face au premier ministre et à ceux qui, autour de lui, ne cessent de prôner l’intransigeance face aux revendications de l’opposition, quelles qu’elles soient. C’est très certainement l’une des raisons pour laquelle cheikh Ali Salman, le jeune et brillant leader d’Al Wefaq, le principal mouvement d’opposition, s’est bien gardé de rejeter la main tendue et l’offre de dialogue du souverain, même s’il assortit de conditions son acceptation. On peut également voir un signe favorable dans le fait que les pays voisins, même l’Arabie saoudite, parlent aussi désormais de dialogue, alors que nul n’ignore que Ryad a poussé le régime bahreïnien à mater sans faiblesse les manifestants.

Si l’on a entendu certains de ces derniers criaient « à mort les Al Khalifa », d’autres scandaient « ni sunnites, ni chiites, seulement Bahreïniens ». Tous demandent en revanche la démission du gouvernement et le renvoi du Premier ministre.

Ce que cheikh Hamad n’a pas réussi à faire en 1999 –la mise à l’écart de son oncle– va peut être pouvoir se faire avec l’aide des opposants et des Américains. Mais s’il est âgé et impopulaire, cheikh Khalifa est aussi un redoutable animal politique et n’a peut-être pas dit son dernier mot. S’il donne aux forces de sécurité l’ordre de réprimer à nouveau les manifestants, il aura administré la preuve que le roi et le prince héritier ne contrôlent pas l’appareil d’État. Et la crise bahreïnienne s’enfoncerait dans une spirale dont nul ne peut prédire l’issue.

Olivier Da Lage

Lire aussi :

Bahreïn: l’excuse iranienne ne fonctionne plus

Coopération régionale et obsession de la sécurité

Golfe : le Jeu des six familles, (en collaboration avec Gérard Grzybek) Autrement, 1985. Télécharger au format pdf (16,6 Mo)

Interview sur Radio-Orient (21 févier 2011)

Débat sur France 24 : Arabie: peur sur le royaume (première partie et deuxième partie)

interview sur Radio-Orient (3 mars 2011)

Interview sur le site de TV5 (9 mars 2011)

Bahreïn : l’excuse iranienne ne fonctionne plus

Posted in Moyen-Orient by odalage on 19 février 2011

Depuis 1979 et l’avènement de la République islamique, les dirigeants bahreïniens ont recouru sans modération et avec un succès jamais démenti à l’argument suivant, destiné aux responsables occidentaux : « les émeutes qui secouent notre pays sont fomentés à Téhéran et la prétendue opposition chiite est en réalité une cinquième colonne iranienne qui menace les intérêts occidentaux ».

Des troubles agitant la communauté chiite de Bahreïn, il y en a effectivement eu à répétition :

  • Automne 1979 (Achoura)
  • Avril 1980 (après la pendaison de l’ayatollah Baqr Sadr en Irak)
  • 1994-1999 « intifada chiite »

A chaque fois, Américains et Européens ont accepté sans réticence les explications de la famille Al Khalifa. Parfois sans conviction, parfois persuadés d’avance (après tout, Américains et Français, notamment, avaient leurs propres problèmes avec l’Iran de Khomeiny et les chiites libanais). L’important étant qu’au nom des impératifs géostratégiques, les intérêts de l’Occidents ne soient pas mis en péril par les complots iraniens. Et tant pis, si au passage, emprisonnements arbitraires, tortures et bannissements étaient le prix à payer : on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs.

La situation des chiites de l’émirat n’était pas complètement ignorée, mais était davantage considérée comme un inconvénient pour les conséquences qu’elle pouvait avoir en terme de stabilité du pouvoir que pour elle-même. Au début des années 80, un ambassadeur de France en poste à Manama parlait dans toutes ses dépêches sur la situation politique d’une « petite majorité chiite et d’une forte minorité sunnite ». On ne pourrait mieux exprimer le déni de réalité qui s’était emparé des chancelleries au nom de la Realpolitik.

A la vérité, au début des années 80, certains opposants chiites à la dynastie au pouvoir se tournaient effectivement vers l’Iran et il est parfaitement exact qu’en décembre 1981, un complot visant à renverser le roi organisé par le Front islamique de libération de Bahreïn (FILB), téléguidé de Téhéran, a été déjoué d’extrême justesse (et réprimé sans faiblesse, ni considération pour les droits de l’Homme, pourrait-on ajouter).

C’était sans doute moins vrai en avril 1980 car la réaction à l’exécution de Baqr Sadr était communautaire et instinctive au moins autant que politique. Ça ne l’était plus du tout en 1994-1999 lorsque les revendications portées par les insurgés étaient de nature strictement sociales et politiques, même si le mouvement avait une indiscutable coloration communautaire chiite comme c’est le cas aujourd’hui. Mais le prétexte de la menace iranienne a encore fonctionné auprès des alliés occidentaux de l’émirat.

Alors pourquoi ne pas continuer, d’autant que la menace nucléaire iranienne est au cœur des préoccupations des États-Unis et de l’Iran ? Cela justifie bien de fermer les yeux sur une répression sans doute brutale, mais indispensable à la survie du régime et par conséquent bénéfique aux intérêts de l’Occident. C’est très certainement ce que se sont dit les responsables bahreïniens, c’est-à-dire le noyau dur de la famille Al Khalifa qui truste les quatre cinquième des portefeuilles gouvernementaux et tous les postes régaliens (Défense, Intérieur, Affaires étrangères).

Mais cette fois, ça ne fonctionne pas. D’emblée, les États-Unis ont mis en garde Bahreïn contre l’usage excessif de la force. Et lorsque la violence policière a déferlé, laissant plusieurs cadavres sur le sol, y compris, semble-t-il, au moins un cas d’exécution extrajudiciaire de sang-froid, la secrétaire d’État Hillary Clinton et le président Obama en personne ont mis les points sur les « i ». Obama, le président du pays le plus puissant du monde, a pris son téléphone pour appeler longuement cheikh Hamad ben Issa Al Khalifa, le roi de Bahreïn, l’un des plus petits États de la planète, pour le sommer d’entendre les revendications de son peuple. Pourtant, s’étaient dit les Al Khalifa, la Ve flotte étant basés à Bahreïn, les Américains comprendront bien que leur intérêt est de soutenir le régime.

Mauvais calcul : Bahreïn a davantage besoin des Américains que les américains de Bahreïn. Et les États-Unis disposent d’une ceinture de bases militaires qui, de l’Ouzbekistan et de l’Afghanistan aux Émirats en passant par  l’Irak, le Koweït et le Qatar, sans parler des facilités accordées par la Jordanie et d’autres, leur donne une confiance suffisante pour ne pas se laisser impressionner par le bluff des Al Khalifa.

De plus, les services américains savent pertinemment que l’Iran n’a rien, mais strictement rien à voir avec les revendications des jeunes et de la population de Bahreïn dans les événements actuels. Il n’ont même pas besoin de déployer le moindre agent de la CIA pour voir que les manifestants pacifiques et désarmés ont été brutalement attaqués en plein sommeil, sans aucune provocation de leur part. Nul slogan antiaméricain n’a été proféré et aucun drapeau américain brûlé.

Sous George W. Bush, les États-Unis se sont engagés à propager la démocratie dans le monde arabe après l’invasion de l’Irak. Les dirigeants locaux ont fait mine d’accompagner le mouvement, se promettant bien de revenir sur leurs engagements à la première occasion.

L’ironie de l’Histoire est que c’est à Obama qu’il revient de mettre en œuvre la promesse de son prédécesseur.

Olivier Da Lage

Lire aussi:

A Bahreïn, le feu couvait sous la cendre

Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes

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Bahreïn: des élections, et après ?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 24 octobre 2010

Pour la troisième fois depuis 2002, les électeurs (et électrices) du petit royaume de Bahreïn se sont rendus aux urnes pour élire les membres du Conseil consultatif. Malgré le succès de l’opposition, (Al Wifaq, le mouvement d’Ali Salmane, a obtenu 18 sièges en ayant présenté 18 candidats !), significatif en raison d’une participation élevée (67 %), il ne faut pas s’attendre à un changement significatif dans le composition du gouvernement et pour plusieurs raisons :

  • C’est un conseil consultatif, comme son nom l’indique, pas une assemblée délibérative ; Il y a une autre assemblée dont tous les membres sont nommés par le souverain qui, par ailleurs, se réserve le pouvoir de modifier seul la constitution (c’est ce que prévoir l’actuelle constitution elle-même !) ;
  • Le découpage électoral rend pratiquement impossible une majorité absolue de l’opposition chiite ;
  • L’un des partis chiites, Al Haq, a été interdit avant le scrutin et le principal mouvement d’opposition, Al Wifaq, qui détenait 17 siège dans l’ancienne assemblée, ne présentait que 18 candidats pour 40 sièges ;
  • Le premier ministre, cheikh Khalifah ben Salmane Al Khalifah, l’a déclaré de la façon la plus claire : à Bahreïn, il n’y a pas d’opposition, tous les habitants sont fils de la même nation. Circulez, il n’y a rien à voir et rien à espérer. Il sait de quoi il parle, oncle de l’actuel roi et inamovible chef du gouvernement depuis l’indépendance, il est l’inspirateur de la politique répressive antichiite qui a marqué l’essentiel de ces 39 dernières années.
  • Ces élections se sont tenues dans la foulée d’une vague d’arrestations et à quelque jours du procès de 23 militants accusés de sédition.

Cela dit, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles dans ce qui vient de se passer. D’abord, il y a eu vote et, même si l’on peut contester le caractère entièrement transparent et équitable du scrutin, c’est quand même beaucoup mieux que l’absence d’élections qui a marqué la période 1975-2002. En effet, les candidats ont pu s’exprimer et ont parfois vigoureusement critiqué le gouvernement et la famille royale (c’est en partie la même chose) sous les yeux des citoyens et de la presse internationale. Il n’y a encore pas si longtemps, on allait en prison ou l’on était banni pour beaucoup moins que cela.

La société civile de Bahreïn est extrêmement vivace et ce depuis longtemps puisque cela remonte aux années 30 du siècle dernier. Elle l’est restée malgré des décennies de répression et connaît un renouveau avec le timide dégel qui a accompagné le « printemps de Manama » au début des années 2000. A présent que le pouvoir se referme, c’est la société civile, plus encore que les associations politiques, qui garantira que le processus de démocratisation amorcé voici dix ans ne s’interrompe pas.

Olivier Da Lage

Voir aussi :
Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes (Le Monde Diplomatique, mars 1995)
L’émir qui voulait être roi (RFI, 13 février 2001)
Mon intervention sur France 24 (22 octobre 2010)

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