Le Blog d'Olivier Da Lage

Koweït : Les rentiers du pétrole (Sciences et vie économie magazine n°60, avril 1990)

Koweït
Les rentiers du pétrole

Par Olivier Da Lage

Contrairement aux autres pays de l’Opep, le Koweït a refusé de dépenser ses recettes pétrolières. Depuis 25 ans, cet émirat place sagement -et discrètement- l’essentiel de son épargne à l’étranger.

Lorsque les Britanniques accordent en 1961 son indépendance au Koweït, l’émirat produit déjà du pétrole en abondance, même si le boom des années 70 est encore à venir et que toutes les réserves n’ont pas encore été découvertes. Beaucoup reste à faire pour moderniser le pays, ce qui représente d’énormes dépenses. Mais d’emblée, Cheikh Jaber Al Ahmed Al Sabah, le ministre des Finances du Koweït a choisi. Son pays sera fourmi, et non cigale: les revenus des hydrocarbures seront massivement placés à l’étranger afin de garantir l’économie du pays contre les aléas du marché pétrolier et préparer l’après-pétrole.

Aujourd’hui, l’ancien ministre des Finances est devenu émir. Jamais, cependant, le choix arrêté lors de l’indépendance n’a été remis en question. Même l’afflux soudain de pétrodollars à partir de 1974 n’a pas réussi à ébranler la conviction des dirigeants koweïtiens que la préparation de l’avenir primait sur tout autre considération. le Fonds de réserve générale de l’émirat, destiné à faire face aux besoins de trésorerie, a été complété en 1976 par un second, plus original, Le Fonds de réserve pour les générations futures. Ce dernier est alimenté chaque année par 10 % des recettes pétrolières. Pour l’heure, cet argent fructifie et n’est pas entamé. Le Fonds pour les générations futures est une tirelire, non un porte-monnaie. Ses statuts prévoient en effet qu’il doit rester intact jusqu’en l’an 2000. Ce qui n’interdit pas, bien au contraire, de placer judicieusement les sommes ainsi gelées. Le montant exact des réserves koweïtiennes est estimé à quelque 95 milliards de dollars. La récompense est là: depuis plusieurs années (1986, semble-t-il) les revenus des placements à l’étranger dépassent les recettes pétrolières, avec un rendement net annuel variant selon les années de 4 à 7 %, soit une somme oscillant entre 6 et 7 milliards de dollars au cours des dernières années. Un résultat à mettre au crédit de plusieurs institutions financières koweïtiennes.

Au début des années 60, le jeune Etat crée la Kuwait Investment Company (KIC) et la Kuwait Foreign Trading, Contracting and Investment Company (KFTCIC), majoritairement contrôlées par le gouvernement. Elles sont rejointes dans les années qui suivent par une institution privée, la Kuwait International Investment Company (KIIC). Au lendemain du premier choc pétrolier de 1974, les  » Trois K « , comme on les appelle familièrement, sont devenues des investisseurs de premier plan sur la scène internationale. En 1984, le dispositif a été quelque peu remanié. C’est désormais la Kuwait Investment Authority (KIA) qui est chargée de définir la politique d’investissement du pays à partir du ministère koweïtien des Finances et qui gère les deux fonds de réserve. Mais l’instrument de cette politique, le Kuwait Investment Office (KIO), opère à Londres même, au cœur de la City. Dans la discrétion, mais efficacement, une quarantaine de financiers s’affairent dans un immeuble, à deux pas de la cathédrale Saint-Paul.

Le  » feuilleton BP « 

C’est là que s’est joué tout au long de l’année 1988 le feuilleton BP. Il vaut la peine que l’on s’y arrête un instant car cette affaire illustre de façon exemplaire la politique d’investissements du Koweït. En octobre 1987, le gouvernement britannique décide de privatiser 31,5 % du capital de la compagnie pétrolière. On est alors en plein krach boursier et les acheteurs ne se précipitent pas. L’opération menace d’être un échec pour Mme Thatcher. Mais le KIO est là, qui ramasse par paquets successifs les actions BP boudées par le public, sauvant ainsi cette privatisation du désastre. Au fil des mois, cependant, on constate que l’appétit du KIO semble insatiable. Novembre 1987: 5 % des parts de BP sont détenues par le Koweït. Un mois plus tard, le cap des 10 % est franchi. A la fin décembre, la KIO contrôle déjà 18 % du capital. A Londres, une sourde inquiétude commence à poindre dans les milieux politiques. L’ancienne colonie, membre fondateur de l’OPEP de surcroît,, ne chercherait-elle pas à prendre une revanche sur son ancien protecteur ? La situation ne manquerait pas de sel: l’émirat à la pointe du boycott pétrolier contre les compagnies pétrolières occidentales en 1974 devenant quinze ans après le principal actionnaire privé de l’un des majors ! En février 1988, Sir Peter Walkers, le président de BP, demande à son  » vieil ami « , Cheikh Ali Khalifa, ministre koweïtien du Pétrole, mais aussi membre du conseil d’administration de la KIA, d’arrêter d’acheter des actions de la firme pétrolière. Ali Khalifa refuse tout net. Il se contente d’assurer que le Koweït considère ces achats comme un investissement à long terme et ne s’ingérerait pas dans la gestion de BP.

En mars, le KIO passe la barre des 20 %, défiant ouvertement le gouvernement britannique. La réglementation de la City sur les OPA permet en effet au KIO d’acheter jusqu’à 29,9 % des parts de BP avant d’être obligé de lancer une offre publique d’achat. Le KIO s’obstine à refuser de s’engager à ne plus acheter d’actions, et à ne pas vendre celles qu’il détient déjà à une compagnie rivale.  » Nous suivons les lois du marché , objectent les Koweïtiens. Si le gouvernement britannique souhaitait imposer des restrictions, il aurait dû le faire lors de la privatisation. On ne change pas les règles du jeu en cours de partie « . Néanmoins, le KIO répète qu’il ne cherche pas un siège au conseil d’administration de BP. Lorsque la participation du Koweït au capital de BP atteint 21,6 %, la boulimie du KIO paraît se calmer. Pourtant, les Koweïtiens sont allés trop loin. Prise entre son libéralisme économique et ses sentiments nationalistes, Mme Thatcher n’hésite pas longtemps. La souveraineté d’abord. Le gouvernement britannique demande à la Commission des monopoles l’ouverture d’une enquête. L’émirat, qui a déjà racheté l’autre compagnie pétrolière d’Outre-Manche Britoil, a des intérêts dans l’extraction du pétrole de la Mer du Nord. Pour une partie importante de l’opinion en Grande-Bretagne, l’indépendance est en jeu. D’autant que la Kuwait Petroleum Corporation (KPC) a créé dans plusieurs pays d’Europe -y compris le Royaume-Uni- une chaîne de stations-services sous la marque Q-8. Prononcé à l’anglaise, cela sonne comme le nom de l’émirat. Les Koweïtiens sont partout ! A travers la Kuwait Petroleum Company (KPC), créée en 1980, Cheikh Ali Khalifa a en effet entrepris depuis plusieurs années une politique hardie d’intégration verticale de l’industrie pétrolière de l’émirat, rachetant à travers l’Europe et les États-Unis des sociétés pétrolières de prospection, de raffinage et de distribution. Difficile, dans ces conditions, de ne voir qu’un simple placement financier dans l’achat massif d’actions British Petroleum par le KIO .

La conclusion de la commission tombe en octobre 1988. Sèche et sans appel: le KIO doit ramener sa participation de 21,6 % à 9,9 %. Le Koweït conteste la décision mais rien n’y fait. Il obtient seulement un délai pour éviter une vente massive qui entraînerait un effondrement des cours de l’action BP. Au bout du compte, la revente en janvier 1989 de la moitié de ses parts laisse au KIO une plus-value de 700 millions de dollars… et une vive amertume.  » Nous continuerons à saisir les opportunités là où elles se présenteront, comme nous l’avons fait lors de la privatisation de BP « , avertit Cheikh Ali Khalifa.

La politique suivie depuis près de cinq ans en Espagne par le KIO démontre qu’il ne s’agit pas, de la part du ministre koweïtien du Pétrole, de propos de circonstances.

La conquête de l’Espagne

Chassés du royaume de Grenade en 1492, les Arabes -tout au moins les Koweïtiens- sont rentrés un beau jour de 1984 par la grande porte, celle de la Bourse de Madrid. Pour caricaturale qu’elle soit, cette façon de présenter les chose n’est pas loin de correspondre au sentiment des Espagnols depuis qu’ils voient le KIO racheter des pans entiers de leur industrie chimique ou de leur secteur bancaire. Tout commence dans la discrétion, comme à l’habitude des financiers koweïtiens, par une prise de participation dans une chaîne hôtelière. En 1986, le KIO passe à la vitesse supérieure et rachète le quart du capital de Torras Hostench, une papèterie catalane au bord de la faillite. Peu après, avec la bénédiction des autorités, le KIO contrôle 37 % des parts de Torras qui procède en juin 1988 à une énorme augmentation de capital: 440 millions de dollars. Les Espagnols ne tardent pas à comprendre la soudaine passion des Koweïtiens pour l’industrie papetière: ainsi regonflée, Torras part à l’assaut du premier groupe chimique espagnol, Explosivos Rio Tinto (ERT). La papèterie s’est muée en holding. A travers son cheval de Troie espagnol, le KIO contrôle bientôt 15 % d’ERT et poursuit dans sa foulée en prenant une participation dans le numéro 2 de la chimie espagnole, la société Cros. L’objectif affiché est de fusionner les deux premiers groupes chimiques d’Espagne pour en faire l’un des principaux pôles de l’industrie chimique européenne, notamment dans le domaine des engrais.

En octobre 1987, en plein krach boursier, le KIO, ne se laisse pas démonter et continue d’acheter à tout va, profitant de la chute des cours. A tel point qu’en une seule séance, il lui arrive d’assurer à lui seul 90 % du marché. Sans s’accorder de répit, le KIO s’intéresse à présent au secteur bancaire, qui, en Espagne, régente le secteur industriel aux côtés de l’État. Toujours à travers Torras, il acquiert des participations dans la banque de Biscaye et le Banco Central, entre autres. Jusque là, tout allait bien. Le gouvernement de Madrid, tout à son objectif de rendre l’économie espagnole compétitive dans la perspective du grand marché unique de 1993, encourageait ces investissements koweïtiens. Les milieux bancaires espagnols, en revanche, réagissent vivement à la voracité du KIO qui ne cache plus son appétit. Pour répondre aux inquiétudes des milieux financiers, le gouvernement publie un décret soumettant les participations étrangères à publication puis autorisation lorsqu’elles atteignent respectivement les seuils de 5 et 15 %.

Les tentatives de prise de contrôle du Banco Central, la plus grande banque du pays, par le KIO et ses partenaires espagnols tournent au désastre: l’entreprise aboutit à la rupture entre associés sans que ces derniers soient parvenus à réaliser leur objectif. Au printemps 1989, le KIO se retire du secteur bancaire espagnol. Mais c’est pour mieux contrôler Torras. Fin 1989, le KIO lance une OPA -la plus coûteuse que l’Espagne ait jamais connue- pour acquérir les 37,5 % du capital du groupe qui ne sont pas encore possédés par lui ou ses alliés espagnols. L’OPA est un succès: début février 1990, le KIO contrôle 72,9 % de Torras. Il devrait se traduire par un retrait du titre Grupo Torras de la Bourse de Madrid où il était jusqu’à présent l’une des valeurs vedettes. Cela devrait permettre aux stratèges du KIO de retrouver enfin leur discrétion coutumière et de poursuivre leurs objectifs sans se trouver sous les feux de l’actualité.

 » Les gens du KIO sont avant tout des financiers. Ils aiment la discrétion et redoutent les campagnes de presse , explique un banquier français qui les connait bien. Je m’explique mal les maladresses commises à Londres et à Madrid. Peut-être faut-il y voir des raisons de politique intérieure koweïtienne: il existe une tension entre le ministre du Pétrole, Cheikh Ali Khalifa, très actif dans les décisions du KIO, et le Premier ministre Cheikh Saad, qui appartient à l’autre branche de la famille.  » En effet, jusqu’alors les investisseurs koweïtiens se comportaient plutôt en sleeping partners , s’abstenant généralement de siéger aux conseils d’administration des sociétés dont ils détiennent une part appréciable du capital. Ils n’interviennent pas davantage dans les conflits entre actionnaires. Seuls comptent la sécurité et la rentabilité du placement, ainsi que sa logique industrielle.  » Ils ont une approche à très long terme, poursuit notre banquier. Les Koweïtiens investissent pour rester, non pour empocher une plus-value à court terme. C’est assez rare dans le monde arabe pour être signalé.  » C’est peut-être l’autre raison des faux-pas du KIO en Espagne. Les financiers koweïtiens sont vivement intéressés par les perspectives à long terme offertes en Europe par le Marché unique. L’Espagne, seule des membres de la Communauté européenne, réunit des conditions aussi attractives: une modernisation accélérée de son appareil industriel et financier et un besoin énorme de capital pour mener à bien cette restructuration. Comme le dit joliment Cheikh Ali Khalifa, les Koweïtiens ont saisi l’opportunité qui se présentait à eux.

Diversification à l’Est

Présents en Europe et aux États-Unis, les investisseurs Koweïtiens s’intéressent vivement à l’Asie et à ses énormes perspectives de développement économique. Autant dire que le compartiment japonais du portefeuille des institutions financières koweïtiennes est largement garni. En 1986, le ministre des Finances Jassem Al Khorafi indiquait que le Japon venait en quatrième position, derrière les Etats-Unis, la RFA et la Grande-Bretagne. A cela, il existe d’évidentes raisons économiques. Mais le souci de diversification est aussi primordial chez les investisseurs koweïtiens pour des raisons stratégiques. Le Koweït, jaloux de son indépendance, ne veut pas dépendre trop exclusivement d’un partenaire. Cela se vérifie dans ses ventes de pétrole, ses approvisionnement en armes, mais également dans ses placements à l’étranger. A plusieurs reprises, dans le passé, des informations publiées aux Etats-Unis ou en Europe sur la présence d’actionnaires koweïtiens dans le capital d’une firme à provoqué localement des controverses. Or, les financiers de l’émirat, en règle générale, détestent la publicité. En représailles contre de telles fuites, le Koweït a retiré en juillet 1981 plus de cinq milliards de dollars de son portefeuille d’investissements géré par la Citibank. Celle-ci n’avait pas su empêcher la publication de documents confidentiels concernant les investissements koweïtiens aux États-Unis. On apprenait ainsi à la lecture de la presse américaine que l’hôtel Hilton d’Atlanta était possédé en totalité par l’émirat. D’autre part, le gel des avoirs iraniens par les États-Unis en 1979 a traumatisé tous les déposants arabes: ce que Carter a fait à l’Iran, un autre pourrait le faire aux Arabes, en cas de crise politique. D’où le maître-mot des Koweïtiens: diversification. Le Japon n’en a pas été le seul bénéficiaire: les Koweïtiens investissent aussi, et depuis longtemps, en Europe de l’Est. Une façon pour l’émirat de prolonger financièrement sa politique étrangère de non-alignement inaugurée en 1963 par l’ouverture d’une ambassade à Moscou. Jusqu’en 1985, le Koweït était la seule des monarchies du Golfe à entretenir des relations diplomatiques avec les pays communistes. S’il est arrivé à l’émirat d’accorder une aide budgétaire à la Yougoslavie pour boucler son exercice, en Hongrie, le Koweït était réellement présent sur le marché des capitaux. Et lorsqu’au printemps 1982, la Hongrie a connu une sévère crise de liquidités, tandis que la plupart des capitaux flottants désertaient Budapest, les avoirs koweïtiens n’ont pas bougé. Les autorités hongroises ne s’y sont pas trompées: elles ont reçu du Koweït un soutien politique. Mais les financiers de l’émirat n’y ont pas perdu car, pour retenir les capitaux flottants, les banques magyares offraient alors des taux d’intérêt pour les dépôts en devise très supérieurs à ce qui se pratiquait au même moment sur les autres places financières. Marier la politique étrangère avec le sens de la finance, c’est tout l’art des Koweïtiens. Privilégier le long terme, c’est bien ce qu’ils ont fait alors. Car aujourd’hui que les pays de l’Est s’ouvrent à l’économie de marché, sont à la recherche de capitaux, les Koweïtiens connaissent déjà le terrain pour l’avoir pratiqué à une époque où ils étaient seuls ou presque. On peut leur faire confiance pour ne pas investir à perte comme le feront très certainement nombre de nouveaux venus. En janvier, lors de la visite à Paris du ministre koweïtien des Finances Jassem al Khorafi, ce dernier et son collègue français Pierre Bérégovoy ont décidé d’étudier des investissements conjoints en Afrique et en Europe de l’Est, sur des  » cas concrets « .

Le patron de la Kuwait Investment Authority , Fahd Al Rachid, a déclaré fin février que le Koweït, en raison des évolutions que connaît l’Europe de l’Est, étudie actuellement les possibilités d’investir en Yougoslavie, en Hongrie, et en Bulgarie. Sans oublier la Chine, qui va bénéficier d’un financement du Fonds koweïtien d’aide au développement, tandis que le Kuwait Petroleum Corporation que dirige Cheikh Ali Khalifa -toujours lui- procède actuellement à des travaux de prospection en Chine.

Comment sera réparti géographiquement le portefeuille des institutions koweïtiennes dans la période à venir ? Mystère. La KIA n’a plus jamais révélé sa composition depuis 1985. A l’époque, ses avoirs à l’étranger étaient ainsi répartis: 40 % étaient placés en Europe de l’Ouest et 36 % aux États-Unis, le solde se répartissant entre les autres continents, principalement en Asie. Fahd Al Rachid consent cependant à préciser que les placements du Koweït en Europe de l’Ouest auraient décliné si la Communauté ne s’était pas engagée dans la voie de l’union douanière pour 1993, ce qui a conduit la KIA à conserver ses investissements dans la CEE  » au moins à leur niveau précédent « .

Et le Koweït ?

Pourquoi donc les avoirs de l’État koweïtiens sont-ils donc placés à l’étranger dans leur quasi-totalité et non au Koweït même, alors qu’existe sur place une Bourse des valeurs ? D’abord parce que les sommes en jeu, frôlant les cent milliards de dollars sont beaucoup trop importantes pour trouver à s’employer sur place: les infrastructures dont le pays manquait voici trente ans ont depuis lors été réalisées; ensuite, les risques liés à la guerre irako-iranienne entre 1980 et 1988 ont fait fuir les capitaux, privés et publics; enfin, parce que les financiers de la KIA sont trop avisés pour risquer leurs surplus pétrolier dans la Bourse de Koweït: même avec des règles plus sévères depuis le krach retentissant de la Bourse parallèle d’Al Manakh en 1982 (plus de 90 milliards de dettes cumulées, soit approximativement le montant actuel des réserves de l’émirat !), la Bourse de Koweït, rouverte en 1987, est toujours considérée par nombre de citoyens koweïtiens comme une sorte de casino, où le cours des valeurs n’a parfois qu’un lointain rapport avec l’activité réelle de l’entreprise cotée. La nouvelle Bourse, installée dans un superbe immeuble dont les architectes n’ont pas lésiné sur le marbre, est installée juste en face de l’immeuble Al Manakh. Mais en principe, elle n’a pour seule fonction que de coter les entreprises locales. Durement affecté par le krach d’Al Manakh, le système bancaire koweïtien a retenu la leçon. L’État, quant à lui, a dû en 1986, puiser dans le Fonds de réserve générale pour éponger les dettes de certains particuliers, ruinés par le krach.

Ce jour-là, les dirigeants koweïtiens n’ont pu que se louer d’avoir les réserves nécessaires et de ne pas avoir gaspillé comme les monarchies voisines leurs surplus pétroliers dans des dépenses somptuaires…


Cheikh Ali Khalifa: le chef d’orchestre des investissements à l’étranger

 

A 45 ans, le ministre du Pétrole du Koweït est l’un des hommes les plus importants de son pays. Après 17 années passées dans les compagnies pétrolières koweïtiennes au sortir de l’Université de Londres, Ali Khalifa a pris la tête du ministère du Pétrole, devenant du même coup l’une des figures les plus écoutées au sein de l’OPEP. Bien que la Kuwait Investment Authority dépende administrativement du ministère des Finances, Cheikh Ali Khalifa est incontestablement le chef d’orchestre des investissements à l’étranger de son pays. Membre du conseil d’administration de la KIA, il semble qu’il court-circuite d’ailleurs fréquemment celle-ci pour donner directement ses instructions au bureau londonien de la KIO où il a ses hommes à lui. Après tout, il s’agit bien de recycler les surplus pétroliers, c’est donc aussi son affaire. A travers la Kuwait Petroleum Corporation , Ali Khalifa conserve par ailleurs la haute main sur toute la politique de rachat de sociétés pétrolières par la KPC. Cette frénésie d’acquisitions n’a pas toujours été un succès. Le rachat aux États-Unis de Santa Fé International en 1981 pour la somme de 2,5 milliards de dollars a fait l’objet de vives critiques. La KPC l’a racheté très au-dessus de son prix réel, estimé à 1,6 milliard de dollars. En butte à de très vifs reproches de la part des parlementaires koweïtiens, Cheikh Ali Khalifa s’apprêtait d’ailleurs à comparaître devant les députés pour s’expliquer sur les conditions du rachat de Santa Fé lorsque l’Assemblée Nationale a opportunément été dissoute par l’émir en juillet 1986.

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