Le Blog d'Olivier Da Lage

Coup de balai clanique à Riyad

Posted in Moyen-Orient by odalage on 29 avril 2015

Par Olivier Da Lage

On a donc appris nuitamment le remaniement d’ampleur auquel vient de procéder le roi Salman. Le plus important est que le prince héritier Mouqrin, nommé voici un an « vice-prince héritier » par le roi Abdallah a été relevé de sa charge « à sa demande » et remplacé par son suivant de liste, le prince Mohammed bin Nayef, tandis qu’apparaît dans la file d’attente le propre fils du roi, Mohammed bin Salman. Bien d’autres changements significatifs accompagnent celui-ci, notamment le remplacement du ministre des Affaires étrangères, le prince Saoud Al Fayçal, en poste depuis… 1975 par l’actuel ambassadeur du royaume aux États-Unis Adel Joubair.

Quelques réflexions, en vrac, sur ces décisions royales.

  • Le roi Salman s’assoit sur les institutions léguées par son prédécesseur Abdallah, et notamment le Conseil d’allégeance institué en 2006, représentant toutes les lignées de la descendance d’Abdelaziz. Les nominations des prince héritiers et vice-prince héritiers effectuées par Abdallah avaient été discutées et validées (non sans débat, d’ailleurs) par le Conseil d’allégeance. Salman n’en a cure et a décidé de se passer de l’avis de ce conseil. Incidemment, l’idée que le prince Mouqrin aurait demandé de lui-même à être relevé de ses fonctions est risible et évoque irrésistiblement le communiqué du Kremlin annonçant en 1964 le remplacement de Khrouchtchev par Brejnev à la tête du PCUS.
  • Les choix de Salman, quels qu’en soient les justifications, favorisent exclusivement la lignée des Soudayri (les fameux « Sept Soudayri », fils de Hassa bint Soudayri, parmi lesquels Fahd, Khaled, Nayef, Sultan et Salman lui-même) en écartant les proches du défunt Abdallah et notamment la lignée des fils du roi Fayçal.
  • Pour la première fois depuis 1953, un roi d’Arabie nomme comme successeur l’un de ses fils. Mouqrin était le plus jeune fils du fondateur du royaume. Désormais, on sait que le prochain roi d’Arabie sera, quoi qu’il arrive, un petit-fils d’Abdelaziz. Le saut de génération est là.
  • En nommant Adel Joubair à la tête de la diplomatie saoudienne, Salman nomme un jeune technicien extrêmement compétent et loyal (il avait été le conseiller diplomatique d’Abdallah avant d’être nommé par ce dernier ambassadeur à Washington). Mais, n’étant pas membre de la famille régnante, il sera un conseiller et un exécutant, mais pas un centre de pouvoir pouvant contester celui des princes.
  • Last, but not least, confirmant ses premières décisions du mois de janvier aussitôt après son accession au pouvoir, Salman s’affirme en monarque autoritaire, hardi et résolu, ne reculant pas devant la confrontation, que ce soit à l’intérieur du royaume ou en politique étrangère (l’exemple de la guerre du Yémen est parlante). Mais contrairement à tous ses prédécesseurs, sans exceptions, qui cherchaient le consensus au sein de la famille et préféraient privilégier l’unité de celle-ci, même si cela signifiait renoncer à faire prévaloir leurs vues (les exemples ne manquent pas), Salman mise tout sur un clan, celui des Soudayri, et de jeunes technocrates qui ne risquent pas de contester son autorité. Dans un premier temps, l’efficacité du système de décisions devrait en profiter. Mais à terme, quand les premières tensions sérieuses se feront jour, est-on vraiment assuré que Salman et ses affidés pourront compter sur une loyauté à toute épreuve du reste des Saoud ? Il est bien trop tôt pour y répondre, mais la question se pose déjà.Lire également :

    Arabie : le legs d’Abdallah
    « Game of thrones » à Riyad

Advertisements

4 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Ciryl H. Julien said, on 1 août 2015 at 15:40

    Bonjour,
    Pour des raisons purement intellectuelles, je suis à nouveau depuis un peu plus d’un an avec attention les évolutions géopolitiques dans la région du golfe et en particulier les conflits familiaux qui secouent régulièrement les familles régnantes locales et en particulier la plus nombreuse, la famille al Saoud. C’est donc avec un très grand intérêt que j’ai découvert aujourd’hui votre blog et en particulier votre article d’avril intitulé « Coup de balai clanique à Riyad ». J’ai remarqué que vous ne citez à aucun moment dans votre article le prince Mitab bin Abdullah, le ministre en charge de la Garde Nationale. Est-ce à dire que vous estimez qu’il est déjà mis sur la touche par le roi Salman et les deux Mohamed, et que ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’il soit destitué de ses fonctions, la seule au sein du coeur sécuritaire du pays qui ne soit pas aux mains du clan Sudaïri?
    Dans l’attente de vous lire, mes sincères salutations.
    Ciryl H. Julien

    • odalage said, on 1 août 2015 at 15:45

      En vérité, je n’en sais rien. Mais je ne crois pas que les Sudaïri vont pouvoir durablement monopoliser le pouvoir au sein de la famille.

  2. Djibo said, on 29 avril 2015 at 22:26

    De quoi dépend l,ordre de succession,y,a-il une liste pretablie par la cour depuis la mort d,A.Aziz 1953? Oubien le choix de dauphinat sied au roi en exercice.Merci

    • odalage said, on 29 avril 2015 at 22:29

      Jusqu’à présent, de frère en frère du plus âgé au plus jeune, mais en évitant quelques uns jugés inaptes par le conseil de famille. Pour la première fois, on va passer à la troisième génération lors de la prochaine succession et il y a une vive rivalité pour savoir quelle lignée est la mieux placée.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :