Le Blog d'Olivier Da Lage

Petit précis de yéménologie

Posted in Moyen-Orient by odalage on 22 mars 2015

Par Olivier Da Lage

L’ancien président du parlement, cheikh Abdallah Al Ahmar, était aussi le président du parti islamiste al Islah allant des conservateurs modérés aux proches d’Al Qaïda. Soutenu par l’Arabie Saoudite, il avait pourtant choisi le camp républicain contre les partisans de l’Imam soutenu par l’Arabie en 1962. Il était allié à un parti baathiste dirigé par un cousin éloigné. Il était aussi le chef des Hached, la principale confédération tribale. Allié du président Ali Abdallah Saleh qui entre à partir de 1994 en guerre avec les sudistes, anciens communistes au pouvoir à Aden avant l’unité entre les deux Yémen en 1990.

Comme l’Arabie Saoudite ne veut pas d’un Ali Abdallah Saleh trop fort, l’Arabie soutient les séparatistes sudistes ex-marxistes et, après leur échec, leur accorde l’asile politique. Dans le même temps, Ryad se rapproche de Saleh et lui apporte le soutien (inefficace) de son aviation contre les rebelles Houthis. Des zaydites, une forme de chiisme. Le royaume saoudien n’aime pas les chiites et soutient donc dans sa guerre contre les Houthis le président Saleh. Lui-même est d’ailleurs aussi un Zaydite. Comme les Houthis. Il est d’ailleurs aussi membre d’une tribu Hached. La confédération Hached qui est, comme on l’a dit, dirigée par cheikh Abdallah Al Ahmad, chef du parti al Islah, partenaire et rival de celui du président. D’ailleurs Al Ahmar est sunnite et non zaydite.

Vous me suivez ? Tant mieux, parce que ce n’est pas fini. Lors du « printemps yéménite » de 2011 qui se mène à l’obus de mortier et au canon, Saleh doit fuir son pays. C’est l’Arabie Saoudite qui lui accorde l’asile, comme elle l’avait fait avec ses ennemis du sud. Normal. L’Arabie aide toujours ceux qui peuvent affaiblir le Yémen. Comme Ali Abdallah Saleh n’a pas digéré que les pays du Golfe le forcent à abandonner le pouvoir au profit de son ancien vice-président, il n’a de cesse d’affaiblir le pouvoir de celui-ci, au point de faire alliance avec les Houthis. Oui, ces miliciens zaydites auxquels il faisait la guerre de 2004 à 2011, soutenus par l’Iran (Saleh, lui, était un chaud partisan de Saddam Hussein pendant la guerre irako-iranienne).

Comme toutes les combinaisons n’ont pas encore été épuisées, la guerre civile a encore de beaux jours devant elle au Yémen. On peut compter sur l’Arabie Saoudite pour y contribuer. Après tout, selon la légende, Ibn Saoud, sur son lit de mort, aurait confié à ses fils : « le bonheur du royaume réside dans la misère du Yémen ». La citation n’a pas été authentifiée de façon certaine, mais en revanche, tous les Yéménites la tiennent pour authentique. Et depuis 1953, la politique menée par Ryad s’y conforme en tous points.

voir aussi :

Yémen : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Houthi (sans jamais oser le demander)

Yémen : le moment saoudien… et ses limites

Yémen : guerre nouvelle, ressorts anciens

Le Yémen entre démocratisation et guerre civile

Les rêves brisés de l’unité yéménite

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