Le Blog d'Olivier Da Lage

Une transition en douceur au Qatar ? Les enjeux de la succession d’Al-Thani senior

Posted in Moyen-Orient by odalage on 27 juin 2013

(publié initialement sur le site de l’institut MEDEA)

Par Olivier Da Lage, journaliste à RFI et chercheur associé à l’Institut MEDEA

A 33 ans, cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, le nouvel émir du Qatar, est sans conteste le plus jeune souverain du Golfe. Pourtant, à l’origine, ce n’est pas à lui que cette fonction était destinée. En 1996, un an après avoir renversé son père cheikh Khalifa, et peu après avoir lui-même échappé à une tentative de coup d’État en février 1996, l’émir du Qatar, cheikh Hamad, se choisit un prince héritier : c’est Jassim, l’aîné des fils de sa deuxième épouse, cheikha Moza qui est désigné. Mais il ne semble pas montrer un intérêt prononcé pour les affaires de l’Etat et, en 2003, c’est son frère cadet Tamim qui est nommé prince héritier. Quatrième fils de l’émir, il est le second fils de cheikha Moza qui, de façon tout à fait inhabituelle, exerce une influence considérable sur la conduite de l’émirat et ne s’en cache pas.

Tout comme Jassim et leur père Hamad, Tamim est diplômé de l’académie militaire britannique de Sandhurst et passe pour anglophile. Il est, naturellement, parfaitement anglophone mais parle également couramment le français. Il est passionné par le sport et a joué un rôle important dans l’attribution au Qatar de la Coupe du Monde de football en 2022 ainsi que dans le rachat du club du Paris Saint-Germain. C’est d’ailleurs avec Nasser El Khelaifi, le futur patron du PSG, que le jeune Tamim s’est entraîné à jouer au tennis dans sa prime jeunesse.

Mais depuis qu’il est prince héritier, son père, cheikh Hamad, l’a associé à tous les aspects de la politique de l’émirat. Il est le président du fonds souverain du Qatar et a effectué des missions en Iran et dans les autres pays du Golfe, mais il a également noué des contacts réguliers avec les dirigeants européens et américains. Son père –et aussi sa mère, qui selon différents témoignages l’a véritablement « couvé »– l’ont préparé à son métier d’émir et dans la mesure où cheikh Hamad a envisagé son abdication depuis plus d’un an, il ne fait pas de doute que Tamim était aussi préparé à la succession qu’il est possible de l’être.

On dit cheikh Tamim religieux, et certains ont cru pouvoir en conclure qu’il renforcerait le soutien du Qatar aux Frères musulmans dans la région. En fait, rien n’est moins sûr. Sa priorité, semble-t-il, est de resserrer les liens entre le Qatar et les autres monarchies du Conseil de Coopération du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite, passablement distendues sous le règne de son père, à la fois du fait de son tempérament et de sa politique flamboyants et volontiers provocateurs ; mais aussi depuis 2011 en raison de l’appui sans retenue à la mouvance des Frères musulmans, considérés avec suspicion dans toutes les autres monarchies de la Péninsule arabique.

Il sera aidé en cela par un tempérament beaucoup plus consensuel que son père. Mais aussi par sa première décision en tant qu’émir : le limogeage de Hamad Ben Jassim, le tout-puissant Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de son père, architecte de la stratégie interventionniste du Qatar et de la montée aux extrêmes en situation de crise. Compte tenu de la différence d’âge, du pouvoir de HBJ, comme on le surnommait, et de la tension persistante entre Hamad Ben Jassim et cheikh Moza, il était inimaginable qu’il reste en place. Son départ était d’ailleurs largement anticipé. Tamim aurait cependant tort de s’en faire un ennemi et il lui faudra trouver un rôle à sa mesure, qui ne menace pas pour autant son pouvoir. Pour l’heure en tout cas, Tamim est aidé dans ses premiers pas par son père qui a soigneusement veillé à ce que toute la famille régnante et les grandes tribus du Qatar fassent allégeance au nouvel émir, ce qui n’aurait peut-être pas été de soi si la succession était intervenue après sa mort.

En tout cas, la plupart des observateurs s’accordent à penser que dans un premier temps, il n’y aura pas de rupture avec la politique suivie jusqu’ici, un infléchissement tout au plus, dans le sens d’un recentrage sur les affaires intérieures de l’émirat. Le nouveau premier ministre, cheikh Abdallah Ben Nasser, qui vient du ministère de l’Intérieur cumule d’ailleurs la fonction de chef du gouvernement avec celle de ministre de l’Intérieur alors que HBJ était aussi ministre des Affaires étrangères.

Une phrase, dans le premier discours du nouvel émir a retenu l’attention : « Le Qatar respectera la souveraineté et l’intégrité de tous les territoires arabes ». Quelle en sera la portée pratique dans le dossier syrien, dans lequel cheikh Hamad et HBJ étaient adeptes d’un interventionnisme forcené ? La réponse à cette question en dira long sur les orientations que Tamim veut imprimer à son règne.

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