Le Blog d'Olivier Da Lage

Arabie Saoudite : Pour la troisième fois, le roi Abdallah nomme un prince héritier

Posted in Moyen-Orient by odalage on 16 juin 2012

Normalement, les rois meurent avant les princes héritiers. C’est même à cela que servent ces derniers : à succéder aux rois. Mais l’ordre normal des choses semble s’être déréglé en Arabie Saoudite. Pour la deuxième fois en l’espace de huit mois, l’héritier du trône saoudien est mort avant le roi auquel ils devaient succéder. Pour la troisième fois, le roi Abdallah Ben Abdelaziz, âgé de près de 90 ans, va donc devoir se choisir un successeur. Selon les « saoudologues », le favori est son demi-frère le prince Salman, actuel ministre de la Défense et ancien gouverneur de Ryad qui n’est âgé, si l’on ose dire, « que » de 76 ans.

Tout comme le prince Sultan (mort en octobre à l’âge de 84 ans) et Nayef (mort à 79 ans), le prince Salman est un Soudayri, c’est-à-dire l’un des sept fils que le fondateur du royaume, Abdelaziz Ben Abderrahman Al Saoud (Ibn Saoud) a eus avec Hassa Bint Soudayri (à l’instar des rois Khaled et Fahd), dont la rivalité avec Abdallah (l’actuel roi) est proverbiale. Toutefois, à la différence de Nayef dont la réputation d’ultraconservateur réactionnaire était bien établie, Salman passe pour « moderniste » et est de longue date bien vu des Occidentaux, notamment des Américains. En Arabie, ce prince « libéral » patron de presse (il dirige le groupe qui édite Ach Charq Al Awsat et se fait appeler sadiq al sahafiyin (l’ami des journalistes). Sa réputation « libérale » est bien entendu à nuancer en fonction du contexte très particulier de l’Arabie Saoudite.

La succession en Arabie Saoudite commence à rappeler de façon frappante l’Union soviétique des années 80, après la mort de Brejnev, lorsque des vieillards de plus en plus impotents se succédaient à un rythme rapproché. L’Arabie Saoudite d’aujourd’hui, ava  nt que d’être une théocratie, est devenue une gérontocratie. La question du saut de génération devrait se poser assez rapidement aux dirigeants du royaume, même si cette décision apparemment simple se complique du fait du nombre encore important de fils encore vivants d’Ibn Saoud qui avait eu de nombreuses épouses. Compte tenu de cet arbre généalogique à nul autre pareil, le plus jeune des fils du fondateur de m’Arabie Saoudite est plus jeune que le plus âgé de ses petits-fils !

Néanmoins, il faudra bien que la fratrie au pouvoir depuis 1953 laisse un jour la place à la génération suivante. La succession leur est ouverte depuis la Loi fondamentale adoptée en 1992 et confirmée par le texte sur la succession promulgué par le roi Abdallah en 2006. Ce texte institue un « Conseil d’allégeance » composé des 35 lignées de la Maison des Saoud et il a le pouvoir de rejeter le nom proposé par le roi comme héritier du trône. Une fois arrêté le principe d’un changement de génération, restera une autre difficulté : par quelle lignée commencer ? Les fils de Fayçal ? Ceux de Fahd ? D’Abdallah ? De Sultan ?

Les désaccords, et à coup sûr il y en aura, seront tranchés, vraisemblablement dans la discrétion, au sein de ce Conseil d’allégeance. Car s’il est une chose qui unit les dirigeants saoudiens, c’est la conscience que face aux périls internes et externes qui les entourent, ils ne peuvent se payer le luxe d’étaler leurs divisions sur la place publique.

Olivier Da Lage

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