Le Blog d'Olivier Da Lage

Terrorisme : l’exaspération monte en Inde

Posted in Inde by odalage on 16 juillet 2011

Dans les heures qui ont suivi le triple attentat de Bombay qui a fait 26 morts et des dizaines de blessés, la presse a souligné le courage et la résilience des habitants de la métropole indienne qui a subi huit attentats meurtriers depuis 1993 ; les commentateurs, étrangers principalement, ont rendu hommage aux autorités indiennes qui, en l’absence d’indice, se sont gardés de lancer des accusations précises. Autrement dit, se sont abstenues de désigner le Pakistan.

On pourrait donc en conclure que l’Inde, l’une des principales cibles d’attentats terroristes dans le monde, si l’on excepte les pays en guerre, aurait dans son ensemble une attitude calme, prudente et raisonnée, une « zénitude » digne de la non-violence gandhienne, en quelque sorte.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité. La presse indienne n’a pas manqué de faire remarquer que les bombes qui ont explosé à Jhaveri Bazar, Opera House et Kaboutar Khana (dans le quartier de Dadar) ont été déclenchée le jour de l’anniversaire d’Ajmal Kasab, le seul survivant des terroristes qui ont commis les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay et qui a été condamné à mort. En fait, ce n’était qu’un canular, mais la rumeur a été relayée sans vérification par nombre de journaux pour faire le lien avec le « 11-Septembre » indien, organisé par des groupes basés au Pakistan. On a également fait observer qu’à deux jours près, ce drame est intervenu cinq ans après la vague d’explosions qui a frappé Bombay le 11 juillet 2006. Des attentats également attribués à des groupes basés au Pakistan, bénéficiant de la bienveillance, pour ne pas dire davantage, de l’ISI, les services secrets pakistanais. Le rapprochement a évidemment été fait aussi avec l’explosion survenue à la German Bakery de Pune le 13 février 2010.

« On ne peut pas rester sans agir ! »

Bref, quelle que soient les précautions prises par le gouvernement indien, pour l’opinion publique, le coupable est déjà connu, jugé et condamné : c’est le Pakistan. Et la prudence même des autorités de Delhi provoque l’ire et l’incompréhension de nombreux Indiens de toute condition. Une réaction viscérale qui n’épargne pas les milieux les mieux informés et que l’on peut ainsi résumer : « Qu’attend donc le gouvernement pour réagir ! Nos ennemis voient bien que nous avons des dirigeants faibles qui exploitent leur indécision. Il faut frapper un grand coup pour donner un coup d’arrêt au terrorisme ». Et quand on objecte qu’il n’est pas si simple de savoir qui frapper, dans la mesure où le Pakistan est lui-même victime du terrorisme, on s’attire généralement un haussement d’épaules accompagné d’un : « il faut faire quelque chose, on ne peut pas rester sans agir ! ».

Autrement dit, ce qu’attend une grande part de l’opinion indienne, relayée par les chaînes d’information continue qui ouvrent leurs antennes aux stratèges en chambre belliqueux, l’Inde doit montrer sa force militaire au Pakistan. En mai dernier, lors de l’Opération Geronimo au cours de laquelle les forces spéciales américaines avaient tué Oussama Ben Laden au Pakistan, de nombreuses voix s’étaient élevées en Inde pour demander au gouvernement d’en faire autant. Ceux qui faisaient valoir les risques de dérapage vers un conflit ouvert entre l’Inde et le Pakistan avaient du mal à se faire entendre. Cette tendance ne fait que gagner du terrain à chaque opération terroriste frappant l’Inde. Et tout porte à croire que d’autres attentats meurtriers vont à nouveau endeuiller les métropoles indiennes : il est pratiquement impossible d’empêcher des extrémistes déterminés de poser des bombes dans des zones aussi peuplées et par conséquent, de faire de nombreuses victimes.

Jusqu’à quand le gouvernement pourra-t-il résister à la pression populaire ?

Jusqu’à présent, le gouvernement indien, au prix d’innombrables critiques, à réussi à ne pas céder à la pression populaire et à résisté à la tentation de mener une opération, même limitée, en territoire pakistanais. Mais la mauvaise volonté des autorités civiles et militaires pakistanaises pour collaborer à l’enquête sur les attentats du 26 novembre 2008 (niant, contre l’évidence, l’origine pakistanaise des inspirateurs de l’attaque terroriste) ne facilite pas cette attitude de retenue. Jusqu’à quand le gouvernement de Delhi, alors qu’approchent des échéances électorales qui s’annoncent difficile pour le parti du Congrès au pouvoir, pourra-t-il éviter de passer au registre militaire ?

Le prochain attentat meurtrier frappant l’Inde (car il ne fait guère de doute qu’il y en aura d’autres avant longtemps) apportera un élément de réponse. Si l’Inde choisissait l’option militaire, même limitée, le sous-continent indien entrerait dans un conflit dont nul ne peut prédire l’ampleur ni la durée entre deux puissances qui détiennent toutes deux l’arme nucléaire.

Olivier Da Lage

Lire aussi :
Opération Geronimo, Indian style
Le test de Pune


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