Le Blog d'Olivier Da Lage

Bahreïn: des élections, et après ?

Posted in Moyen-Orient by odalage on 24 octobre 2010

Pour la troisième fois depuis 2002, les électeurs (et électrices) du petit royaume de Bahreïn se sont rendus aux urnes pour élire les membres du Conseil consultatif. Malgré le succès de l’opposition, (Al Wifaq, le mouvement d’Ali Salmane, a obtenu 18 sièges en ayant présenté 18 candidats !), significatif en raison d’une participation élevée (67 %), il ne faut pas s’attendre à un changement significatif dans le composition du gouvernement et pour plusieurs raisons :

  • C’est un conseil consultatif, comme son nom l’indique, pas une assemblée délibérative ; Il y a une autre assemblée dont tous les membres sont nommés par le souverain qui, par ailleurs, se réserve le pouvoir de modifier seul la constitution (c’est ce que prévoir l’actuelle constitution elle-même !) ;
  • Le découpage électoral rend pratiquement impossible une majorité absolue de l’opposition chiite ;
  • L’un des partis chiites, Al Haq, a été interdit avant le scrutin et le principal mouvement d’opposition, Al Wifaq, qui détenait 17 siège dans l’ancienne assemblée, ne présentait que 18 candidats pour 40 sièges ;
  • Le premier ministre, cheikh Khalifah ben Salmane Al Khalifah, l’a déclaré de la façon la plus claire : à Bahreïn, il n’y a pas d’opposition, tous les habitants sont fils de la même nation. Circulez, il n’y a rien à voir et rien à espérer. Il sait de quoi il parle, oncle de l’actuel roi et inamovible chef du gouvernement depuis l’indépendance, il est l’inspirateur de la politique répressive antichiite qui a marqué l’essentiel de ces 39 dernières années.
  • Ces élections se sont tenues dans la foulée d’une vague d’arrestations et à quelque jours du procès de 23 militants accusés de sédition.

Cela dit, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles dans ce qui vient de se passer. D’abord, il y a eu vote et, même si l’on peut contester le caractère entièrement transparent et équitable du scrutin, c’est quand même beaucoup mieux que l’absence d’élections qui a marqué la période 1975-2002. En effet, les candidats ont pu s’exprimer et ont parfois vigoureusement critiqué le gouvernement et la famille royale (c’est en partie la même chose) sous les yeux des citoyens et de la presse internationale. Il n’y a encore pas si longtemps, on allait en prison ou l’on était banni pour beaucoup moins que cela.

La société civile de Bahreïn est extrêmement vivace et ce depuis longtemps puisque cela remonte aux années 30 du siècle dernier. Elle l’est restée malgré des décennies de répression et connaît un renouveau avec le timide dégel qui a accompagné le « printemps de Manama » au début des années 2000. A présent que le pouvoir se referme, c’est la société civile, plus encore que les associations politiques, qui garantira que le processus de démocratisation amorcé voici dix ans ne s’interrompe pas.

Olivier Da Lage

Voir aussi :
Bahreïn ébranlé par une vague d’émeutes (Le Monde Diplomatique, mars 1995)
L’émir qui voulait être roi (RFI, 13 février 2001)
Mon intervention sur France 24 (22 octobre 2010)

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