Le Blog d'Olivier Da Lage

Vous dire la vérité

Posted in Journalisme by odalage on 18 mai 2010

La semaine prochaine, à l’occasion du congrès de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) qui se tient à Cadix, en Espagne, Aidan White, le secrétaire général de la FIJ rendra public la version française de son livre Vous dire la vérité, initiative pour un journalisme éthique.

Vous dire la vérité, d'Aidan White, Victoires-Editions, 22 €

Ce livre, paru chez Victoires Editions, s’inscrit dans la campagne de la FIJ pour remettre la déontologie au coeur du journalisme, mais il serait injuste de le réduire à un outil de propagande, aussi justifié soit-il. Aidan White a puisé à la fois dans son expérience à la tête d’une organisation qui fédère près de 600 000 journalistes dans le monde entier et sur les témoignages qui sont remontés du terrain à travers, justement, les syndicats qui composent la fédération.

Souvent, les livres sur l’éthique journalistique limitent le sujet à un problème de conscience individuelle du journaliste. Les dérapages observés trouveraient leur solution dans la création d’une instance de régulation sous le contrôle du public. Vous dire la vérité n’évite pas le sujet. Oui, il y a des dérapages journalistiques causés par des journalistes peu scrupuleux ou paresseux, quelquefois les deux. Et dans de nombreux pays, des conseils de presse existent et ont pour mission de pointer ces dérapages, à défaut de les sanctionner.

Mais la vérité est que même là où cela existe, ces institutions ne parviennent pas à enrayer ces dérives. C’est notamment le cas du Royaume Uni, souvent cité dans le livre. Mais cela se constate partout. Car les causes des travers dans lesquels tombent souvent les médias sont aussi à rechercher dans la pression économique que représente la volonté de nombreux éditeurs de réduire les coûts pour maximiser les profits, ou pour réduire leurs pertes. Deux objectifs légitimes en soi, mais qui se poursuivent souvent au détriment de la qualité de l’information.

Le public n’est pas dupe, d’où la baisse des ventes des journaux et l’éclosion des blogueurs « journalistes-citoyens ». Aidan White s’interroge longuement sur le rôle et le statut de ces journalistes amateurs, dont le travail est parfois d’une qualité égale voir supérieure à celle des professionnels. Il appelle la communauté des journalistes à ne pas les rejeter, mais il renvoie les directions des médias à leurs responsabilités. C’est à des professionnels d’encadrer le traitement de l’information qu’ils diffusent et le recours aux amateurs ne doit pas avoir pour objet/effet de diminuer le recours aux professionnels.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, qui aborde aussi la responsabilité sociale des médias, notamment dans les sujets touchant à l’immigration ou aux religions. Il n’est pas question de faire du politiquement correct, mais les journalistes ne doivent pas non plus tomber dans le chauvinisme ou l’intolérance: leurs écrits et leurs dires peuvent faire beaucoup de mal.

C’est le même thème qu’aborde Nick Davies dans Flat Earth News, an Award-winning reporter Exposes Falsehood, Distortion and Propaganda in the Global Media (Chatto & Windus, 2008). Nick Davis a trente années d’expérience dans le journalisme et s’interroge sur la maladie de cette profession qui fait que des professionnels (dans l’ensemble) parfaitement honnêtes peuvent individuellement et collectivement écrire et répéter des âneries et des mensonges et recommencer alors même que la fausseté des reportages a été exposée et démontrée.

Toujours plus, et plus vite

Honnêtes, les journalistes ? Certainement pas tous. Davies, qui ne s’est pas fait que des amis en publiant ce livre, donne de nombreux exemples argumentés de journalistes paresseux, malhonnêtes intellectuellement, voire franchement faussaires. Mais il explique aussi, cas à l’appui, comment la sophistication des cabinets de relations publiques, alliés à la paresse des rédactions et à la pression des directions pour publier toujours plus et plus vite amène des médias à authentifier de leur nom et de la signature de leurs journalistes de simples opérations de communication. Comment la réduction inéluctable des budgets rédactionnels oblige les journalistes pour tenir leurs délais à se passer des plus élémentaires vérifications.

Les exemples, le plus souvent, sont puisés dans la presse britannique et parfois américaine. Mais en dehors de cas d’école proprement britanniques (les chapitres consacrés au Sunday Times et au Daily Mail sont proprement stupéfiants), les mécanismes qu’il décrit illustrent parfaitement la dérive de la presse française (et en fait, mondiale). Que dire, sinon qu’en refermant le livre, il est difficile de regarder son journal favori comme avant !

Mais pour les journalistes que nous sommes, difficile aussi d’abdiquer et de prendre acte de ces dérives sans réagir. Et c’est là que Vous dire la vérité, d’Aidan White, apporte un utile complément. Il ne s’agit pas seulement de faire le constat. Il faut y apporter une réponse. Remettre la déontologie au cœur de l’activité professionnelle des journalistes, pour lui redonner la légitimité qu’elle est en train de perdre auprès du public.

Olivier Da Lage

Voir aussi :

Déontologie des médias : vraies questions, fausses bonnes idées

2 Réponses

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  1. Frédéric said, on 21 mai 2010 at 04:39

    Il est vraie que beaucoup ne vérifie pas leurs sources. Mais dans les zones de guerre comme au Yémen du Nord, il impossible qu’un journaliste étranger  »indépendant » puisse se faire une idée de visu des évènements et doit se contenter des communiqués des gouvernements et mouvements rebelles.

  2. Annie said, on 18 mai 2010 at 14:01

    Effectivement, c’est le besoin d’aller toujours plus vite qui produit les copier-coller de dépêches, de com’ de presse, de doc de source improbable et provoque les répétitions d’infos en boucle dans les journaux et les radios. Au point d’en dégoûter les lecteurs. Mais comment mettre les pieds sur le frein, là est bien la question dans nos rédactions, de toute taille….


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