Le Blog d'Olivier Da Lage

La protection des sources journalistiques ne se divise pas

Posted in Journalisme by odalage on 21 janvier 2010

Or donc Entrevue a publié en 2009 une photo dénudée d’Elie Semoun, en vacances au bord de la mer en Corse.

Autant le dire tout de suite, n’achetant ni ne lisant Entrevue, je n’ai pas vu la photo en question. Mais je trouve tout à fait normal et salutaire que l’humoriste poursuive Entrevue pour atteinte à la vie privée.

Le problème, c’est qu’apparemment, ce n’est pas ce qui intéresse la police. Mercredi, le directeur de la publication du magazine a été placé en garde à vue dans les locaux de la brigade de recherche à Paris, dans le cadre d’une commission rogatoire du juge d’instruction de Calvi. Le but serait de lui faire dire comment il s’est procuré la photo. Et là, tout change.

Car depuis la loi du 4 janvier 2010, la loi protège les sources des journalistes, sauf « si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi. Cette atteinte ne peut en aucun cas consister en une obligation pour le journaliste de révéler ses sources ».

Il n’y a manifestement aucun impératif prépondérant d’intérêt public à connaître la source de cette photo, même si elle a été dérobée et cette garde à vue est donc à l’évidence illégale, ce que ne manquera pas de dire la Cour européenne des Droits de l’Homme, si l’affaire devait aller jusque là. Mais justement, l’objet de la loi du 4 janvier était de mettre la loi française en conformité avec le droit européen et d’en finir avec les condamnations récurrentes de la France par la CEDH pour violation du secret des sources journalistiques. Un fâcheux précédent concerne les tentatives du ministère de l’Intérieur d’obtenir les sources des journalistes qui ont couvert la cavale de Treiber.

Encore une fois, on peut penser ce qu’on veut de la pratique journalistique d’Entrevue. Pour recourir à un euphémisme, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais il se trouve que la loi ne différencie pas entre les bons et les mauvais journalistes, entre les journalistes qui travaillent pour la « grande presse » et ceux qui exercent dans la « presse people ». Les principes de liberté ne se divisent pas. C’est même leur raison d’être.

Avant même la promulgation de la loi, on se doutait que certains policiers, gendarmes et magistrats feraient de la résistance, au risque de voir l’instruction annulée en tout ou partie (article 56-2 du Code de procédure pénale). On en a désormais la preuve.

Olivier Da Lage

Voir aussi :
Protection des sources journalistiques : la parole aux tribunaux

Une Réponse

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