Le Blog d'Olivier Da Lage

Sécurité du Golfe : la schizophrénie du CCG

Posted in Moyen-Orient by odalage on 15 décembre 2009

Les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe qui viennent d’achever leur 30ème sommet à Koweït s’opposent à une opération militaire contre l’Iran.

C’est du moins ce qu’a affirmé le porte-parole du sommet, le ministre koweïtien des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed Al Sabah dans une conférence de presse. Car ce n’est pas tout-à-fait ce que dit le communiqué des six chefs d’État qui se contente de « saluer les efforts internationaux en cours pour résoudre, par des moyens pacifiques, la crise sur le programme nucléaire iranien ».

Mais une longue pratique des sommets du Golfe m’a enseigné que ces communiqués n’avaient qu’un lointain rapport avec ce qui se disait à huis clos, et que tout cela était souvent fort éloigné de ce que les monarques du Golfe pensaient réellement.

C’est ainsi que les dirigeants saoudiens ne perdent pas une occasion de dire à leurs interlocuteurs occidentaux de ne pas se laisser faire par Téhéran et depuis deux ans, le discours est même franchement martial pour ne pas dire belliqueux. Ce n’est pas le conflit en cours au Yémen, où l’Arabie voit la main de l’Iran, qui est fait pour calmer les choses. Même attitude intransigeante des dirigeants de Bahreïn et d’Abou Dhabi. En revanche, le Qatar, le sultanat d’Oman et le Koweït sont sur une ligne plus conciliante vis-à-vis de la République islamique. Pas simple de trouver le moyen terme en envoyant un signal clair.

C’est d’autant plus compliqué que les responsables de Bahreïn et des Émirats savent parfaitement qu’ils sont en première ligne pour les représailles iraniennes si l’Iran est attaqué par Israël ou les États-Unis. Les Saoudiens aussi, mais ils semblent moins inquiet des conséquences.

Toujours est-il que l’on retrouve une constante de la politique des monarchies du Golfe face aux inquiétants voisins : éviter de les fâcher trop ouvertement, surtout si l’on peut s’en remettre à des puissances tierces pour faire la police.

Le fait est que, sur les trente dernières années, si l’on dresse le bilan de cette diplomatie, ou plutôt de cette absence de diplomatie qui consiste à sous-traiter la sécurité tout en tenant un double discours, il n’est guère convaincant : guerre Iran-Irak (1980-1988), invasion du Koweït (1990), première et deuxième guerre d’Irak (1991 et 2003) : toutes les occasions d’engager l’ensemble des acteurs régionaux (Iran, Irak et Yémen inclus) dans un accord de sécurité, style OSCE ont systématiquement été sabotées par une ou plusieurs des monarchies du Conseil de coopération du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite.

Olivier Da Lage

Voir aussi:
A Abou Dhabi: la création du conseil de coopération du Golfe a été marquée par les divergences sur la sécurité
Coopération régionale et obsession de la sécurité
Regain d’activisme dans le Golfe: Illusoire sécurité collective sans l’Irak et l’Iran

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