Le Blog d'Olivier Da Lage

L’Inde en position de faiblesse à Copenhague

Posted in Inde by odalage on 30 novembre 2009

Pour le ministre indien de l’environnement, la proposition danoise de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 est une impasse. New Delhi donne donc le sentiment de tenir entre ses mains le sort de la conférence climatique de Copenhague sans se plier aux diktats des grandes puissances occidentales.

(voir aussi cette vidéo)

Dans une Inde en plein développement (la croissance, en rythme annuel, est de 7,9 %) et de plus en plus sûre d’elle-même, cette affirmation d’une politique d’indépendance nationale est sûre de remporter un grand succès dans l’opinion publique indienne où le patriotisme ne s’est jamais aussi bien porté depuis 1947.

Mais on aurait tort d’y voir une position de force. C’est même tout le contraire. Voici seulement quelques semaines, l’Inde et la Chine avaient décidé de coordonner leur position avant la conférence de Copenhague, face aux pressions européennes. C’était d’autant plus facile que les États-Unis ne paraissaient pas pressés de s’engager sur des objectifs chiffrés.

En quelques jours, cependant, tout a changé : Barack Obama annonce sa venue à Copenhague et, d’un même pas, prend des engagements d’autolimitation aux antipodes de la politique de l’administration Bush. Dans la foulée, la Chine change son fusil d’épaule et, à son tour, s’engage sur la voie d’objectifs chiffrés (même s’ils sont modestes).

Du coup, c’est l’Inde qui apparaît désormais comme l’empêcheur de respirer en rond et elle ne s’y était pas du tout préparée. L’Inde a pourtant un bon dossier à faire valoir : même si l’Inde, en tant que pays, est le troisième émetteur mondial de CO2, chaque Indien, individuellement, produit treize fois moins de gaz carbonique qu’un Américain. Le partage du fardeau, principal argument des autorités indiennes, est parfaitement recevable.

Le problème est que les pouvoirs publics ne se préoccupent guère d’environnement. Le développement industriel reste la priorité absolue dans un pays où le tiers de la population (soit quand même près de 400 millions de personnes) vit sous le seuil de pauvreté. Mais les signaux d’alarme se multiplient : fonte inquiétante des glaciers de l’Himalaya, à la source d’une grande partie des approvisionnements en eau du sous-continent ; en vingt ans, l’Inde a perdu 5 % de son ensoleillement ; année après année, les moussons se font plus capricieuses. Enfin, la pollution atmosphérique de vient un problème de santé publique majeur dans les grandes villes où se multiplient les cas de maladies respiratoires.

L’Inde se doit donc de réagir. Pour des raisons internes, à l’évidence, mais aussi du fait de la pression internationale.

Lâchée par la Chine, le gouvernement indien se trouve désormais dans la position peu enviable d’être rendu responsable d’un échec de la conférence de Copenhague, ou de céder aux pressions étrangères ce qui aura des conséquences en cascade en politique intérieure. Reste une troisième possibilité : que l’Inde prenne à son tour une initiative spectaculaire témoignant de sa bonne volonté tout en tenant compte de ses impératifs nationaux. Mais il ne faut pas trop rêver. Ces choses là ne s’improvisent pas et rien n’indique que le gouvernement indien s’y soit préparé.

Olivier Da Lage

Voir aussi : L’Inde de A à Z

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4 Réponses

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  1. […] aussi : L’Inde en position de faiblesse à Copenhague Les monarchies pétrolières connaissent à leur tour les affres du développement Étiqueté […]

  2. odalage said, on 5 décembre 2009 at 15:01

    Mise à jour : Bingo ! Manmohan Singh vient à son tour d’annoncer qu’il se rendrait à Copenhague. (source AP)

  3. odalage said, on 5 décembre 2009 at 10:28

    Mise à jour: Obama sera présent au sommet de Copenhague. Wen Jiabao (le premier ministre chinois) se rendra aussi dans la capitale danoise. Le chef du gouvernement indien, Manmohan Singh, n’a pas encore fait connaitre ses intentions, mais il va lui être de plus en plus difficile de rester à l’écart…

  4. odalage said, on 3 décembre 2009 at 09:29

    Mise à jour: selon Reuters (2 décembre 2009), l’Inde envisage de réduire
    de 24% son intensité carbone d’ici 2020 par rapport aux niveaux
    de 2005.


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