L’Inde en proie au doute
Qu’arrive-t-il aux Indiens ? Naguère encore, l’optimisme submergeait le pays : une croissance flirtant avec les deux chiffres, une flopée de success stories dans l’informatique, la médecine, l’ambition légitime d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité à l’instar de l’autre grande puissance de ce XXIe siècle commençant (la Chine), et une vague condescendance envers la vieille Europe sclérosée et empêtrée dans ses réglementations…
La première alerte est venue des Jeux du Commonwealth. New Delhi avait obtenu l’organisation des Jeux en 2010. Ils devaient marquer l’apothéose de la nouvelle Inde. Rien n’était trop, beau, trop grand pour ces jeux. Las : quelques semaines à peine avant leur ouverture, la presse du monde anglophone ne parle que des retards dans les préparatifs, de la saleté des chambres réservées aux athlètes, et des prix invraisemblables payés aux fournisseurs, éveillant déjà les premiers soupçons de corruption. Le rétablissement de dernière minute qui permet aux jeux de se tenir dans des conditions normales ne vaut aucun satisfecit à l’Inde : des jeux du Commonwealth de New Delhi, on ne retient que les faux pas et les affaires de corruption. Une corruption massive !
Mais le public indien n’a pas eu le temps de digérer l’information qu’il découvrait l’ampleur des pots-de-vin qui ont accompagné l’attribution des licences dans la téléphonie mobile 2G : le manque à gagner pour l’État est estimé à 33 milliards de dollars qui n’ont pas été perdus pour tout le monde : le ministre des télécommunications, des hauts fonctionnaires, des hommes d’affaires, des journalistes sont mis en cause.
Dans le pays, où l’inflation dans le secteur alimentaire et la hausse des prix de l’immobilier fragilisent une part croissante de la population, c’est l’écœurement. Ce n’est pas tant la corruption qui choque – tous les Indiens y sont habitués depuis des décennies – c’est son ampleur qui semble ne plus connaître de limites. C’est alors que surgit Anna Hazare et sa proposition d’instituer une instance de médiation chargée de traquer la corruption dans tous les secteurs de la vie publique. La classe politique indienne, isolée qu’elle est par son clientélisme et ses privilèges, tarde à prendre conscience de l’écho rencontré par ce vieil homme qui cultive le look gandhien et qui, à l’instar de son modèle, utilise l’arme de la grève de la faim pour faire céder le gouvernement.
Mais de compromis en reniements, le gouvernement et le parlement temporise. Depuis deux ans, les divisions au sein de la classe politique empêchent de trouver une majorité pour passer les lois les plus urgentes. Le parlement est paralysé, le premier ministre Manmohan Singh, jadis réformateur audacieux, n’est plus que l’ombre de lui-même et a perdu sa magic touch. La maladie mystérieuse qui tient à l’écart la patronne du parti du Congrès Sonia Gandhi (un cancer, croit-on savoir) ajoute à cette paralysie du pouvoir. L’opposition ne semble guère plus vaillante.
La roupie est en chute libre, le déficit budgétaire se creuse, et le secteur bancaire est exposé aux risques liés aux crédits dispensés trop libéralement dans les années fastes, il y a seulement deux ou trois ans. Quand aux milieux d’affaires, à la fois victimes et complices de la corruption, ils votent avec leur pied en investissant, quand ils le peuvent, à l’étranger plutôt qu’en Inde.
Les Indiens évitent de le dire publiquement, mais ils observent avec inquiétude les Chinois aller de l’avant malgré la crise. En ce début d’année 2012, l’Inde à son tour est saisie par le doute et peine à discerner les indicateurs qui lui permettraient de renouer avec l’optimisme.
Olivier Da Lage
Lire aussi:
En Inde, l’esprit de Gandhi se retourne contre le parti du Congrès
The points you make about India are well-taken. But if I may point out, it was not only India who saw India as a great shining story, it was the outside world as well. The world’s leading publications have been raving about India as intensely as sections of the Indian media. India is going through a bad patch. Much of the problems are due to reasons which are domestic. And this is being hammered home repeatedly in our media. But I am optimistic. Despits its problems, it is growing ( still) at a much faster rate than most of the Western World. As an Indian journalist who has lived in two countries in Europe and travelled across the world, and who writes for Indian and international publications, I am always looking for multiple perspectives of my country.
You are clearly interested in India. So, I wish you had gone beyond skimming the the surface and describing surface symptoms. It would be good to have a deeper analysis. Sorry to say, but not quite getting the point of this particular report, beyond putting together a laundry list of the obvious problems which are reported in the media. There are multiple Indias. As someone famously said, everything one says about India, the opposite is also true. That is why it is very important to dig deeper.
Look forward to richer analyses about India/the world.
Enjoyed visiting your blog after a very long time. .
Entendu, mais cela m’a semblé bizarre de lire un article du même style à 3 jours d’intervalle.
Sinon, concernant l’Inde, malgré ses désillusions, New Delhi peut, en manœuvrant bien, remplacer officiellement Islamabad comme partenaire privilégié de Washington en Asie du Sud. Et malgré la crise, les États-Unis restant le premier marché du monde peuvent devenir un débouché majeur pour l’économie de l’Inde.
Bonne année, Longue vie et prospérité
Un journaliste du Monde vous à, à mon humble avis, plagié :
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/06/quand-l-inde-doute-d-elle-meme_1626725_3216.html#xtor=AL-32280515
Pas nécessairement: il vit sur place et ne peut manquer d’observer le cilmat qui l’entoure, assez pessimiste après des années de hubris.